3

septembre

La fête au village

La fête au village

Depuis mercredi et jusqu’à dimanche c’est la fête du village comme il en existait par le passé en France. Depuis lundi les kiosques s’installent sur la place du village. La plupart sont des gargotes où l’on pourra manger et boire. A partir de jeudi la musique ne cessera que quelques heures le matin à partir de 7 heures mais on dansera toute la nuit.
Aujourd’hui vendredi, une fanfare est venue du Suriname pour animer la seule rue du village au bord du fleuve.

J’en profite pour photographier un peu tout le monde, ce qui est plus discret qu’en temps normal bien qu’aussi indélicat. J’assume.

La journée la musique joue à fond. Les caciques à cul jaune qui passent leur temps à causer entre eux et imitent les bruits environnants sont stupéfait de la violence de la musique. Ils en restent cois ! Même le ara est désemparé. La nuit c’est pire encore.

Comme lors du carnaval de Cayenne j’apprécie de voir les corps pleinement assumés de cette population encore peu pervertie par les images de mode et les poupées « Barbie ». La seule fantaisie pour laquelle les femmes rivalisent d’ingéniosité est le port de rajouts de cheveux souvent laissés longs ou de perruques blondes, rouges. Elles aiment aussi le port de faux cils immenses. Il y a même un stand avec une coiffeuse et ses perruques sous un arbre pendant cette fête.

Bien sûr l’or est aussi porté en abondance en colliers d’un bel effet sur la peau sombre ou d’un effet plus discutable sur les incisives.

Samedi soir élection de miss Grand Santi. Quatre belles jeunes filles de 17 à 18 ans défilent en tenue traditionnelle et en dansant puis en tenue de plage puis en tenue de soirée. Elles doivent ensuite répondre à la question : « Si vous êtes élue miss, que demanderez vous pour améliorer les vacances des jeunes de Grand Santi ? » La quatrième candidate très jolie, grande est aussi la plus pertinente et est élue.

Je vais dormir et rate l’heure du réveil pour voir arriver la star bushinenge du Maroni. Levé à 6h30 j’entends toujours la musique et vais sur la place qui est encore bondée de monde. Jeunes, vieux, enfants tout le monde est là et la musique est plutôt très bonne. A Sept heures trente arrive la star Bakaa boy, en voiture jusqu’à la scène et c’est le délire total des groupies. C’est très tonique comme musique et tous les gens connaissent les paroles de ses chansons. Ça fait plaisir de voir cet enthousiasme, cette chaleur dans ce village calme d’ordinaire.
Le dimanche après midi le village dort. Un serpent brun de un mètre traverse la rue. J’interpelle un passant qui me confirme que ce serpent est venimeux aussi nous nous lançons après lui lorsqu’il s’introduit dans une cour et le tuons alors que les nombreux enfants de la maisons sortent apeurés en criant « snaki, snaki ».
Mo séjour se termine et je n’ai pas eu à gérer de situations difficiles, seulement ces derniers jours des évènements tristes pour lesquels je ne pouvais rien.
J’ai pris le temps de modeler une Vénus ndjuka représentant la femme telle que je la vois ici.

Vénus Ndjuka

Vénus Ndjuka


Un colibri vert à cul orange vient me saluer ce matin et un kikiwi se laisse photographier. Une grosse rainette vient poser pour ma dernière nuit lors du repas d’adieu avec mes amis du centre de santé.

ALLEZ SAVOIR POURQUOI JE N4ARRIVE PAS 0 INTERGRER LES PHOTOS DANS LE TEXTE

Fanfare du Suriname

Fanfare du Suriname

Cacique à cul jaune coi

Cacique à cul jaune coi

Digne d'être miss mais ce n'est pas elle

Digne d’être miss mais ce n’est pas elle

Spectatrice

Spectatrice

Formes I

Formes I

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Formes II
Coiffeuse

Coiffeuse

Marchande de fruits au sirop

Marchande de fruits au sirop

Déjà fan

Déjà fan


Grande rainette

Grande rainette

Catégories : Non classé

29

août

Tournée à Apagui, en aval

Après-midi de repos,

Laurent infirmier ici depuis six ans nous amène en pirogue en amont de Grand Santi pour un après midi de baignade et de massage. Après une demi-heure de voyage nous arrivons sur un saut large et accostons sur un ilet.

Vue panoramique du saut

Vue panoramique du saut

Là, baignade et massages par le courant nous rafraîchissent un peu. L’endroit est magnifique comme souvent en saison sèche lorsque le Maroni laisse apparaitre ces multiples sauts aux roches acérées.
Au loin, un pêcheur s’anime

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Sur l’îlet où nous accostons, quelques empreintes sur le sable.

un tapir probablement

un tapir probablement

et celle-ci que je ne sais pas identifier
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Apagui
Jeudi : aujourd’hui je vais avec Marielle, infirmière consulter à Apagui, à une heure trente en pirogue de Grand Santi. Le matin, à l’aube, après avoir lourdement rempli la pirogue customisée nous quittons le village.

Pirogue customisée

Pirogue customisée

Très rapidement nous prenons une pirogue stoppeuse.
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Le moteur hors bord est très bruyant. Le fleuve est un lieu bruyant en général. Les pirogues en partance vers la côte ou celles qui remontent vers Maripsoula et plus haut sur le fleuve sont très nombreuses et le moteurs sont tous bruyants avec des sons qui montent pas mal dans les aigus. Ils rivalisent avec le bruit des débroussailleuses du village. Je suis heureux que ma maison ne sois pas sur le fleuve mais à deux cents mètres seulement.
De très nombreuses maisons bordent le fleuve. Des campous mais aussi des maisons isolées, de chaque coté, au Suriname comme en Guyane. Dans ces campous la seule eau disponible est celle du fleuve. C’est donc à la toilette matinale de tout ce monde que nous assistons.

Vie sociale au petit matin

vis sociale au petit matin

Le bord du fleuve est un lieu social. Des enfants se lavent en jouant, des femmes nous saluent, la bouche bordée de dentifrice. Les gens discutent, se retrouvent.
Reflets sur le fleuve

Reflets sur le fleuve

C’est le bord de la route lors du passage du tour de France.

le bain matinal

le bain matinal


Nous contournons de grandes iles surinamaises et sommes donc parfois au cœur de ce pays. Les piroguiers connaissent les passages les moins dangereux du fleuve à cette saison où les eaux affleurent parfois de gros rochers coupants. Nous passons quelques sauts, ces rapides qui nécessitent une approche très technique. Le moteur change de régime sans arrêt. La pirogue le relève après avoir pris un élan. Les pales de l’hélice, parfois hors de l’eau donnent une impression d’évier qui se déboucherait puis le moteur repart à plein régime jusqu’au prochain rapide. Quelques gros rochers émergés depuis quelques semaines se sont recouvert de mousse vert tendre et de ces fleurs mauves que j’avais vues sur l’Oyapock et qui n’ont que quelques semaines pour grandir, fleurir et mourir ou s’endormir jusqu’à la saison sèche suivante.

fleurs du fleuve en saison sèche

fleurs du fleuve en saison sèche

Entre temps elles seront alors immergées sous deux mètres d’eau boueuse. Dans certains méandres du fleuve des dizaines de sachets plastiques sont emprisonnés dans les racines d’arbres à demi déracinés. Les habitants du fleuve ne semblent pas concernés par la pollution de leur lieu de vie. Nous en sommes en partie responsables. Avant notre arrivée il n’y avait pas d’emballages divers. Leur révolte n’est qu’à l’encontre de l’orpaillage qui pollue largement les rivières en mercures et autres produits et contre les garimpeiros qui se nourrissent abondamment sur les produits de la forêt : singes, aras, toucans, cochons, tapirs, etc. Le ciel est couvert ce matin et quelques nuages menacent.

Le ciel se couvre sur le fleuve

Le ciel se couvre sur le fleuve

Nous arrivons à Apagui qui n’est pas un village mais un lieu où une école primaire est implantée et qui recrute tous les enfants en amont et en aval. Quelques maisons pour les enseignants sont fermées pendant ces vacances. Nous consultons dans ce qui semble être une classe ou une bibliothèque puisqu’un grand nombre de livres et de bandes dessinées y sont entreposées. Nous voyons des patients de tous âges dont très peu parlent français en dehors des enfants. Les gens sont ici encore très agréables. Le retour se fait sous un soleil plus présent et le vent créé par notre avancée nous fait oublier le soleil qui nous cuit. La remontée des sauts est impressionnante. Un en particulier de un mètre peut-être est à prendre tout en chicanes. La pirogue de huit mètres est bousculée ? On la sent se vriller sous l’assaut des vagues et des remous ? La base faite d’un seul tronc ligneux souple épouse les contraintes de l’eau et du moteur. On n’imagine pas possible de remonter le courant avant de l’avoir vécu.

Partie de saut

Partie de saut

C’est comme de monter une grande marche dont on ressent vraiment la pente. On nous appelle de la côte surinamaise pour une personne qui aurait de la fièvre. Nous accostons pour prendre la malade à bord. Là dans le fleuve une femme très forte, un fichu sur la tête prend son bain. Ses seins sont remontés par la poussée d’ Archimède. Pas besoin de silicone dans le fleuve, il suffit de prendre un bain. Elle a un sourire extraordinaire et vraiment bon enfant.
Avant d’arriver à Grand Santi on passe au niveau de la sirène qui veille.
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Et en cet fin d’après midi je prends cette photo du tangara bleu qui vient tous les matins sur le bois canon devant ma maison.

Tangara bleu

Tangara bleu

Depuis le miracle de l’aïmara péché par Arthur nous allons tous les soirs que nous le pouvons tenter notre chance. Le lendemain du jour béni nous avons sortis un autre poisson de trois kilos qui s’est décroché lors de la remontée du fil et depuis rien. L’eau de la crique, claire les premiers jours est maintenant turbide, grisâtre. Y-a-t-il un placer d’orpailleurs plus haut ? Plus de poissons. La lune aussi grossit maintenant de jour en jour et ce n’est pas favorable.

Là ça allait encore mais depuis qu'elle grossit plus rien ne mord

Là ça allait encore mais depuis qu’elle grossit plus rien ne mord

Il n’empêche, nous allons tenter notre chance même pour ne rien pêcher. L’endroit est si calme à la tombée de la nuit lorsque les arbres se transforment en ombres monumentales et ténébreuses. Un toucan appelle au loin, les martinets plongent violemment sur des proies invisibles puis les chauves souris sortent à leur tour et virevoltent. Un crapaud buffle commence lentement son chant vite rejoint par ses congénères et les cigales stridulent. Que c’est bon d’être là, dans le silence interrompu seulement par le rire de Marielle qui vient d’envoyer une nouvelle fois sa ligne dans les branchages, qu’elle ne vise pourtant pas.

23

août

Vie quotidienne à Grand Santi

De la place du quotidien en milieu isolé
Il est intéressant de vivre, même quelques temps, dans un lieu comme Grand Santi. Le terme d’isolement est sans doute excessif. En effet, du village on peut téléphoner, il y a l’eau et l’électricité, une boutique, un dispensaire, des écoles et un collège. Les villageois n’ont pas tous l’eau courante et se baignent, lave la vaisselle et le linge dans le fleuve.

Lessive au fleuve

Lessive au fleuve

Certains n’ont pas l’électricité. D’autres ont la télé, un quad.

Pour la plupart la brouette est le véhicule le plus utilisé.

Retour du bain et de la vaisselle pour deux jeunes frères

Retour du bain et de la vaisselle pour deux jeunes frères

Ce qui est surtout important pour moi c’est l’isolement par rapports aux sollicitations visuelles, auditives et même olfactives si je me réfère à certaines boulangeries qui parfument leur espace aux senteurs de croissants chaud. Ici, pour nous les acteurs du dispensaire, rien de tout ça. Nous sommes limités dans nos déplacements sans véhicule et par la faible portée de l’antenne téléphonique. Si comme je le fais on ne regarde pas les nouvelles sur internet l’isolement est réel même s’il est volontaire. « La solitude est le privilège de l’homme libre » (Hubert Haddad dans Mà). L’inverse me paraît aussi pertinent La liberté est le privilège de l’homme seul !
Alors le quotidien devient important. Je veux dire toutes les petites choses du quotidien qui prennent une place oubliée dans ma vie quotidienne à La Réunion.
Finalement tout devient méditation. Le travail en raison de l’obligation d’être entièrement avec le patient dont il faut bien comprendre les demandes dans toutes les langues disponibles. En raison de l’éloignement des structures d’examens complémentaires (radiologie, spécialistes, etc. ) notre approche médicale doit être plus « clinique ». Par ailleurs dans la vie de tous les jours les petites choses ne trouvent pas de réponse évidente. Que faire à manger par exemple ? Je n’ai eu une gazinière qu’au bout de dix jours puis ma bouteille de gaz a tenu huit jours. Depuis dix jours je ne trouve pas de gaz. J’ai la chance de pouvoir en faire monter une de Saint-Laurent demain. Je ne suis pas choqué, ni impatient. C’est comme ça et ça me va.
J’ai, ici, beaucoup de temps libre. Les villageois nous sollicitent peu lors des gardes. Je me trouve à nouveau confronté au temps qui passe comme lorsque j’étais à Camopi chez les indiens wayapis et tékos mais sans la pluie puisque nous sommes en saison sèche. Tout devient méditation. Faire à manger, lire, faire la lessive, ranger la maison, regarder les oiseaux, se baigner dans le fleuve. Le fait de n’avoir aucune sollicitation extérieure permet de vivre pleinement ces instants qui sont parfois des contraintes à La Réunion et qui, ici, sont les éléments du « vivre pleinement ». Vous devez penser que j’ai un peu trop brouté la pelouse et que je ferais bien de traverser le fleuve me remettre les idées en place dans la graisse dominicaine. Non, non essayez. Gigi qui vient de longer des chemins de traverse, seul, un mois et demi dans la France profonde, vous le dira. Se retrouver seul dans un espace inhabituel et sans autres sollicitation que de gérer le quotidien est mon expérience méditative.

Merci Marie pour ce jour férié
Mardi 15 Aout ! Merci Marie. Grace à toi je vais profiter de mon premier matin, ici, sans l’attente d’un appel. Je vais enfin pouvoir vaguer sur le chemin vers Anacondé, là où le téléphone ne capte plus. Avec les amis, libres comme moi et Léa qui est venue me visiter, nous partons sous un soleil dardant de ses rayons nos peaux sous les vêtements légers. Le chapeau est de rigueur, me cheveux ne faisant plus rempart. Vingt kilomètres de chemin large d’abord puis se rétrécissant après le village d’Anacondé. Là sont des maisons aux couleurs rose, vert criard d’un long métrage de Disney au pays des libellules. Puis la forêt s’épaissit lorsque le chemin se resserre. En plein jour il y fait sombre comme le serait son orée à l’aube naissante.

Le sous bois

Le sous bois

Une harpie tourne au dessus de nous et nous l’apercevons par saccade entre quelques frondaisons. Des perruches s’envolent bientôt suivies par des jacquots, ces perroquets gris qui ne peuvent voler qu’en criant. Toute une meute de singe traverse le layon sautant d’un arbre à l’autre avec une vélocité qui m’empêche d’en fixer un seul sur la pellicule virtuelle de mon appareil photo.

Là un oiseau que je dois identifier

Là un oiseau que je dois identifier


Plus loin, Lionel, guide de Saul et notre ami nous montre les empreintes au sol d’un tapir et d’un jaguar qui sans doute le suit à la trace.
L'empreinte profonde est celle du tapir avec ses trois doigts. L'autre sous la feuille centrale est celle du jaguar

L’empreinte profonde est celle du tapir avec ses trois doigts. L’autre sous la feuille centrale est celle du jaguar

Je ne vois pas un serpent endormi sur le chemin tant il était plus feuille que feuille sur le tapis végétal du sol. Je dois revenir sur mes pas à l’appel de Lionel pour le découvrir enfin. Les cigales stridulent depuis quelques jours déjà et à l’heure de la pose autour d’une salade un toucan que l’on ne verra pas appelle sans cesse. Lionel lui répond et nous vente les qualités gustatives de cet oiseau magnifique. Il nous raconte ses mésaventures avec un crocodile seulement blessé qui faillit le mordre un jour au bord d’un marigot.
Plus loin sur le layon, des graines de canari-macaque, grosses comme mon poing, à demi enfouies dans le sable, leur opercule perdu, sont comme un cimetière profané d’urnes funéraires de lilliputiens.

Graine de canari macaque

Graine de canari macaque

Incroyable Arthur et son poisson
Samedi : Arthur, le nouveau médecin me propose d’aller le trouver avant la tombée de la nuit sur le petit pont près du village. Il va pêcher pour la première fois. Le temps de le rejoindre il revenait déjà. Au deuxième lancer de sa ligne sans canne, juste un gros hameçon et de la peau de poulet, il pêchait un aïmara de quatre kilos !

Arthur et son aïmara

Arthur et son aïmara

Quand je pense que depuis quatre ans je cherche toujours à attraper un pacou !

17

août

La sirène du Maroni

Quelle église et pour qui?
Nous sommes dimanche matin. J’ai fait une grasse matinée jusqu’à 7 heures 30. Je suis d’astreinte mais ne me déplacerai que si quelqu’un vient consulter. Le village est mort. Seules les différentes églises dont je ne connais pas le nom ni le dieu vont vibrer de leurs chants dans la matinée et pour certaines jusqu’à tard dans l’après midi. Là, devant ma terrasse les passereaux bleu turquoise viennent manger je ne sais quoi dans le bois canon en face de mon café brulant. Un enfant essaie de les tirer au lance pierres, pas pour les tuer, seulement pour les blesser puis les soigner !! Les kikiwis passent aussi d’arbre en arbre avec leur chant du même son que leur nom. Vers 9 heures l’église se remplit faiblement. La messe catholique commence par un chant en français, accompagné de tambours. Une prêcheuse prend le relais en bushinenge tongo et des chants s’élèvent encore, cette fois en langue locale dont je ne comprends que des Alléluias. Chaque chant tout comme le sermon ou l’homélie sont applaudis par cette foule moins nombreuse qu’à La Réunion mais tout aussi fervente. Les applaudissements fusent comme lors de l’atterrissage d’un avion.
Plus tard je marche dans le village et d’autres chants plus rythmés, plus modernes, viennent d’une bâtisse évangélique. Quel évènement permet de choisir son église ? Je ne le sais.
L’appel du bidon cabossé
Je décide d’aller voir au Suriname si je trouve de l’ail. Au bord du fleuve, un gros manguier dans lequel des caciques à cul jaune babillent et semblent se chamailler.

Au pied du manguier est un dégrad (débarcadère). Là se trouvent de vieux bidons métalliques cabossés et un morceau de bois.
Au loin, mais pas trop , le Suriname, au premier plan le bidon
Il me suffit de frapper le bidon de la pièce de bois pour que le son porte jusqu’à l’étranger si proche. Une pirogue aussi gratuite que preste vient me chercher pour les deux minutes que dure la traversée. La boutique chinoise qui affrète cette pirogue ne demande rien de plus que quelques achats. Là je trouve de l’ail mais aussi du Tang, celui de notre enfance, cette poudre acidulée que l’on mélange à l’eau et qui est interdite en France.
En attendant la pirogue du retour je suis sous une varangue agrémentée de tables où de belles dominicaines, grasses à souhait, aux cuisses débordantes, fument une cigarette et sifflent une despérado. Les regards sont aguicheurs, le maquillage violent et tapageur.
J’ai résisté! Je suis retourné par la même pirogue en France, à deux brasses. Sur le chemin du retour, à deux pas du degrad, un ara crie. Je l’entends tous les matins depuis ma case. Il est là dans un arbre dont je ne connais pas le nom. Il est apprivoisé, une aile coupée. Très haut perché sur son arbre il dévore je ne sais quoi dans sa gamelle qu’il tient d’une patte.
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J’ai écrit cela il y a maintenant une semaine. Il ne s’est pas passé grand-chose depuis. A part un lundi où le dispensaire était bondé de patients les autres jours ont défilé en douceur, entre la relative fraicheur du matin, la canicule de l’après midi et parfois les pluies orageuses du soir.
Vers 17 heures, à la fin des grosses chaleurs nous allons parfois nous baigner au fleuve sur la petite plage du viol, au nord ouest du village. Il n’est pas possible de nager loin en raison du courant qui nous porterait jusqu’à la mer des Caraïbes à moins d’être mangé avant par un caïman.
Juste un bain pour ressentir un peu de fraicheur sur la peau.
A la plage
Pour une fois j’ai pu faire une photo (mauvaise) d’un colibri qui a bien voulu poser pour moi.
Le colibri au soleil couchant

Des enfants viennent jouer avec nous
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La sirène du Maroni

Sur cette petite plage dont une partie est sableuse et l’autre argileuse, j’ai trouvé un petit tumulus pas très haut, friable. J’ai commencé à le gratter et j’y ai trouvé une sirène djuka, venue veiller sur nos plongeons dans le fleuve.
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Elle ne restera pas longtemps. Quelques grosses pluies la détérioreront et la prochaine montée des eaux l’emportera. C’est bien comme ça. Les sirènes sont faites pour l’eau. celle-ci retournera au fleuve et réapparaitra un jour, en amont, en aval. Qui sait?
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6

août

Grand Santi Entre Apatou et Papaïchton

Cayenne est étouffante à mon arrivée. L’air y transpire. La nuit qui arrive bientôt estompe un peu cette impression de hammam. Après une journée de préparatifs, le petit avion d’Air Guyane m’emmène à Grand Santi via Maripasoula. Nous survolons la forêt amazonienne, tapis vert sombre rehaussé ça et là de vert tendre. Des placers d’orpaillage illégal déchirent ce tapis végétal tels des chancres gris sale, ocre, brun. Ce sont les plaies de cette forêt guyanaise. A qui profite le crime ? Quelques turbulences plus tard nous ne sommes que deux à descendre à G.S. Quelques minutes de « taxi » encore et je découvre mon lieu de vie pour ces quelques semaines. Cette maison, mi dur mi bois, plantée au centre du village est bien faite et sera agréable. Un bosquet d’herbes hautes et entremêlées surmontées d’un bois canon fait face à la varangue. Sur la gauche à quelque distance respectable est l’église.

La vue depuis ma varangue

La vue depuis ma varangue

Rien d’oppressant si ce n’est la touffeur de l’air. Un vent violent se lève brutalement, bientôt suivi de bourrasques mêlées de pluie tropicale. L’orage gronde. La pluie balaye la varangue renversant tout sur son passage. Après une demi-heure le calme revient et avec lui une fraicheur toute relative. Les oiseaux s’ébrouent et je vais faire mon premier tour de village.
Le fleuve est là, tout près et s’écoule de gauche à droite. En amont est Papaichton où j’étais l’an passé. En aval Apatou où j’étais l’année précédente.

A gauche Papaïchton, à droite en aval Apatou

Vers la gauche Papaïchton, vers la droire, en aval Apatou

Grand Santi est un village Ndjuka, entre deux bourgs Aluku. Cela ne vous dit rien. Ici c’est important. La langue est proche et mes quelques phrases aluku sont comprises par les Ndjukas. L’histoire a cependant laissé des traces encore tenaces après presque 150 ans. Les Ndjukas se sont libérés du joug hollandais vers 1750. Esclaves échappés des concessions et partis vivre dans la forêt en marronnage, les Hollandais firent bientôt la paix avec eux. La condition de cette paix était que les Ndjukas devaient renvoyer les nouveaux esclaves marrons vers leurs maîtres bataves et c’est ce qu’ils firent. On peut comprendre le ressentiment des Saramakas puis Alukus refoulés vers leurs maîtres. Les Alukus marrons se réfugièrent sur la rive française du Maroni vers 1860. La France avait aboli l’esclavage en 1848. Les Hollandais ne l’abolirent qu’en 1863.
Les couples mixtes apaisent lentement les tensions cependant celles-ci demeurent. Nombre de Ndjukas n’ont pas souhaité pour autant devenir Français. Ils sont apatrides et c’est un choix courageux qui les prive des avantages sociaux proposés par la France.
Le village est aéré. L’herbe y est trop malhonnêtement verte. Une rue bétonnée est à quelques mètres du fleuve qu’elle longe. Un manguier comme je n’en ai jamais vu, surplombe la rue et les flots. Quelques plantes épiphytes arrachées par la pluie et le vent, jonchent le sol.
De l’autre côté du fleuve, que les pirogues traversent en deux minutes, quelques chinois tiennent des bâtisses marchandes à l’attention des orpailleurs clandestins et des gens de Grand Santi. De ce côté, à 100 mètres de chez moi, la seule boutique du bourg est tenue par un Ndjuka. On y trouve finalement pas mal de produits alimentaires et de quincaillerie. J’y dégotte l’ammoniaque nécessaire au décrassage des algues et champignons qui ternissent la peinture jaune d’or de ma table. Ce jaune est surprenant sur ces planches mal équarries. Il me semble être le sable d’une plage peinte par Gauguin. Les rayures de coups de machette portés sur les planches gardent les algues et moisissures et racontent toute l’histoire d’une table faite à la hâte et peu respectée depuis sa fabrication. C’est finalement ce manque d’attention qui lui donne maintenant cette patine et ce charme que je lui trouve. Je passe, comme à chaque séjour, mes premiers jours à retaper ce qui est cassé ou branlant dont ce placard de cuisine qui ne tenait qu’adossé au mur !

Avant

Avant

C'est un peu mieux je trouve

C’est un peu mieux je trouve

Je trouve aussi chez les infirmières une cafetière que je répare et peux ainsi boire du café au lieu de le « manger » comme disent les Indonésiens, avec son marc.

Si ma maison est au centre du village elle n’en est cependant pas moins intime. Ici nul ne vient m’importuner. Chacun s’occupe de lui-même et semble respecter la solitude qui m’est chère et me ressource.
La chaleur est accablante comme je ne l’ai jamais connue. Au sortir du travail, à 14 heures il est impossible de faire autre chose que de se reposer à la brise forcée du ventilateur. J’ai bien pensé sortir vers les 17 heures alors que le soleil est moins ardent. C’est précisément l’heure à laquelle le vent et la pluie violente écrasent le village, l’eau formant alors de petits rus qui vont et se déversent dans le Maroni.
Ce matin, alors que le jour se levait à peine, je partais découvrir le bord du fleuve avant d’aller travailler et j’en ramenais ces quelques photos.

En aval

En aval

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Sur l’autre rive au Suriname, les boutiques de chinois[/caption]

Les alentours de Grand Santi me sont encore inconnus et comme je suis d’astreinte ce weekend end je n’aurai pas le loisir de m’aventure bien loin. Il y a parait-il à quelques centaines de mètres une plage de sable très agréable que je découvrirai donc que dans quelques jours.

Pirogues endormies au petit matin

Pirogues endormies au petit matin

L’équipe est, une nouvelle fois, sympathique et accueillante. Les patients sont d’une grande correction et toujours bienveillants. Tout se passait bien à Papaichton et Apatou avec les Alukus. C’est encore mieux ici. Il me faudrait parler mieux la langue. La communication est rudimentaire et il m’est difficile de faire passer les messages et recommandations que je souhaiterais transmettre. Il m’est frustrant de ne pas pouvoir partager plus. Les enfants scolarisés sont peu à l’aise avec le français. Comme à Apatou les profs de français sont dépités alors que les profs d’anglais se régalent tant la langue locale est apparentée à la langue qu’ils enseignent.

La boutique Hight tech

La boutique Hight tech

1

septembre

Papaichton dernière

Venu ici pour me poser et trouver une certaine solitude je me suis laissé entraîner par l’âme festive de la place.

Mon séjour ici se termine. J’ai, une nouvelle fois, apprécié ce séjour. Devoir à nouveau me faire accepter par une équipe, par une population inconnue est pour moi très stimulant. Tous m’ont réservé un accueil chaleureux. Il a bien fallu quelques jours pour que la population m’accepte mais c’est bien normal. Pour l’équipe pas de problème j’ai été reçu très chaleureusement. Je termine d’ailleurs entouré d’une équipe de femmes qui sont montées sur piles électriques et les jours sont trop courts pour partager tout ce que l’on souhaiterait.Ne percevez aucune ambiguïté dans cette phrase.

Une équipe de choc

Carmen la sage se livre lorsqu’elle danse, Étoile est toujours « au taquet ». Morgane la dernière infirmière arrivée cache des talents d’acrobate et n’est pas la dernière à faire la fête.Julie ma collègue est toujours prête. « Allez mon Philou, viens avec nous ».
Je viens de refuser la partie de baby foot proposée pour pouvoir me poser un peu et écrire.
Je n’ai pas eu de coups durs au travail. Le patient chinois qui a reçu un coup de fusil à mon arrivée vient tous les jours pour son pansement. Il lui reste un tunnel dans les chairs de peau à la peau qui mettra bien six mois avant de se refermer cependant les infirmières font des miracles et elles pensent que trois mois seront suffisant. Depuis que nous lui prodiguons nos soins il est extrêmement généreux avec nous.

Les balades
Je suis donc parti faire la balade de la source puis celle de la crique avec Carmen notre guide et Morgane. On a vu, enfin, l’oiseau sentinelle qui est bien petit pour faire autant de bruit. Son cri perçant serait assimilé à une mise en garde des autres animaux à l’arrivée d’un intrus mais je n’en crois rien.
Nous n’avons pas croisé d’animaux spectaculaires cependant quelques morphos au bleu métallique voletaient en changeant si souvent de direction qu’ils étaient impossible de les photographier. Une chenille et une araignée plus tranquilles ont accepté de poser.

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Repas de chenille

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La balade de La Crique est, elle aussi, très agréable avec quelques compositions florales naturelles et quelques troncs d’arbre pour traverser le cours d’eau. J’y suis aussi mal à l’aise que Morgane s’y sent bien.

Composition florale spontanée

Composition florale spontanée

Morgane traversant le crique

Morgane traversant le crique

Pas de pakou, je devrai revenir,

La partie de pêche de l’après midi a fini rapidement en baignade avec les enfants qui jouaient là et en tournoi équestre dans l’eau grise. De toutes façons il y avait tant de bruit que les pakous déjà peu sensible à ma quête avaient fui bien loin.
Les arbres de la forêt ainsi que les manguiers commencent à fleurir et je m’interroge. Nous sommes au dessus de l’équateur et il semble que la végétation manifeste un semblant de printemps. Où est la logique alors que nous somme presque en automne boréale ? D’un autre coté que pourrait-il se passer de différent pour deux arbres situés à un mètre de l’autre de chaque coté de l’équateur ? Qu’est-ce qui fait qu’un arbre fleurit en aout plutôt qu’en février en hémisphère nord ? A quelle latitude s’opère le changement? Si quelqu’un a une réponse je suis preneur.

L'arbre rose

L’arbre rose

Suite et fin
Parti hier de Papaichton je suis à Cayenne pour ce dernier jour. Une douche chaude à l’hôtel c’est bien sympa. Ce matin au petit déjeuner mes yeux sont bien sûr attirés par la télévision sans le son de la salle de restaurant. La speakerine s’ouvre la bouche comme un poisson dans un bocal. En bas de l’écran des informations défilent sur une bande étroite. Je lis « Emeutes au Gabon: la France exprime sa vive préoccupation et souhaite la plus grande retenue ». Comment peut-on écrire des phrases comme ça et les faire défiler en continu sur une chaine? Vraiment je ne pense pas avoir manqué grand chose en étant coupé du monde médiatique.

Bon allez Philippe, du balais, laisse la place

Du balais

Du balais

Rencontre inédite avec la mouche cacahuète
Ici comme à La Réunion les maisons en dur sont à la mode. La maison dans laquelle je suis est assez vétuste mais en bois et je n’en changerais pour rien au monde. Elle est fraîche et très bien ventilée. En contre partie je cohabite avec une vingtaine de rainettes que je n’arrive pas à reconnaître, un crapaud parfois, une souris et ses collègues soi-disant chauves mais qui comme leur nom ne l’indique pas ont une belle tignasse (en tous cas plus de poils sur le crane que moi de cheveux).

Une chevelue souris

Une chevelue souris

L’autre soir j’ai eu la visite d’une magnifique mouche cacahuète qui porte mal son nom (de mouche).

la mouche cacahuète

la mouche cacahuète

De dessus on dirait un batracien assez effrayant mais ce n’est que du bluff. Elle est très pittoresque mais assez peu sensible aux câlins que je lui prodiguais Je l’ai donc laissée prendre son envol vers d’autres horizons.

Pourtant je suis très investi dans ce baiser!

Pourtant je suis très investi dans ce baiser!

(Photo de Julie)

Je suis une fée du logis
Ma maison est donc vétuste mais ce n’est rien comparé au mobilier qui doit traîner là depuis des années. Chaises délabrées prêtes à vous rompre le cou et sur lesquelles on s’assoit du bout des fesses et une table qui a dû séjourner deux ans sous la pluie, etc. Cette dernière je l’ai décapée dès mon arrivée avec de l’ammoniaque (c’est mon truc du moment) et comme je ne trouvais pas de cire j’ai essayé la crème Nivea mais « ça ne l’a pas fait ». L’huile de tournesol a fait l’affaire et aussi incroyable que cela puisse être il y avait dans la maison une bombe pas écolo de dépoussiérant à la cire. Franchement un dépoussiérant ce n’est pas un décrassant mais pour l’odeur de la cire c’est sympa.
Le logisticien est passé et a bien voulu m’envoyer de quoi réparer la plomberie et de la colle à bois que je ne trouvais pas ici. J’ai pu bricoler ici, chez mes collègues infirmières et chez Julie le nouveau médecin avec laquelle je travaille maintenant. Chez les uns et les autres.
Il n’a pas plu comme je le craignais et pour autant je ne suis pas allé en forêt. La chaleur est écrasante au sortir du travail et lorsque le la fraîcheur s’installe la nuit la suit de près.

Pas de légende

Pas de légende


Pakous me voilà
Que faire donc vers dix sept heures ? Aller à la pêche. Attention les pakous n’ont qu’à bien se tenir ! Pas de mombins, ce n’est pas la saison.

Coin de pêche au crépuscule

Coin de pêche au crépuscule


Alors le yaya ne résistera pas au désir de manger le pain que je lui propose. Ma gaulette en bois s’est cassée et il ne m reste que trente centimètres de bois avant le fil. Tant pis j’irai dans le fleuve, plus accessible ici qu’à Camopi et la réserve de pain dans mon bob je taquinerai le yaya. Et ça marche. Si une miette tombe les yayas sautent hors de l’eau pour l’attraper.

Bon la photo est floue mais c'est bien moi avec le bob!

Bon la photo est floue mais c’est bien moi avec le bob!

. soit Morgane qui a pris la photo était sous effet soit elle a été troublée par ma masse musculaire!

Demain je tente le piranha. J’ai acheté du poulet pour appâter avec la peau. Que ça marche ou non je m’en fiche. Je suis dans l’eau, qui est agréable et c’est tout près de chez moi. Je serais bien allé à la crique un peu plus loin à environ huit cents mètres mais il paraît qu’il y a des crocos et des anacondas un peu gros. Même pas peur mais bon on va écouter les anciens et on ne va pas fanfaronner.

Plus sur le Puu Baaka,
Voici quelques explications sur le Puu baaka à partir d’un article de Marie Fleury dans l’excellente revue Une saison en Guyane 03. L’article est agrémenté de photos de Jean Hurault. Tout ce qui suit en italique est prélevé dans cet article.
La religion est basée sur le culte des ancêtres … qui continuent de l’au-delà à régenter les rapports entre les vivants … Les ancêtres sont très respectés et on leur fait des offrandes et des prières régulièrement… Le puu baaka est le dernier repas partagé avec le défunt. .. La première étape est la préparation de la boisson fermentée à partir de canne à sucre… Ensuite les hommes partent en forêt accompagnées de quelques jeunes femmes qui prépareront le gibier et les poissons pour les invités de la fête de deuil… Cette vie en forêt permet au groupe de faire revivre les anciens modes de vie des anciens. Lorsque ces busiman reviennent ils sont accueillis comme de véritables héros avec une allée entourée de pangis en signe de respect et avec des coups de fusils pour annoncer leur retour et éloigner les mauvais esprits… (Les coups de fusils que j’ai entendus dans le village le vendredi après midi signaient donc le retour de ces chasseurs). La veille de la levée de deuil on pile le riz (riz de montagne cultivé localement) en fin de nuit … Ce riz est ensuite vanné dans des plateaux en bois en forme de batées sculptées par les hommes. Le lendemain a lieu le bain rituel dans la rivière des veufs et des veuves accompagnés de la famille du défunt et qui peuvent ensuite quitter leurs vêtements de deuil et se vêtir de rouge.
C’est jour du doo udu où les jeunes coupent le bois qui alimentera le feu qui doit brûler toute la nuit… L’après midi les femmes du village déposent des galettes de cassave devant le hangar mortuaire avec des monticules de boissons apportées par les participants. … Le soir la fête commence par des contes, des improvisations et des énigmes sous le hangar mortuaire. Puis se succèdent, au rythme des tambours les danses traditionnelles. Cette fête a lieu le vendredi soir et dure toute la nuit. Le lendemain samedi matin on sacrifie tortues et poules de basse cour près du hangar mortuaire où on dormi les veufs et veuves durant toute la semaine… L’après midi on procède aux offrandes de nourriture… sur une feuille de bananier posée à terre, tout en priant les ancêtres d’accepter le nouveau défunt…

Marie Fleury (Muséum National d’Histoire Naturelle.
Je n’ai pas assisté à tout cela. J’ai perçu l’importance de cette cérémonie pour la population locale. Je suis très reconnaissant aux personnes qui m’ont accueilli pour la partie musicale et festive de cet événement que j’ai envie de comprendre. Ce week-end c’est à Loca, dont j’ai parlé précédemment que se déroulait un Puu Baaka. Aussi Papaichton s’est vidé de sa population pour y participer.

19

août

Loca puis le Puu Baaka

Loca Village satellite de Papaichton
Une mauvaise piste m’amène à Loca un village à sept kilomètres de Papaichton qui dispose d’un dispensaire où nous travaillons un jour par semaine.
Ce village est très agréable lui aussi, comme Papaichton. Les vallons se jettent directement dans le fleuve. Trois grands ilots couverts de végétation dense découpent le fleuve en contrebas du village. Les oiseaux y sont très bruyants. Quels oiseaux ? Je ne sais pas. Un des ilots sert de cimetière.

Le Maroni à Loca

Le Maroni à Loca

Idem

Idem

Dans la partie proche du village de gros rochers percent la surface de l’eau et les carcasses de pirogues qui s’y son éventrées gisent là, contournées par des eaux agitées. Le niveau de l’eau est bas en cette saison et on imagine bien le danger que représentent ces pics rocheux acérés pour des pirogues qu’elles soient en bois ou en métal. Il paraît qu’en aval, on peut voir d’autres pirogues éventrées accompagnées de machines à laver, de télévisions qui, bien que neuves, ne sont jamais arrivées à destination. Des morts, il y en eut aussi sur ces flots incertains.

Laca la patriote

Laca la patriote

Le dispensaire est petit mais bien organisé. La table d’examen branle un peu sur ses pieds mais si Thierry et moi sommes attentifs tout se passe bien. Peu de patients ce jour là, mais tous forts sympathiques. Pour un médecin c’est seulement un peu frustrant de ne pas avoir de pathologie « intéressante ». C’est bien sûr parce que personne n’attend le mercredi pour tomber malade et donc les gens viennent avant ou après la maladie. On a un peu l’impression d’uniquement distribuer du paracétamol et nous, médecins, on aime bien quand ça chauffe un peu (mais pas trop), c’est bon pour notre ego.
Je vois là une femme qui serait née en 1916, bien que je n’y croie pas trop. Elle arrive appuyée sur son bâton et accompagnée de sa petite, petite, petite fille. Elle est en parfaite santé mais souhaite, devinez quoi ? Un peu de paracétamol afin de calmer ses douleurs articulaires. Je m’exécute et elle accepte de faire une photo avec ses sauveurs.

Six générations séparent la grand mère de ce petit, petit petit petit fils

Six générations séparent la grand mère de ce petit, petit petit petit fils

La visite à pieds d’un patient qui serait agité me permet de traverser le village et de découvrir une maison très ancienne, traditionnelle, basse, en vieux bois sous de vieilles tôle, aux décors sculptés et peints sur la façade. Rien de bien compliqué mais d’une sobriété qui contraste avec le kitch (à mon goût mais je n’ai pas le monopole du bon goût) des décorations de certaines maisons neuves.

Ce n''est pas la plus kitch

Ce n »est pas la plus kitch


Le Puu Baaka (Levée de deuil)

Ce long week-end du quinze aout est particulier à Papaichton. Quatre familles se sont jointes pour fêter la sortie de deuil de leur défunt respectif. La date a été choisie pour réunir pendant ces vacances un plus grand nombre d’amis et de proches. Dès vendredi le après midi les coups de feu tonnaient dans le village. La cérémonie doit durer jusqu’à lundi. Des rituels en mémoire des défunts, des rituels de danse et des moments de musique plus moderne se succèdent. Quelques coupures matinales permettent aux participants de récupérer. Les nuits sont cependant les moments privilégiés de ces différents rituels. La cérémonie est publique et nous sommes les bienvenus. On nous explique qu’on peut venir tout simplement. Qu’il ne faut rien apporter. Quelques renseignements pris plus officieusement nous invitent cependant à ne pas venir les mains vides mais personne n’aurait osé nous le demander. Comme nous apprenons que les rituels de musique et de danse commenceront uniquement vers trois heures du matin dans cette nuit de samedi à dimanche nous mettons le réveil à l’heure dite et à pieds nous dirigeons vers le lieu de la cérémonie. Il suffit pour cela de s’orienter vers le son des percussions et des chants hautement sonorisés. De ma maison, pourtant à l’opposé du lieu cérémonial, je pourrais, les yeux fermés, me diriger.
Un attroupement est aux abords d’un carbet assez vaste dont une partie abrite les musiciens assez fortement éclairés en comparaison de la partie destinée à la danse. Des bancs courent le long de celle-ci. Nous offrons nos présents (bouteilles de rhum) et sommes très chaleureusement remerciés. Nous avons vraiment l’impression d’avoir touché nos hôtes avec cet alcool et les remerciements sont émouvants et chaleureux. Une femme me prend la main entre les siennes et je suis touché par l’intensité qu’elle met dans son geste.
Au dessus des musiciens un ciel de pangis* brodés très colorés tapisse le plafond. Trois joueurs de bongos, trois joueurs de maracas et trois chanteurs mènent la danse par leurs chants au rythme soutenu et qui à mes oreilles néophytes, me semble très répétitifs. Un des chanteurs entame la mélodie dont les paroles sont reprises par les autres chanteurs. Les phrasés sont parfois chevrotants et me rappellent les mélodies de Gramoun Lélé à La Réunion. En reprise de certains passages chantés, les femmes, qui sont alors les plus nombreuses à danser, répondent en cœur. Un homme circule, devant les spectateurs assis sur les bancs, en poussant une brouette chargée de bouteilles de bière qu’il offre gracieusement. Une femme toute en rondeurs nous offre, bouteille à la main, un grand verre de rhum qu’elle a plaisir nous voir boire, sinon cul-sec du moins en deux fois. Elle ne peut voir nos yeux briller sous l’assaut de l’alcool pur mais on sent bien qu’elle nous met à l’épreuve et en rie sous cape. Son sourire ne trompe personne.
Il ne semble pas y avoir l’obligation de porter une tenue particulière à ce moment de la cérémonie. Quelques femmes portent leur pangi cependant que quelques autres son vêtues de robes de sortie sinon de soirée. Les plus nombreuses portent des vêtements simples mais qui soulignent largement leurs formes généreuses et les mettent ainsi en valeur. Lorsque le chanteur est apprécié une femme monte sur la scène en dansant et vient se frotter à lui dans une attitude pour le moins provocante. Son short très serré en jean souligne des cuisses puissantes, le ventre rebondi de quelques grossesses antérieures ne peut être contenu par le maigre vêtement. Les seins opulents contenus dans un soutien gorge trop petit débordent et il n’est d’yeux qui ne puissent s’y perdre. La femme danse et colle son corps contre celui du chanteur qui reste stoïque malgré la suggestivité de la danse et se concentre sur son chant.
Il fait chaud et moite mais il n’y a pas l’odeur de transpiration que l’on pourrait attendre en ce lieu et dans ces conditions. Après deux heures de danse donc vers cinq heures du matin je pars dormir. Mes amis restent. Vers cinq heures trente la musique traditionnelle cède la place à de la musique moderne enregistrée. Les jeunes qui attendaient alentour entrent dans la danse qui devient plus sensuelle d’après la description de mes amis. La musique s’arête vers sept heures du matin et la cérémonie doit reprendre pour ce dernier jour vers seize heures. Ce dimanche donc je n’ai pas trop envie de retourner à cette « fête ». Cependant vers vingt et une heures la musique traditionnelle reprend et, de loin, je l’apprécie plus que la veille. Avec Muriel mon amie médecin ici avec moi depuis dix jours et Annie je m’approche. Le groupe n’est pas le même, la voix n’est pas chevrotante mais le rythme surtout est un peu plus soutenu. Je vais danser. Les pas de danse toujours à la même place, creusent le gravier du sol que je dois aplanir de temps à autre.
Aparté :De voir l’empreinte des pas de danse sur le sol me ramène trente ans en arrière. Catherine, Michel et moi, accompagnés par Flavie notre souriante traductrice malgache, assurions une campagne vaccinale dans l’ouest de Madagascar. Le village qui nous accueillait avait organisé une fête afin que les oboles des participants permettent de financer notre pitance et les frais liés à notre venue. Nous avions dîné de roussettes (chauves souris frugivores) en un ragoût délicieux. La fête commençait par des combats semblables au Moringue réunionnais, proche de la capoeira brésilienne, mais avec une violence certaine. Le salegy (danse) avait succédé au moringue et notre nuit fut bercée par cette musique. A notre réveil les femmes les plus âgées dansaient encore, en ligne, dessinant ainsi une aire ronde sur le sol telle une aire de battage de céréales foulée par un animal domestique. Avant notre départ elles nous invitaient à les rejoindre et refuser aurait été indélicat. Mêlées à elles, toujours en ligne, nous dansions. Les femmes, bras pendants le long du corps mais suffisamment écartés, à chaque pas effleuraient nos fesses, nos ventres voir plus si elles s’y autorisaient et elles en riaient beaucoup.

Ce dimanche, alors que je danse, une femme sans âge s’approche de moi et se meut contre moi dans une attitude pour le moins érotique. Je m’applique comme je peux à respecter le rythme et le déhanchement mais ma souplesse laisse fortement à désirer. La femme se frotte contre moi puis s’éloigne et revient alors jusqu’à me frôler, jusqu’à me toucher. Son sein s’imprime dans mon nombril que je reconnais avoir un peu proéminent. Lorsque j’avais fait les « trois jours » avant le service militaire ils avaient écrit sur mon dossier « sangle abdominale moyenne ». Non mais je t’en ficherais moi des sangles abdominales moyennes ! N’empêche ! sans ça l’aurais-je senti, moi, son sein dans mon nombril ?
La soirée s’achève rapidement en ce dernier jour. Les acteurs auront dansé quasiment quatre jours. Le calme revient doucement sur Papaichton.

Je cherche désespérément des éléments plus pertinents pour vous expliquer cette cérémonie du Puu Baaka mais je n’ai pas accès à grand-chose sur internet et ne trouve pas localement (au moment où je vous écris) de renseignements sérieux. Je vais essayer de comprendre et d’en apprendre un peu plus. Je ne peux donc qu’exprimer mon ressenti.
Le peu que j’ai vu me semble être un hymne à la vie, un hymne au groupe, à ses liens, à la continuité de la vie dans tous ses domaines avec en particulier une sexualité assumée par des corps assumés. Déjà lors de mon séjour à Apatou et lors du carnaval de Cayenne j’avais été impressionné par la puissance de ces corps (de femmes en particulier mais bon je ne peux pas regarder partout et je reste moi). Les femmes alukus travaillent dur sur les abattis et elles sont grasses certainement mais musculeuses aussi et elles assument parfaitement leur corps, le mettent en valeur et se savent séduisantes ainsi.

Le calme à Papaichton

Le calme à Papaichton

Je suis heureux de voir vivre un peuple dont les critères de beauté sont à l’opposé des nôtres. Il n’y a pas de publicité ici ni de revues tous publics mais si tel était le cas on ne trouverait pas d’article comme « comment perdre trois kilos en quinze jours avant d’aller bronzer à Collioure ».
Au travers ces quelques lignes vous sentez bien que j’ai été ému par ces moments. Ils sont une nouvelle tache de couleur posée sur le tableau impressionniste de ma vie. Ce sont de ces moments qui font plisser mes yeux et sourire mon âme pieuse.

* Pangi: Pièce de tissu de la forme d’un paréo et porté de la même façon que les femmes boni brodent au point de croix. Pour voir des images : Pangi Guyane et taper images

Carlita

Carlita

La beauté insolente de la jeunesse

La beauté insolente de la jeunesse

10

août

Le Maroni est un long fleuve tranquille

De l’utilisation détournée d’un rouleau à peindre
Ce village est reposant. Je suis suffisamment isolé pour ne pas être ennuyé par la musique qui est jouée ici comme à Apatou et Camopi à tue tête et à pas d’heures. Les quelques voitures passent loin de ma maison. J’écoute le silence mais aussi la pluie tomber sur la tôle. Le climat invite à la sieste. Rien ne bouge dans le village jusqu’à 17 heures. Alors, la chaleur cédant la place, les gens s’égayent sur les chemins. De jeunes, de très jeunes femmes promènent leur bébé en poussette, le reste de la fratrie suit en jouant. La marchande des quelques légumes disponibles (haricots kilométriques, kombos, concombres amers, tomates) rentre chez elle poussant sa brouette. La marchande de jus de wassai la suit. Les jeunes gars envahissent le terrain de foot. Le foot c’est la religion ici comme partout ailleurs. Les deux boutiques du village ouvrent. Le presque rien qu’on y trouve est inabordable mais il est vrai qu’on est loin de tout. Dès quinze heures on ne dit plus bonjour mais bonsoir. Les enfants jouent d’un bout de bois, s’accrochent aux branches de manguiers qui n’ont pas encore leurs fruits à cette saison. Je croise un enfant qui pousse une balle faite maison avec des sachets plastiques attachés ensemble très serrés, un autre a fixé un bâton sur le manche d’un rouleau de peintre qu’il pousse en imitant le bruit d’une auto. Les plus grands sont sur leur téléphone portable. On n’échappe pas à l’acculturation. Il paraît qu’il y a maintenant le téléphone à Camopi, sur l’Oyapock.

Fin de journée pour le piroguier

Fin de journée pour le piroguier

Tranquille? Pas si tant
Tranquille tranquille le fleuve ? « Pas si tant » comme on dit de par chez moi dans les hauts de Saint Paul à La Réunion. Hier des garimpeiros , semble t-il, ont attaqué un des Chinois d’en face, dans sa boutique, au Suriname. Il aurait refusé de donner la caisse et, projeté à terre, il a reçu au moins un coup de fusil Baikal à bout portant dans l’omoplate gauche. Le trou est énorme de la taille d’une ancienne pièce de cinq francs. Un gros plomb lui a aussi traversé l’oreille et plusieurs plaies entourent le cratère principal. Il est arrivé sur une grosse brouette, choqué. Son état était stable mais on a dû l’héliporter à Cayenne pour des examens plus poussés et une prise en charge adéquate. Ici c’était le branle-bas de combat. C’était à qui approcherait pour photographier la scène. Difficile de travailler dans ces conditions. La vie a repris aussitôt son rythme paisible et c’est mieux comme ça.

La boutique chinoise est sur la rive surinamaise que l'on voir en face, tout près d'ici.

La boutique chinoise est sur la rive surinamaise que l’on voir en face, tout près d’ici.

Le fantôme des grands arbres
Dimanche matin : la nuit a été calme, sans appel. J’ai dormi tout mon sou. Les fantômes des grands arbres émergent de la brume. Le premiers rayons du soleil découpent leur cime dans les nuages bas. Il ne pleut pas, un colibri vient butiner les fleurs de la verveine citronnelle devant la maison je l’entends bourdonner à un mètre de moi. Un oiseau chante sa plainte triste sans discontinuer. Le chant d’un coq, seul et assez loin, vient rappeler que je suis en ville. La maison est propre, rangée. Je suis assis à cette table qui sent bon la cire fraîche, un mug de café fume et fait écho à la brume environnante.

Fantômes du petit matin

Fantômes du petit matin

Je suis confortablement assis sur la chaise la moins fatiguée de la maison et je lis « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » que m’a offert Arnaud, mon ami d’aventures. Lire le jour c’est mon luxe. C’est une bataille gagnée contre moi-même et dont je sors toujours fier. Je crois l’avoir déjà écrit mais tant pis j’ai envie de l’écrire encore. Lorsque nous étions enfants, lire la journée était mal perçu par mon père. N’y avait-il pas autre chose de plus sérieux à faire ? Maman ne lisait donc que la nuit, une fois mon père endormi et nous, les enfants, nous ne lisions tout simplement pas en dehors des quelques mauvaises bandes dessinées qui traînaient dans les toilettes (Akim, une sorte de Tarzan et Blek le rock qui mettaient la pâtée à des soldats anglais coiffés de chapeaux pointus, dans le Nouveau Monde en voie de décolonisation). Alors là, lire dès le matin, quel exploit. D’un autre coté qu’aurais-je d’autre à faire ?

Ce n'est pas celui-ci qui pleure tristement, mais il fera l'affaire, non?

Ce n’est pas celui-ci qui pleure tristement, mais il fera l’affaire, non?

Dans le cadre du travail je suis à nouveau confronté au problème de l’absence d’identité comme cela arrivait lorsque j’étais à Apatou. Ici c’est seulement plus complexe en raison de l’isolement. Afin de minimiser les risques liés à la parturition une femme enceinte de 36 semaines part résider à Cayenne le dernier mois de grossesse. D’ici elle prend le taxi collectif pour Maripasoula. De là elle part en avion pour Cayenne où elle attendra l’heure de son accouchement. Prendre l’avion sans papier est impossible. Les personnes du bassin du Maroni dont la naissance a été déclarée peuvent prendre cet avion s’ils sont Français ou s’ils sont Surinamais (avec un simple laissez-passer que nous leur délivrons). Le transport aérien des sans papiers pour raison de santé est plus complexe. Il nécessite une autorisation du médecin de l’ARS (Agence Régionale de Santé basée à Cayenne) à qui nous adressons la demande. Que restera t-il de cette possibilité si d’Aucune (que je ne nommerai pas) arrive au pouvoir ? Pour nous, médecins et personnel soignant, il est inconcevable de ne pas donner à un patient toutes ses chances.
On se trouve là devant la complexité de mondes qui ont évolués distinctement et se trouvent un jour sous une législation commune. Des efforts sont vraiment faits pour qu’une personne non déclarée à la naissance il y a vingt ou trente ans puisse obtenir une identité si elle est née de ce côté du Maroni et bien que cela soit complexe c’est possible. Je vais bien me renseigner sur les modalités auprès de l’assistante sociale qui vient ici à la fin du mois.
La langue commune est ici encore le Bushinenge Tongo (dont j’ai parlé par le passé) pour les Français et les Surinamais du bassin du Maroni. De nombreux Guyaniens (du Guyana) parlent l’Anglais et les Brésiliens parlent le Portugais. Ajoutez à cela un peu de Néerlandais et le Wayana pour la petite communauté amérindienne au sud du village (soit en amont sur le fleuve). On parle aussi le Français bien sûr. Vous avez ainsi l’ambiance linguistique du dispensaire (quelqu’un peut m’aider en Portugais ? Quelqu’un peut m’aider en Bushinenge ?

Je dois dire que j’aime beaucoup cette situation bien que la qualité de la relation patient-personnel soignant en souffre. Il m’est difficile d’aborder un problème personnel dans une langue qui n’est pas la mienne et avec une population dont les représentations me sont étrangères.

Obligé de mettre des chaussures, non mais allo, quoi?
Ce matin une enfant a le courage de m’interpeller lors d’une consultation où elle accompagne sa maman. « Monsieur, pourquoi vous n’avez pas de chaussures ? » Sans attendre ma réponse elle reprend « vous êtes docteur quand même, ce n’est pas bien de ne pas mettre de chaussures ! » J’ai bien essayé d’argumenter mais j’ai rapidement compris que le port de chaussures lorsque l’on est médecin est indispensable. Les patients de mon cabinet à La Réunion sont habitués à me voir en chaussettes mais ici ce n’est pas négociable. Je mettrai donc des chaussures.
Etoile et Thierry les infirmiers avec lesquels j’ai travaillé jusqu’à maintenant sont compétents et sympathiques. Je préfère l’écrire d’autant qu’ils m’ont demandé l’adresse du blog! Lol!

6

août

PAPAICHTON sur le Maroni

Retour en Guyane

Je suis arrivé à Cayenne sous une pluie battante. Pas d’éclair mais l’orage éclatait plus qu’il ne grondait. J’ai juste le temps de faire quelques courses de denrées de première nécessité avant mon départ pour Maripasoula le lendemain. Un vol intérieur m’y conduit puis je prends un taxi collectif pour Papaïchton en aval sur le Maroni. La piste de latérite de trente quatre kilomètres traverse quelques abatis mais surtout de la forêt. Il faut moins d’une heure pour, qu’arrivé sur un promontoire, le fleuve m’apparaisse au fond de la vallée. La vue est magnifique au soleil presque couchant.

Papaïchton est là, village très aéré aux rues larges dont quelques unes sont bétonnées. Le bord du fleuve est aménagé. Quelques pirogues affrétées par les boutiques d’en face, au Suriname, vous permettent de traverser le Maroni pour quelques achats. Il semble que les magasins ne sont (ou plutôt « ne soient », à vous de me dire) pas mieux achalandés que sur cette rive.

Le Maroni à Papaichton, sur l'autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Le Maroni à Papaichton, sur l’autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Paul, responsable des centres de santé, connaissant mon gout pour l’isolement a demandé que l’on m’attribue dans la mesure du possible un logement en conséquence. Me voici donc installé dans une jolie case en bord de forêt, une petite maison dans la prairie pour mes collègues de travail. La rue s’arrête à cinquante mètres puis je dois continuer à pieds par un chemin, de terre et d’herbe, souvent inondé. La maison en béton jusqu’à un mètre de hauteur est ensuite construite en bois et bardage sous un toit de tôle. Une petite véranda permet qu’on y pose un hamac. Les pièces sont spacieuses, le mobilier décrépis est malgré tout fonctionnel. Les ouvertures bardées de grilles sont nombreuses et permettent une aération que j’apprécie tant la chaleur est moite. Bien que le goût de la faïence murale posée au sol soit douteux et le mobilier disparate et usé, le lit de ma chambre est nuptial aux montants blancs et or.
Raimbault écrirait que la moustiquaire que j’ai trouvée est « idéale » dans le sens ou ce n’est plus qu’une « idée » de moustiquaire tant il me faudrait de fil pour la repriser. Il n’empêche qu’elle éloignera les chauves souris de mon visage à défaut de me protéger des moustiques. Oui je ne suis pas seul dans cette maison. Si les chauves souris ne font que passer afin, je pense, de me saluer, j’ai le plaisir de cohabiter avec plusieurs rainettes. Comme vous le savez j’affectionne ces petits batraciens depuis mon séjour à Camopi (dans le chapitre « je vous ai menti »). Ici je suis gâté. Les rainettes sont dans les pièces humides en quantité, s’abreuvant dans la cuvette des toilettes, au robinet de la douche ou de la cuisine. Elles me fuient un peu, ne connaissant pas mes bonnes intentions. Je ne désespère cependant pas d’avoir avec elles une colocation apaisée.

La  maison au bord de la forêt

La maison au bord de la forêt


Je suis heureux de retrouver le chant « kikiwi » de l’oiseau du même nom, les stridulations des cigales au couchant et le cliquetis de machine à écrire des grenouilles arboricoles la nuit. Je suis toujours ému par les palmiers wassai dont les feuilles semblent pleurer tant elles sont pendantes et me font penser, je ne sais pourquoi, à ces oiseaux détrempés que je croisais, perchés sur les hautes cimes des arbres après la pluie dans l’est de Madagascar alors que je descendais la rivière en pirogue.

Wassaïs au petit matin

Wassaïs au petit matin. Bon là j’ai mis une photo de l’Oyapock mais ce sont les mêmes.

Après une longue et salutaire nuit je découvre le dispensaire à quelques centaines de mètres de « chez moi ». Il est spacieux, très bien entretenu et fonctionnel. Il ya peu de travail en ce mois de vacances où j’imagine une partie de la population partie travailler avec les enfants sur les abattis. Pour ce premier matin rien de bien important mais une jeune fille présente des lésions cutanées imposantes et qui ne régressent pas. Elle souffre d’une drépanocytose S/S et Olivier, mon collègue du jour, interne en médecine, en connaît bien plus que moi sur le sujet. Cette pathologie est fréquente ici et je ne maîtrise vraiment pas le sujet. J’ai donc du pain sur la planche et il est bien agréable de travailler de concert avec un médecin plus au point que moi sur de nombreux sujets. Bien que parfois stressantes ces situations ont le mérite de bousculer mes connaissances et mes absences de connaissances.
Le dispensaire dispose d’un Kubota une sorte de voiture playmobile . Un vrai cube comme l’indique son nom, une marche avant, une marche arrière, embrayage automatique, un plateau arrière, pas de porte.

Kubota  Playmobile en vrai

Kubota Playmobile en vrai

Je suis d’astreinte les deux premiers jours et ne m’éloigne donc pas. Je visite le village et les magasins étrangement très peu achalandés. Comme à Camopi sur l’Oyapock je en trouve ni fruit ni légume à part quelques Kombos (un légume gluant à la cuisson), des concombres amers et quelques bananes vertes qui viennent peut-être de chez Fauchon tant le prix est prohibitif. Il y a une boulangerie qui semble réputée. Je vais très vite apprécier un morceau de baguette, même molle (sous le fromage de chèvre). J’aurais bien aimé m’éloigner un peu du village les deux jours suivant les astreintes mais il pleut sérieusement et à part une virée à la recherche d’un site de latérite à sculpter et que je n’ai pas trouvé, je suis resté à l’abri et commence à voir le temps qui passe s’effilocher comme les cyrus après que les pluies aient vidé le ciel de ses gros nuages sombres.
Ce matin quelques cimes fantomatiques émergent du brouillard, il fait frais. Un long week-end de garde commence…