1

septembre

Papaichton dernière

Venu ici pour me poser et trouver une certaine solitude je me suis laissé entraîner par l’âme festive de la place.

Mon séjour ici se termine. J’ai, une nouvelle fois, apprécié ce séjour. Devoir à nouveau me faire accepter par une équipe, par une population inconnue est pour moi très stimulant. Tous m’ont réservé un accueil chaleureux. Il a bien fallu quelques jours pour que la population m’accepte mais c’est bien normal. Pour l’équipe pas de problème j’ai été reçu très chaleureusement. Je termine d’ailleurs entouré d’une équipe de femmes qui sont montées sur piles électriques et les jours sont trop courts pour partager tout ce que l’on souhaiterait.Ne percevez aucune ambiguïté dans cette phrase.

Une équipe de choc

Carmen la sage se livre lorsqu’elle danse, Étoile est toujours « au taquet ». Morgane la dernière infirmière arrivée cache des talents d’acrobate et n’est pas la dernière à faire la fête.Julie ma collègue est toujours prête. « Allez mon Philou, viens avec nous ».
Je viens de refuser la partie de baby foot proposée pour pouvoir me poser un peu et écrire.
Je n’ai pas eu de coups durs au travail. Le patient chinois qui a reçu un coup de fusil à mon arrivée vient tous les jours pour son pansement. Il lui reste un tunnel dans les chairs de peau à la peau qui mettra bien six mois avant de se refermer cependant les infirmières font des miracles et elles pensent que trois mois seront suffisant. Depuis que nous lui prodiguons nos soins il est extrêmement généreux avec nous.

Les balades
Je suis donc parti faire la balade de la source puis celle de la crique avec Carmen notre guide et Morgane. On a vu, enfin, l’oiseau sentinelle qui est bien petit pour faire autant de bruit. Son cri perçant serait assimilé à une mise en garde des autres animaux à l’arrivée d’un intrus mais je n’en crois rien.
Nous n’avons pas croisé d’animaux spectaculaires cependant quelques morphos au bleu métallique voletaient en changeant si souvent de direction qu’ils étaient impossible de les photographier. Une chenille et une araignée plus tranquilles ont accepté de poser.

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Repas de chenille

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La balade de La Crique est, elle aussi, très agréable avec quelques compositions florales naturelles et quelques troncs d’arbre pour traverser le cours d’eau. J’y suis aussi mal à l’aise que Morgane s’y sent bien.

Composition florale spontanée

Composition florale spontanée

Morgane traversant le crique

Morgane traversant le crique

Pas de pakou, je devrai revenir,

La partie de pêche de l’après midi a fini rapidement en baignade avec les enfants qui jouaient là et en tournoi équestre dans l’eau grise. De toutes façons il y avait tant de bruit que les pakous déjà peu sensible à ma quête avaient fui bien loin.
Les arbres de la forêt ainsi que les manguiers commencent à fleurir et je m’interroge. Nous sommes au dessus de l’équateur et il semble que la végétation manifeste un semblant de printemps. Où est la logique alors que nous somme presque en automne boréale ? D’un autre coté que pourrait-il se passer de différent pour deux arbres situés à un mètre de l’autre de chaque coté de l’équateur ? Qu’est-ce qui fait qu’un arbre fleurit en aout plutôt qu’en février en hémisphère nord ? A quelle latitude s’opère le changement? Si quelqu’un a une réponse je suis preneur.

L'arbre rose

L’arbre rose

Suite et fin
Parti hier de Papaichton je suis à Cayenne pour ce dernier jour. Une douche chaude à l’hôtel c’est bien sympa. Ce matin au petit déjeuner mes yeux sont bien sûr attirés par la télévision sans le son de la salle de restaurant. La speakerine s’ouvre la bouche comme un poisson dans un bocal. En bas de l’écran des informations défilent sur une bande étroite. Je lis « Emeutes au Gabon: la France exprime sa vive préoccupation et souhaite la plus grande retenue ». Comment peut-on écrire des phrases comme ça et les faire défiler en continu sur une chaine? Vraiment je ne pense pas avoir manqué grand chose en étant coupé du monde médiatique.

Bon allez Philippe, du balais, laisse la place

Du balais

Du balais

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Rencontre inédite avec la mouche cacahuète
Ici comme à La Réunion les maisons en dur sont à la mode. La maison dans laquelle je suis est assez vétuste mais en bois et je n’en changerais pour rien au monde. Elle est fraîche et très bien ventilée. En contre partie je cohabite avec une vingtaine de rainettes que je n’arrive pas à reconnaître, un crapaud parfois, une souris et ses collègues soi-disant chauves mais qui comme leur nom ne l’indique pas ont une belle tignasse (en tous cas plus de poils sur le crane que moi de cheveux).

Une chevelue souris

Une chevelue souris

L’autre soir j’ai eu la visite d’une magnifique mouche cacahuète qui porte mal son nom (de mouche).

la mouche cacahuète

la mouche cacahuète

De dessus on dirait un batracien assez effrayant mais ce n’est que du bluff. Elle est très pittoresque mais assez peu sensible aux câlins que je lui prodiguais Je l’ai donc laissée prendre son envol vers d’autres horizons.

Pourtant je suis très investi dans ce baiser!

Pourtant je suis très investi dans ce baiser!

(Photo de Julie)

Je suis une fée du logis
Ma maison est donc vétuste mais ce n’est rien comparé au mobilier qui doit traîner là depuis des années. Chaises délabrées prêtes à vous rompre le cou et sur lesquelles on s’assoit du bout des fesses et une table qui a dû séjourner deux ans sous la pluie, etc. Cette dernière je l’ai décapée dès mon arrivée avec de l’ammoniaque (c’est mon truc du moment) et comme je ne trouvais pas de cire j’ai essayé la crème Nivea mais « ça ne l’a pas fait ». L’huile de tournesol a fait l’affaire et aussi incroyable que cela puisse être il y avait dans la maison une bombe pas écolo de dépoussiérant à la cire. Franchement un dépoussiérant ce n’est pas un décrassant mais pour l’odeur de la cire c’est sympa.
Le logisticien est passé et a bien voulu m’envoyer de quoi réparer la plomberie et de la colle à bois que je ne trouvais pas ici. J’ai pu bricoler ici, chez mes collègues infirmières et chez Julie le nouveau médecin avec laquelle je travaille maintenant. Chez les uns et les autres.
Il n’a pas plu comme je le craignais et pour autant je ne suis pas allé en forêt. La chaleur est écrasante au sortir du travail et lorsque le la fraîcheur s’installe la nuit la suit de près.

Pas de légende

Pas de légende


Pakous me voilà
Que faire donc vers dix sept heures ? Aller à la pêche. Attention les pakous n’ont qu’à bien se tenir ! Pas de mombins, ce n’est pas la saison.

Coin de pêche au crépuscule

Coin de pêche au crépuscule


Alors le yaya ne résistera pas au désir de manger le pain que je lui propose. Ma gaulette en bois s’est cassée et il ne m reste que trente centimètres de bois avant le fil. Tant pis j’irai dans le fleuve, plus accessible ici qu’à Camopi et la réserve de pain dans mon bob je taquinerai le yaya. Et ça marche. Si une miette tombe les yayas sautent hors de l’eau pour l’attraper.

Bon la photo est floue mais c'est bien moi avec le bob!

Bon la photo est floue mais c’est bien moi avec le bob!

. soit Morgane qui a pris la photo était sous effet soit elle a été troublée par ma masse musculaire!

Demain je tente le piranha. J’ai acheté du poulet pour appâter avec la peau. Que ça marche ou non je m’en fiche. Je suis dans l’eau, qui est agréable et c’est tout près de chez moi. Je serais bien allé à la crique un peu plus loin à environ huit cents mètres mais il paraît qu’il y a des crocos et des anacondas un peu gros. Même pas peur mais bon on va écouter les anciens et on ne va pas fanfaronner.

Plus sur le Puu Baaka,
Voici quelques explications sur le Puu baaka à partir d’un article de Marie Fleury dans l’excellente revue Une saison en Guyane 03. L’article est agrémenté de photos de Jean Hurault. Tout ce qui suit en italique est prélevé dans cet article.
La religion est basée sur le culte des ancêtres … qui continuent de l’au-delà à régenter les rapports entre les vivants … Les ancêtres sont très respectés et on leur fait des offrandes et des prières régulièrement… Le puu baaka est le dernier repas partagé avec le défunt. .. La première étape est la préparation de la boisson fermentée à partir de canne à sucre… Ensuite les hommes partent en forêt accompagnées de quelques jeunes femmes qui prépareront le gibier et les poissons pour les invités de la fête de deuil… Cette vie en forêt permet au groupe de faire revivre les anciens modes de vie des anciens. Lorsque ces busiman reviennent ils sont accueillis comme de véritables héros avec une allée entourée de pangis en signe de respect et avec des coups de fusils pour annoncer leur retour et éloigner les mauvais esprits… (Les coups de fusils que j’ai entendus dans le village le vendredi après midi signaient donc le retour de ces chasseurs). La veille de la levée de deuil on pile le riz (riz de montagne cultivé localement) en fin de nuit … Ce riz est ensuite vanné dans des plateaux en bois en forme de batées sculptées par les hommes. Le lendemain a lieu le bain rituel dans la rivière des veufs et des veuves accompagnés de la famille du défunt et qui peuvent ensuite quitter leurs vêtements de deuil et se vêtir de rouge.
C’est jour du doo udu où les jeunes coupent le bois qui alimentera le feu qui doit brûler toute la nuit… L’après midi les femmes du village déposent des galettes de cassave devant le hangar mortuaire avec des monticules de boissons apportées par les participants. … Le soir la fête commence par des contes, des improvisations et des énigmes sous le hangar mortuaire. Puis se succèdent, au rythme des tambours les danses traditionnelles. Cette fête a lieu le vendredi soir et dure toute la nuit. Le lendemain samedi matin on sacrifie tortues et poules de basse cour près du hangar mortuaire où on dormi les veufs et veuves durant toute la semaine… L’après midi on procède aux offrandes de nourriture… sur une feuille de bananier posée à terre, tout en priant les ancêtres d’accepter le nouveau défunt…

Marie Fleury (Muséum National d’Histoire Naturelle.
Je n’ai pas assisté à tout cela. J’ai perçu l’importance de cette cérémonie pour la population locale. Je suis très reconnaissant aux personnes qui m’ont accueilli pour la partie musicale et festive de cet événement que j’ai envie de comprendre. Ce week-end c’est à Loca, dont j’ai parlé précédemment que se déroulait un Puu Baaka. Aussi Papaichton s’est vidé de sa population pour y participer.

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19

août

Loca puis le Puu Baaka

Loca Village satellite de Papaichton
Une mauvaise piste m’amène à Loca un village à sept kilomètres de Papaichton qui dispose d’un dispensaire où nous travaillons un jour par semaine.
Ce village est très agréable lui aussi, comme Papaichton. Les vallons se jettent directement dans le fleuve. Trois grands ilots couverts de végétation dense découpent le fleuve en contrebas du village. Les oiseaux y sont très bruyants. Quels oiseaux ? Je ne sais pas. Un des ilots sert de cimetière.

Le Maroni à Loca

Le Maroni à Loca

Idem

Idem

Dans la partie proche du village de gros rochers percent la surface de l’eau et les carcasses de pirogues qui s’y son éventrées gisent là, contournées par des eaux agitées. Le niveau de l’eau est bas en cette saison et on imagine bien le danger que représentent ces pics rocheux acérés pour des pirogues qu’elles soient en bois ou en métal. Il paraît qu’en aval, on peut voir d’autres pirogues éventrées accompagnées de machines à laver, de télévisions qui, bien que neuves, ne sont jamais arrivées à destination. Des morts, il y en eut aussi sur ces flots incertains.

Laca la patriote

Laca la patriote

Le dispensaire est petit mais bien organisé. La table d’examen branle un peu sur ses pieds mais si Thierry et moi sommes attentifs tout se passe bien. Peu de patients ce jour là, mais tous forts sympathiques. Pour un médecin c’est seulement un peu frustrant de ne pas avoir de pathologie « intéressante ». C’est bien sûr parce que personne n’attend le mercredi pour tomber malade et donc les gens viennent avant ou après la maladie. On a un peu l’impression d’uniquement distribuer du paracétamol et nous, médecins, on aime bien quand ça chauffe un peu (mais pas trop), c’est bon pour notre ego.
Je vois là une femme qui serait née en 1916, bien que je n’y croie pas trop. Elle arrive appuyée sur son bâton et accompagnée de sa petite, petite, petite fille. Elle est en parfaite santé mais souhaite, devinez quoi ? Un peu de paracétamol afin de calmer ses douleurs articulaires. Je m’exécute et elle accepte de faire une photo avec ses sauveurs.

Six générations séparent la grand mère de ce petit, petit petit petit fils

Six générations séparent la grand mère de ce petit, petit petit petit fils

La visite à pieds d’un patient qui serait agité me permet de traverser le village et de découvrir une maison très ancienne, traditionnelle, basse, en vieux bois sous de vieilles tôle, aux décors sculptés et peints sur la façade. Rien de bien compliqué mais d’une sobriété qui contraste avec le kitch (à mon goût mais je n’ai pas le monopole du bon goût) des décorations de certaines maisons neuves.

Ce n''est pas la plus kitch

Ce n »est pas la plus kitch


Le Puu Baaka (Levée de deuil)

Ce long week-end du quinze aout est particulier à Papaichton. Quatre familles se sont jointes pour fêter la sortie de deuil de leur défunt respectif. La date a été choisie pour réunir pendant ces vacances un plus grand nombre d’amis et de proches. Dès vendredi le après midi les coups de feu tonnaient dans le village. La cérémonie doit durer jusqu’à lundi. Des rituels en mémoire des défunts, des rituels de danse et des moments de musique plus moderne se succèdent. Quelques coupures matinales permettent aux participants de récupérer. Les nuits sont cependant les moments privilégiés de ces différents rituels. La cérémonie est publique et nous sommes les bienvenus. On nous explique qu’on peut venir tout simplement. Qu’il ne faut rien apporter. Quelques renseignements pris plus officieusement nous invitent cependant à ne pas venir les mains vides mais personne n’aurait osé nous le demander. Comme nous apprenons que les rituels de musique et de danse commenceront uniquement vers trois heures du matin dans cette nuit de samedi à dimanche nous mettons le réveil à l’heure dite et à pieds nous dirigeons vers le lieu de la cérémonie. Il suffit pour cela de s’orienter vers le son des percussions et des chants hautement sonorisés. De ma maison, pourtant à l’opposé du lieu cérémonial, je pourrais, les yeux fermés, me diriger.
Un attroupement est aux abords d’un carbet assez vaste dont une partie abrite les musiciens assez fortement éclairés en comparaison de la partie destinée à la danse. Des bancs courent le long de celle-ci. Nous offrons nos présents (bouteilles de rhum) et sommes très chaleureusement remerciés. Nous avons vraiment l’impression d’avoir touché nos hôtes avec cet alcool et les remerciements sont émouvants et chaleureux. Une femme me prend la main entre les siennes et je suis touché par l’intensité qu’elle met dans son geste.
Au dessus des musiciens un ciel de pangis* brodés très colorés tapisse le plafond. Trois joueurs de bongos, trois joueurs de maracas et trois chanteurs mènent la danse par leurs chants au rythme soutenu et qui à mes oreilles néophytes, me semble très répétitifs. Un des chanteurs entame la mélodie dont les paroles sont reprises par les autres chanteurs. Les phrasés sont parfois chevrotants et me rappellent les mélodies de Gramoun Lélé à La Réunion. En reprise de certains passages chantés, les femmes, qui sont alors les plus nombreuses à danser, répondent en cœur. Un homme circule, devant les spectateurs assis sur les bancs, en poussant une brouette chargée de bouteilles de bière qu’il offre gracieusement. Une femme toute en rondeurs nous offre, bouteille à la main, un grand verre de rhum qu’elle a plaisir nous voir boire, sinon cul-sec du moins en deux fois. Elle ne peut voir nos yeux briller sous l’assaut de l’alcool pur mais on sent bien qu’elle nous met à l’épreuve et en rie sous cape. Son sourire ne trompe personne.
Il ne semble pas y avoir l’obligation de porter une tenue particulière à ce moment de la cérémonie. Quelques femmes portent leur pangi cependant que quelques autres son vêtues de robes de sortie sinon de soirée. Les plus nombreuses portent des vêtements simples mais qui soulignent largement leurs formes généreuses et les mettent ainsi en valeur. Lorsque le chanteur est apprécié une femme monte sur la scène en dansant et vient se frotter à lui dans une attitude pour le moins provocante. Son short très serré en jean souligne des cuisses puissantes, le ventre rebondi de quelques grossesses antérieures ne peut être contenu par le maigre vêtement. Les seins opulents contenus dans un soutien gorge trop petit débordent et il n’est d’yeux qui ne puissent s’y perdre. La femme danse et colle son corps contre celui du chanteur qui reste stoïque malgré la suggestivité de la danse et se concentre sur son chant.
Il fait chaud et moite mais il n’y a pas l’odeur de transpiration que l’on pourrait attendre en ce lieu et dans ces conditions. Après deux heures de danse donc vers cinq heures du matin je pars dormir. Mes amis restent. Vers cinq heures trente la musique traditionnelle cède la place à de la musique moderne enregistrée. Les jeunes qui attendaient alentour entrent dans la danse qui devient plus sensuelle d’après la description de mes amis. La musique s’arête vers sept heures du matin et la cérémonie doit reprendre pour ce dernier jour vers seize heures. Ce dimanche donc je n’ai pas trop envie de retourner à cette « fête ». Cependant vers vingt et une heures la musique traditionnelle reprend et, de loin, je l’apprécie plus que la veille. Avec Muriel mon amie médecin ici avec moi depuis dix jours et Annie je m’approche. Le groupe n’est pas le même, la voix n’est pas chevrotante mais le rythme surtout est un peu plus soutenu. Je vais danser. Les pas de danse toujours à la même place, creusent le gravier du sol que je dois aplanir de temps à autre.
Aparté :De voir l’empreinte des pas de danse sur le sol me ramène trente ans en arrière. Catherine, Michel et moi, accompagnés par Flavie notre souriante traductrice malgache, assurions une campagne vaccinale dans l’ouest de Madagascar. Le village qui nous accueillait avait organisé une fête afin que les oboles des participants permettent de financer notre pitance et les frais liés à notre venue. Nous avions dîné de roussettes (chauves souris frugivores) en un ragoût délicieux. La fête commençait par des combats semblables au Moringue réunionnais, proche de la capoeira brésilienne, mais avec une violence certaine. Le salegy (danse) avait succédé au moringue et notre nuit fut bercée par cette musique. A notre réveil les femmes les plus âgées dansaient encore, en ligne, dessinant ainsi une aire ronde sur le sol telle une aire de battage de céréales foulée par un animal domestique. Avant notre départ elles nous invitaient à les rejoindre et refuser aurait été indélicat. Mêlées à elles, toujours en ligne, nous dansions. Les femmes, bras pendants le long du corps mais suffisamment écartés, à chaque pas effleuraient nos fesses, nos ventres voir plus si elles s’y autorisaient et elles en riaient beaucoup.

Ce dimanche, alors que je danse, une femme sans âge s’approche de moi et se meut contre moi dans une attitude pour le moins érotique. Je m’applique comme je peux à respecter le rythme et le déhanchement mais ma souplesse laisse fortement à désirer. La femme se frotte contre moi puis s’éloigne et revient alors jusqu’à me frôler, jusqu’à me toucher. Son sein s’imprime dans mon nombril que je reconnais avoir un peu proéminent. Lorsque j’avais fait les « trois jours » avant le service militaire ils avaient écrit sur mon dossier « sangle abdominale moyenne ». Non mais je t’en ficherais moi des sangles abdominales moyennes ! N’empêche ! sans ça l’aurais-je senti, moi, son sein dans mon nombril ?
La soirée s’achève rapidement en ce dernier jour. Les acteurs auront dansé quasiment quatre jours. Le calme revient doucement sur Papaichton.

Je cherche désespérément des éléments plus pertinents pour vous expliquer cette cérémonie du Puu Baaka mais je n’ai pas accès à grand-chose sur internet et ne trouve pas localement (au moment où je vous écris) de renseignements sérieux. Je vais essayer de comprendre et d’en apprendre un peu plus. Je ne peux donc qu’exprimer mon ressenti.
Le peu que j’ai vu me semble être un hymne à la vie, un hymne au groupe, à ses liens, à la continuité de la vie dans tous ses domaines avec en particulier une sexualité assumée par des corps assumés. Déjà lors de mon séjour à Apatou et lors du carnaval de Cayenne j’avais été impressionné par la puissance de ces corps (de femmes en particulier mais bon je ne peux pas regarder partout et je reste moi). Les femmes alukus travaillent dur sur les abattis et elles sont grasses certainement mais musculeuses aussi et elles assument parfaitement leur corps, le mettent en valeur et se savent séduisantes ainsi.

Le calme à Papaichton

Le calme à Papaichton

Je suis heureux de voir vivre un peuple dont les critères de beauté sont à l’opposé des nôtres. Il n’y a pas de publicité ici ni de revues tous publics mais si tel était le cas on ne trouverait pas d’article comme « comment perdre trois kilos en quinze jours avant d’aller bronzer à Collioure ».
Au travers ces quelques lignes vous sentez bien que j’ai été ému par ces moments. Ils sont une nouvelle tache de couleur posée sur le tableau impressionniste de ma vie. Ce sont de ces moments qui font plisser mes yeux et sourire mon âme pieuse.

* Pangi: Pièce de tissu de la forme d’un paréo et porté de la même façon que les femmes boni brodent au point de croix. Pour voir des images : Pangi Guyane et taper images

Carlita

Carlita

La beauté insolente de la jeunesse

La beauté insolente de la jeunesse

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10

août

Le Maroni est un long fleuve tranquille

De l’utilisation détournée d’un rouleau à peindre
Ce village est reposant. Je suis suffisamment isolé pour ne pas être ennuyé par la musique qui est jouée ici comme à Apatou et Camopi à tue tête et à pas d’heures. Les quelques voitures passent loin de ma maison. J’écoute le silence mais aussi la pluie tomber sur la tôle. Le climat invite à la sieste. Rien ne bouge dans le village jusqu’à 17 heures. Alors, la chaleur cédant la place, les gens s’égayent sur les chemins. De jeunes, de très jeunes femmes promènent leur bébé en poussette, le reste de la fratrie suit en jouant. La marchande des quelques légumes disponibles (haricots kilométriques, kombos, concombres amers, tomates) rentre chez elle poussant sa brouette. La marchande de jus de wassai la suit. Les jeunes gars envahissent le terrain de foot. Le foot c’est la religion ici comme partout ailleurs. Les deux boutiques du village ouvrent. Le presque rien qu’on y trouve est inabordable mais il est vrai qu’on est loin de tout. Dès quinze heures on ne dit plus bonjour mais bonsoir. Les enfants jouent d’un bout de bois, s’accrochent aux branches de manguiers qui n’ont pas encore leurs fruits à cette saison. Je croise un enfant qui pousse une balle faite maison avec des sachets plastiques attachés ensemble très serrés, un autre a fixé un bâton sur le manche d’un rouleau de peintre qu’il pousse en imitant le bruit d’une auto. Les plus grands sont sur leur téléphone portable. On n’échappe pas à l’acculturation. Il paraît qu’il y a maintenant le téléphone à Camopi, sur l’Oyapock.

Fin de journée pour le piroguier

Fin de journée pour le piroguier

Tranquille? Pas si tant
Tranquille tranquille le fleuve ? « Pas si tant » comme on dit de par chez moi dans les hauts de Saint Paul à La Réunion. Hier des garimpeiros , semble t-il, ont attaqué un des Chinois d’en face, dans sa boutique, au Suriname. Il aurait refusé de donner la caisse et, projeté à terre, il a reçu au moins un coup de fusil Baikal à bout portant dans l’omoplate gauche. Le trou est énorme de la taille d’une ancienne pièce de cinq francs. Un gros plomb lui a aussi traversé l’oreille et plusieurs plaies entourent le cratère principal. Il est arrivé sur une grosse brouette, choqué. Son état était stable mais on a dû l’héliporter à Cayenne pour des examens plus poussés et une prise en charge adéquate. Ici c’était le branle-bas de combat. C’était à qui approcherait pour photographier la scène. Difficile de travailler dans ces conditions. La vie a repris aussitôt son rythme paisible et c’est mieux comme ça.

La boutique chinoise est sur la rive surinamaise que l'on voir en face, tout près d'ici.

La boutique chinoise est sur la rive surinamaise que l’on voir en face, tout près d’ici.

Le fantôme des grands arbres
Dimanche matin : la nuit a été calme, sans appel. J’ai dormi tout mon sou. Les fantômes des grands arbres émergent de la brume. Le premiers rayons du soleil découpent leur cime dans les nuages bas. Il ne pleut pas, un colibri vient butiner les fleurs de la verveine citronnelle devant la maison je l’entends bourdonner à un mètre de moi. Un oiseau chante sa plainte triste sans discontinuer. Le chant d’un coq, seul et assez loin, vient rappeler que je suis en ville. La maison est propre, rangée. Je suis assis à cette table qui sent bon la cire fraîche, un mug de café fume et fait écho à la brume environnante.

Fantômes du petit matin

Fantômes du petit matin

Je suis confortablement assis sur la chaise la moins fatiguée de la maison et je lis « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » que m’a offert Arnaud, mon ami d’aventures. Lire le jour c’est mon luxe. C’est une bataille gagnée contre moi-même et dont je sors toujours fier. Je crois l’avoir déjà écrit mais tant pis j’ai envie de l’écrire encore. Lorsque nous étions enfants, lire la journée était mal perçu par mon père. N’y avait-il pas autre chose de plus sérieux à faire ? Maman ne lisait donc que la nuit, une fois mon père endormi et nous, les enfants, nous ne lisions tout simplement pas en dehors des quelques mauvaises bandes dessinées qui traînaient dans les toilettes (Akim, une sorte de Tarzan et Blek le rock qui mettaient la pâtée à des soldats anglais coiffés de chapeaux pointus, dans le Nouveau Monde en voie de décolonisation). Alors là, lire dès le matin, quel exploit. D’un autre coté qu’aurais-je d’autre à faire ?

Ce n'est pas celui-ci qui pleure tristement, mais il fera l'affaire, non?

Ce n’est pas celui-ci qui pleure tristement, mais il fera l’affaire, non?

Dans le cadre du travail je suis à nouveau confronté au problème de l’absence d’identité comme cela arrivait lorsque j’étais à Apatou. Ici c’est seulement plus complexe en raison de l’isolement. Afin de minimiser les risques liés à la parturition une femme enceinte de 36 semaines part résider à Cayenne le dernier mois de grossesse. D’ici elle prend le taxi collectif pour Maripasoula. De là elle part en avion pour Cayenne où elle attendra l’heure de son accouchement. Prendre l’avion sans papier est impossible. Les personnes du bassin du Maroni dont la naissance a été déclarée peuvent prendre cet avion s’ils sont Français ou s’ils sont Surinamais (avec un simple laissez-passer que nous leur délivrons). Le transport aérien des sans papiers pour raison de santé est plus complexe. Il nécessite une autorisation du médecin de l’ARS (Agence Régionale de Santé basée à Cayenne) à qui nous adressons la demande. Que restera t-il de cette possibilité si d’Aucune (que je ne nommerai pas) arrive au pouvoir ? Pour nous, médecins et personnel soignant, il est inconcevable de ne pas donner à un patient toutes ses chances.
On se trouve là devant la complexité de mondes qui ont évolués distinctement et se trouvent un jour sous une législation commune. Des efforts sont vraiment faits pour qu’une personne non déclarée à la naissance il y a vingt ou trente ans puisse obtenir une identité si elle est née de ce côté du Maroni et bien que cela soit complexe c’est possible. Je vais bien me renseigner sur les modalités auprès de l’assistante sociale qui vient ici à la fin du mois.
La langue commune est ici encore le Bushinenge Tongo (dont j’ai parlé par le passé) pour les Français et les Surinamais du bassin du Maroni. De nombreux Guyaniens (du Guyana) parlent l’Anglais et les Brésiliens parlent le Portugais. Ajoutez à cela un peu de Néerlandais et le Wayana pour la petite communauté amérindienne au sud du village (soit en amont sur le fleuve). On parle aussi le Français bien sûr. Vous avez ainsi l’ambiance linguistique du dispensaire (quelqu’un peut m’aider en Portugais ? Quelqu’un peut m’aider en Bushinenge ?

Je dois dire que j’aime beaucoup cette situation bien que la qualité de la relation patient-personnel soignant en souffre. Il m’est difficile d’aborder un problème personnel dans une langue qui n’est pas la mienne et avec une population dont les représentations me sont étrangères.

Obligé de mettre des chaussures, non mais allo, quoi?
Ce matin une enfant a le courage de m’interpeller lors d’une consultation où elle accompagne sa maman. « Monsieur, pourquoi vous n’avez pas de chaussures ? » Sans attendre ma réponse elle reprend « vous êtes docteur quand même, ce n’est pas bien de ne pas mettre de chaussures ! » J’ai bien essayé d’argumenter mais j’ai rapidement compris que le port de chaussures lorsque l’on est médecin est indispensable. Les patients de mon cabinet à La Réunion sont habitués à me voir en chaussettes mais ici ce n’est pas négociable. Je mettrai donc des chaussures.
Etoile et Thierry les infirmiers avec lesquels j’ai travaillé jusqu’à maintenant sont compétents et sympathiques. Je préfère l’écrire d’autant qu’ils m’ont demandé l’adresse du blog! Lol!

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6

août

PAPAICHTON sur le Maroni

Retour en Guyane

Je suis arrivé à Cayenne sous une pluie battante. Pas d’éclair mais l’orage éclatait plus qu’il ne grondait. J’ai juste le temps de faire quelques courses de denrées de première nécessité avant mon départ pour Maripasoula le lendemain. Un vol intérieur m’y conduit puis je prends un taxi collectif pour Papaïchton en aval sur le Maroni. La piste de latérite de trente quatre kilomètres traverse quelques abatis mais surtout de la forêt. Il faut moins d’une heure pour, qu’arrivé sur un promontoire, le fleuve m’apparaisse au fond de la vallée. La vue est magnifique au soleil presque couchant.

Papaïchton est là, village très aéré aux rues larges dont quelques unes sont bétonnées. Le bord du fleuve est aménagé. Quelques pirogues affrétées par les boutiques d’en face, au Suriname, vous permettent de traverser le Maroni pour quelques achats. Il semble que les magasins ne sont (ou plutôt « ne soient », à vous de me dire) pas mieux achalandés que sur cette rive.

Le Maroni à Papaichton, sur l'autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Le Maroni à Papaichton, sur l’autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Paul, responsable des centres de santé, connaissant mon gout pour l’isolement a demandé que l’on m’attribue dans la mesure du possible un logement en conséquence. Me voici donc installé dans une jolie case en bord de forêt, une petite maison dans la prairie pour mes collègues de travail. La rue s’arrête à cinquante mètres puis je dois continuer à pieds par un chemin, de terre et d’herbe, souvent inondé. La maison en béton jusqu’à un mètre de hauteur est ensuite construite en bois et bardage sous un toit de tôle. Une petite véranda permet qu’on y pose un hamac. Les pièces sont spacieuses, le mobilier décrépis est malgré tout fonctionnel. Les ouvertures bardées de grilles sont nombreuses et permettent une aération que j’apprécie tant la chaleur est moite. Bien que le goût de la faïence murale posée au sol soit douteux et le mobilier disparate et usé, le lit de ma chambre est nuptial aux montants blancs et or.
Raimbault écrirait que la moustiquaire que j’ai trouvée est « idéale » dans le sens ou ce n’est plus qu’une « idée » de moustiquaire tant il me faudrait de fil pour la repriser. Il n’empêche qu’elle éloignera les chauves souris de mon visage à défaut de me protéger des moustiques. Oui je ne suis pas seul dans cette maison. Si les chauves souris ne font que passer afin, je pense, de me saluer, j’ai le plaisir de cohabiter avec plusieurs rainettes. Comme vous le savez j’affectionne ces petits batraciens depuis mon séjour à Camopi (dans le chapitre « je vous ai menti »). Ici je suis gâté. Les rainettes sont dans les pièces humides en quantité, s’abreuvant dans la cuvette des toilettes, au robinet de la douche ou de la cuisine. Elles me fuient un peu, ne connaissant pas mes bonnes intentions. Je ne désespère cependant pas d’avoir avec elles une colocation apaisée.

La  maison au bord de la forêt

La maison au bord de la forêt


Je suis heureux de retrouver le chant « kikiwi » de l’oiseau du même nom, les stridulations des cigales au couchant et le cliquetis de machine à écrire des grenouilles arboricoles la nuit. Je suis toujours ému par les palmiers wassai dont les feuilles semblent pleurer tant elles sont pendantes et me font penser, je ne sais pourquoi, à ces oiseaux détrempés que je croisais, perchés sur les hautes cimes des arbres après la pluie dans l’est de Madagascar alors que je descendais la rivière en pirogue.

Wassaïs au petit matin

Wassaïs au petit matin. Bon là j’ai mis une photo de l’Oyapock mais ce sont les mêmes.

Après une longue et salutaire nuit je découvre le dispensaire à quelques centaines de mètres de « chez moi ». Il est spacieux, très bien entretenu et fonctionnel. Il ya peu de travail en ce mois de vacances où j’imagine une partie de la population partie travailler avec les enfants sur les abattis. Pour ce premier matin rien de bien important mais une jeune fille présente des lésions cutanées imposantes et qui ne régressent pas. Elle souffre d’une drépanocytose S/S et Olivier, mon collègue du jour, interne en médecine, en connaît bien plus que moi sur le sujet. Cette pathologie est fréquente ici et je ne maîtrise vraiment pas le sujet. J’ai donc du pain sur la planche et il est bien agréable de travailler de concert avec un médecin plus au point que moi sur de nombreux sujets. Bien que parfois stressantes ces situations ont le mérite de bousculer mes connaissances et mes absences de connaissances.
Le dispensaire dispose d’un Kubota une sorte de voiture playmobile . Un vrai cube comme l’indique son nom, une marche avant, une marche arrière, embrayage automatique, un plateau arrière, pas de porte.

Kubota  Playmobile en vrai

Kubota Playmobile en vrai

Je suis d’astreinte les deux premiers jours et ne m’éloigne donc pas. Je visite le village et les magasins étrangement très peu achalandés. Comme à Camopi sur l’Oyapock je en trouve ni fruit ni légume à part quelques Kombos (un légume gluant à la cuisson), des concombres amers et quelques bananes vertes qui viennent peut-être de chez Fauchon tant le prix est prohibitif. Il y a une boulangerie qui semble réputée. Je vais très vite apprécier un morceau de baguette, même molle (sous le fromage de chèvre). J’aurais bien aimé m’éloigner un peu du village les deux jours suivant les astreintes mais il pleut sérieusement et à part une virée à la recherche d’un site de latérite à sculpter et que je n’ai pas trouvé, je suis resté à l’abri et commence à voir le temps qui passe s’effilocher comme les cyrus après que les pluies aient vidé le ciel de ses gros nuages sombres.
Ce matin quelques cimes fantomatiques émergent du brouillard, il fait frais. Un long week-end de garde commence…

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8

janvier

Cacao et l’acculturation

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Cacao un exil réussi mais

Je suis donc logé en pays Hmong. Les maisons en bois reprennent un peu la structure de certaines maisons de leur Laos d’origine. Maison sur pilotis qui me rappellent celles dont la structure est proche mais la confection en bambou de leurs frères Phnongs sur la même cordillère annamitique mais plus au sud, au Cambodge. La partie sous plancher est aussi un lieu de vie même si ici ce n’est plus pour piler le riz. Le riz de Guyane ? Il n’y en a plus. Les rizières de Mana ont été abandonnées, pas rentables et deviennent de vastes et tristes marécages. Sous bon nombre de maisons des murs plus récents en pierres artificielles transforment ces dernières en maisons fermées à étage. L’église garde un aspect de pagode et rappelle l’Asie.

Eglise de Cacao

Eglise de Cacao


J’ai la chance de consulter peu de monde pour plusieurs raisons. Ce sont les vacances et à Javouhey, lieu d’exil de la deuxième grande communauté Hmong en Guyane, c’est le nouvel an et les communautés s’y retrouvent. Lorsque je demande à une femme à peine plus âgée que moi la raison de son absence à la fête de Javouhey, elle me parle de la perte de signification, pour elle de ces fêtes.

Clin d'oeil à l'Asie

Clin d’oeil à l’Asie

Ici aussi l’acculturation un peu rapide entraîne des dissensions entre les générations. Les jeunes ne respecteraient plus aussi précisément les rites animistes originels et les traditions mais aussi des valeurs des anciens seraient mises à mal. Lorsqu’elle était jeune, encore au Laos, ayant étudié à Luang Prabang, elle enseignait dans les villages éloignés en montagne. Son mari battait la campagne et proposait aux paysans des alternatives à la culture du pavot qui avait été développée en particulier sous l’influence des français puis des américains. A la fin de la guerre du Vietnam en 1975, tous deux ont fui la répression vietnamienne et se sont réfugiés en Thaïlande avant la proposition d’émigration vers la Guyane où ils sont arrivés les mains nues mais portant avec eux leur culture, leurs valeurs qui sont en fait le seul héritage de leur passé semi nomade. Le déplacement ne l’inquiète pas. Les Hmongs sont arrivés au Laos, venant de Chine vers le dix-neuvième siècle et son grand père lui rappelait souvent de ne pas oublier qu’il y a bien longtemps le grand-père du grand père du grand père venait d’un pays où il faisait jours six mois et nuit six mois !
Il est bien sûr réducteur de faire un parallèle avec ce que vivent les populations amérindiennes de Guyane pour lesquelles l’acculturation est aussi très brutale. Les conséquences ne sont pas identiques. Ici les « vieux » vivent mal cette perte des valeurs et chez les amérindiens ce sont les jeunes qui semblent le plus souffrir du décalage entre ce que l’école leur donne à voir et les perspectives de vie qui s’offrent à eux. Je ne puis affirmer que les suicides des adolescents amérindiens soient la conséquence exclusive de cette acculturation, il y a bien sûr d’autres raisons qui participent de près ou de loin au problème, mais on ne peut écarter cette hypothèse de la réflexion entreprise sur ce problème.
Peu de temps après avoir vu cette femme Hmong je reçois une jeune femme de vingt-neuf ans, en instance de divorce, qui vient ainsi me confirmer les changements liés à l’acculturation. Mariée à dix-sept ans elle travaille depuis deux ans à Cayenne comme commerçante associée à un chinois. Ce travail commencé avec l’accord et l’enthousiasme de son mari semble ne plus convenir à ce dernier qui souhaite que sa femme vienne à nouveau travailler avec lui, aux champs. La jeune femme qui serait aussi maltraitée refuse et se sépare. Les familles respectives se réunissent seules puis ensemble pour faire entendre raison à la jeune femme. Celle-ci se retrouve seule, un peu désemparée mais déterminée. La vie d’une jeune femme qui à son mariage quitte sa maison familiale pour celle de ses beaux-parents est très codifiée. Elle a de nombreux devoirs envers son mari et sa belle-famille ce qui est plus difficilement accepté que par le passé chez les jeunes générations. Dans le cas d’une rare séparation, c’est la femme qui doit retourner « spontanément » (mais sous l’influence des deux familles) chez son mari. Jamais celui-ci ne viendra la chercher, ce serait déshonorant.
Notre jeune femme profite de cette règle pour ne retourner ni aux champs ni chez son homme, trop heureuse de vivre une jeunesse trop vite écourtée et son visage est radieux lorsqu’elle me parle de sorties cinéma avec ses amies de la capitale.
La brutalité de l’acculturation
Nous avons en Europe échappé à cette violence de l’acculturation ou bien ce sont les générations précédentes qui l’ont vécue. Pour nous, médecins que j’appellerais « pastoriens » (cause bactérienne, virale physique ou chimique du mal) les représentations du monde, enseignées par nos pairs ne se heurtaient pas aux représentations de nos parents cependant que de jeunes médecins malgaches, africains et ceux de contrées reculées doivent en quelque sorte « tuer père et mère » et rejeter les valeurs de leur société d’origine. Cela est bien sûr décrit depuis longtemps cependant qu’il m’est parfois nécessaire d’y penser. J’ai le souvenir de ce jeune médecin que nous formions à Maroantsetra à Madagascar et qui lors d’une longue marche vers un dispensaire suffisamment éloigné pour que nous puissions nous livrer l’un à l’autre, me rapportait le plus sérieusement du monde que si un caméléon à corne, entrant dans un village, regardait dans une maison avant de continuer son chemin, il y aurait un mort dans cette maison et autant de morts que de maisons « regardées » par la bête. Il n’était pas question pour moi d’en rire, le sujet était trop sérieux. Il me contait aussi les divinations de sa mère analysant un lancer de petits cailloux dans le sable. Il était très perturbé par ses cours de médecine qui s’opposaient fondamentalement aux représentations de sa société. Je le sentais peiné et avec beaucoup de respect il cachait à ses parents une partie de son nouvel apprentissage.
Si je m’étais autorisé à rire j’aurais eu bien tort. Je n’ai pas peur du regard du caméléon à cornes cependant le temps m’a appris à regarder autrement, avec plus de respect, avec un peu plus d’humilité (ce n’est pas trop tôt). La mainmise totale de la médecine sur la santé (qui est quelque chose de si complexe) est une véritable escroquerie. Aussi, à défaut de ne faire que du bien, je vais essayer de faire le moins de mal possible.

La complexité de la santé, enfin dans le cas présent il s'agit de racines de palétuviers

La complexité de la santé, enfin dans le cas présent il s’agit de racines de palétuviers


Si quelqu'un sait le nom de cet oiseau je suis preneur!

Si quelqu’un sait le nom de cet oiseau je suis preneur!


Jeune tamanoir traversant l'Orapu

Jeune tamanoir traversant l’Orapu

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27

décembre

La bassine, la brouette et le rôle des enfants

Nuit de lune sur le Maroni

Nuit de lune sur le Maroni


La marche
Ici, on pourrait se croire en Afrique lorsque l’on roule en voiture sur la route qui mène à Saint Laurent du Maroni. Alors qu’on quitte le goudron la piste de latérite tranche avec le vert de la forêt à l’entour et le ciel, parfois bleu mais souvent gris sombre, annonce, comme en Afrique équatoriale, la pluie vespérale. Bien que cette forêt ne soit pas primaire elle est assez dense. Une grande partie a en effet été coupée à l’époque du bagne dont les travaux forestiers étaient nombreux sur le bord du fleuve. La végétation ronge tout et du bagne de La Forestière (proche d’Apatou), qui recevait dans les années trente les condamnés politiques de la Cochinchine, il ne reste que quelques poteaux et un escalier qui ne peuvent témoigner de la souffrance endurée par les hommes.
Vestige d'escalier du camp de La Forestière en briques estampillées AP administration pénitencière

Vestige d’escalier du camp de La Forestière en briques estampillées AP administration pénitencière


Bien que la plupart des habitants des hameaux ou campoe accèdent à Apatou par voie fluviale au moyen de pirogues en bois motorisées, quelques-uns vivent dans des carbets isolés ou dans des villages proches de la route. Il y a évidemment des voitures mais beaucoup de gens marchent. Ici un homme, torse nu luisant de sueur sous le soleil en revenant de l’abattis la machette à la main, là, une femme, une bassine sur le sommet du crâne remplie de tubercules et, l’accompagnant, les enfants portent un fagot de branchages ou poussent une brouette, signe de modernité incontestable. Il est impressionnant de voir un enfant de quatre ans marchant, comme l’adulte, la machette à la main.
Ce qui me fait penser à l’Afrique c’est bien sûr cette bassine sur la tête qui impose aux femmes une démarche particulière, contrôlée, très esthétique, le dos devant être droit.
La bassine et la brouette

La bassine et la brouette


L’image de la femme, pieds dans la terre et la poussière, bassine sur la tête est comtée par Ryszard Kapuscinski, reporter polonais dans Ebène, aventures africaines. L’image est la même. Le contenu de la bassine diffère ainsi que le but de la marche. Ici on peut penser qu’il est seulement question de rejoindre le carbet, dans l’Afrique de Ryszard Kapuscinski, la marche est bien souvent une fuite et le contenu de la bassine le seul bien de la femme, de la famille.
Les enfants participent beaucoup aux travaux domestiques, ramassage de bois, vaisselle ou lessive au fleuve.
Lessive et vaisselle au bord du fleuve

Lessive et vaisselle au bord du fleuve


Le fleuve c’est aussi le lieu du bain pour tous les habitants des campoe. A Maiman, le village le plus proche d’Apatou un père se baigne accompagné de ses trois enfants avec lesquels il chante au coucher du soleil. C’est la toilette familiale. Les enfants s’éclaboussent en riant. Très aimable cet homme. On lui adresse quelques mots au sortir de l’eau. Il s’oppose à ce qu’on bétonne ce bord de fleuve, il est bien, là, dans cette nature et on le comprend. Dans une petite boite plastique il porte le savon, le dentifrice et les quatre brosses à dents de la famille.
Les enfants ne font pas que travailler bien que mis à contribution pour les travaux de l’abattis en plus des travaux ménagers. Ils jouent aussi. Ils ne sont pas encore atteints par la frénésie des jouets de nos supermarchés. Il faut dire qu’à Apatou, le rayon jouets du « libre-service » mesure un mètre à peine. Quelques petites voitures et des poupées.
La bouteille d'eau, un jouet bon marché!

La bouteille d’eau, un jouet bon marché!


On les voit plus souvent jouer avec l’eau à l’unique robinet devant la maison ou dans la bouche d’évacuation de l’eau de pluie, avec des bâtons qu’ils lancent dans les manguiers ou les jujubiers pour récolter quelques fruits trop verts. Les petits et même les moins petits peuvent jouer nus, sans complexe et même revenir crottés à la case après une bataille de glaise ce qui ne semble pas entraîner le courroux des mamans.
Bataille de glaise

Bataille de glaise

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Je ne vois que des animaux morts
Les animaux que je cherche à voir à chacun de mes voyages « cachètent » avec moi (du verbe cachéter du premier groupe en créole réunionnais.
En pleine forêt, la vie animale est sur la canopée et s’il m’est arrivé de voir des singes c’était toujours d’assez loin. Je n’ai pas vu d’animaux au sol. Il faut un œil exercé que je n’ai pas. Les seuls animaux que j’ai pu voir vivants sont quelques serpents, un paresseux et des tortues traversant lentement la route et que j’ai aidés à poursuivre leur route en les « avançant » un petit peu. Bien sûr j’ai aperçu, au loin, des perroquets et quelques dizaines de singes, mais les seuls que j’ai pu photographier, bien qu’à l’état sauvage, sont les singes tamarins (je crois) vivant dans la forêt près du zoo de Cayenne et qui viennent voler le souper du tapir qui lui est dans un parc.
Voleur de souper

Voleur de souper

A part ces derniers je ne vois que des animaux morts et je m’arrête à chaque fois. Le plus souvent ce sont des pians, des opossums de différentes sortes, écrasés par les voitures qui les éblouissent la nuit mais aussi un splendide serpent liane (je crois) vert pomme et un crocodile qu’une voiture a tué (par inadvertance ?) alors que, suicidaire, il traversait la route.
Il me reste les oiseaux et ce n’est déjà pas si mal.

héron bleu

héron bleu


Cacique

Cacique

Et quelques autres, inoffensifs

La chauve souris sympathique

La chauve souris sympathique


La cigale bruyante

La cigale bruyante

Depuis une semaine j’ai quitté Apatou pour aller vers l’est de la Guyane travailler dans trois centres de santé. Je vis maintenant à Cacao, un village hmong. Les Hmongs sont arrivés ici au décours de la guerre du Vietnam. Ils avaient été de farouches défenseurs des français puis des américains et étaient pourchassés par un Vietnam devenu communiste. Ils ont hérité de terrains et ont constitués deux villages Javouhey et Cacao. Cultivateurs et travailleurs infatigables ils sont devenus les maraichers de la Guyane et livrent les produits de leurs champs à Cayenne (pour Cacao) et à Saint Laurent (pour Javouhey). Cacao n’a pas de centre bien défini encore que le marché en soit, le dimanche, le point de rassemblement des amateurs de soupe hmong venant de Cayenne. Le centre de santé est magnifique, cadeau démesuré construit à la suite de la visite de Bernard Kouchner stupéfait de la structure d’accueil délabrée du dispensaire alors en place. Je suis donc confortablement logé. Je consulte des Hmong qui parlent uniquement le Hmong pour les anciens et qui sont fort heureusement accompagnés pour la consultation.
Je travaille aussi à Régina, un village qui semble mourir doucement sur le fleuve Approuague. Là, le village est plus traditionnellement structuré, église, mairie, poste, boutique=buvette et centre de santé sont au cœur d’un village aux maisons parfois en voie de délabrement. La population est assez cosmopolite et j’y ai rencontré quelques vieux métros venus vivre ici par choix d’une vie différente. Gé, la soixantaine, cheveux longs jusqu’aux reins d’origine gitane et écrivain qui vit dans la forêt à sept kilomètres de la bourgade ou Jeff, la cinquantaine qui, lui,vit sur le Mataroni, un affluent de l’approuague, à deux heures et demie en pirogue de Régina. Il pêche, cultive un abattis qu’on me dit magnifique, et vit de la pêche et de son abattis. Il refuse de chasser. Sa passion : La lecture. Il m’invite d’ailleurs. Que puis-je apporter ? Des livres, des polars et des semences.

Fleur de l'arbre à boulets

Fleur de l’arbre à boulets

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7

décembre

Businenge tongo et autres sujets

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La langue des noirs de la forêt
Une des difficultés, ici, est la langue. Je vous ai parlé lors de mon dernier séjour de cette langue le businenge tongo, (prononcer bouchinengué) la langue des noirs de la forêt. Ce terme qui est le terme utilisé par les penseurs, les intellectuels se voudrait plus respectueux que « taki taki » (de to talk). Cependant lorsqu’on demande aux gens du cru s’ils parlent français ils répondent « no, taki taki », je ne suis pas sûr qu’ils aient un regard négatif sur cette appellation. J’essaie donc d’apprendre quelques mots de businenge tongo ou de takitaki. Cette langue de la forêt est aussi celle du fleuve. Les variations de langage, entre les différentes vagues de migration des esclaves marrons du Suriname, ont entraîné des différences qui permettent cependant une communication relative entre eux.
Ici il me faudrait donc parler cette langue ou au moins la version aluku de cette langue mais pas que. Le découpage arbitraire opéré par les occidentaux est ici comme en Afrique une ineptie. Les lignes droites africaines de délimitation des territoires en sont une représentation flagrante que l’on a imposée chez les autres mais bien sûr pas chez nous. La course entre les Anglais et les Français pour s’approprier Falocha au dix-neuvième siècle et ce partage qui ne respectait rien que les intérêts des deux puissances, en est un exemple flagrant. On pourrait penser que faire d’un fleuve une frontière naturelle serait plus heureux. Pour les occupants étrangers ce découpage a le mérite d’être précis, indiscutable. Il faut savoir que la frontière est au plus profond du cours d’eau, parfois plus près d’une rive, parfois plus près de l’autre. Est-ce que je pêche en Guyane ou au Brésil et à qui appartient le poisson ?
Qu’en est-il des populations qui vivent au bord du fleuve ? Je m’installe ici parce que l’endroit est propice, mon fils s’installe en face, sur l’autre rive parce qu’ainsi nous sommes proches et pouvons travailler de concert, unir nos forces pour les dures tâches nécessaires à l’entretien de l’abattis. Au final, comme il est à la mode de le dire, je suis en France et mon fils est au Suriname.
Ici il me faudrait donc parler le taki taki mais aussi le brésilien, l’anglais pour communiquer avec les quelques migrants du Guyana et à défaut du taki taki le néerlandais avec les quelques personnes âgées qui l’ont appris dans leur enfance. Mes quelques souvenirs dans cette langue me permettent seulement d’être poli, de souhaiter la bienvenue. Je sais parfaitement dire qu’il est préférable de faire des photographies avec le soleil dans le dos (première leçon de la méthode Assimil) mais cela ne me sert à rien.
Aussi les consultations sont très techniques et je ne peux chercher à comprendre la genèse du mal s’il est d’origine autre que bactériologique ou physico-chimique ce qui est bien sûr très fréquent. Des forces qui me sont obscures interviennent et les « garanties » pour s’en préserver sont visibles. Bandelettes de tissu nouées au poignet ou autour de la taille, etc. C’est bien sûr assez frustrant et je me heurte, je le sens bien, à des représentations qui mes sont à des années lumières et que je ne peux pas appréhender même de loin. Remarquez bien que même dans ma propre culture, même dans ma propre langue je ne suis pas certain de comprendre les représentations du monde courante dans la société à laquelle j’appartiens.
Malgré mes lacunes, je suis cependant gratifié de sourires et de rires lorsque je m’applique à tenter ma chance en en taki taki. C’est déjà ça, la communication par le rire est essentielle et elle me rassure aussi et peut-être faussement, sur la gravité de la situation. J’ai donc beaucoup de plaisir à utiliser les quelques mots appris issus pour beaucoup de l’anglais mais parfois du néerlandais ou d’une origine inconnue pour moi probablement africaine.
Rive droite rive gauche
Les patients que nous recevons vivent sur cette rive du fleuve pour la plupart. Nombre d’entre eux viennent en voiture des villages en aval d’Apatou. Les autres arrivent en pirogue, parfois de très loin après plusieurs heures sur le fleuve et avec les sauts à franchir à l’aller comme au retour. Un dispensaire surinamais distant de plusieurs heures de pirogue et que je ne peux localiser nous adresse des patients avec des lettres en taki taki qu’il m’est impossible de déchiffrer. Ces patients, qu’ils habitent en France ou non, n’ont bien sûr pas les mêmes droits. Il est remarquable que l’aide médicale d’état l’AME puisse être obtenue, au même titre que la CMU par les « étrangers » bien que ce soit complexe et que parfois, au moins dans un passé récent, quelques fonctionnaires peu scrupuleux abusent les demandeurs d’aide en se faisant payer cinq euros une photocopie normalement gratuite et à la disposition de tout un chacun.
Ici, comme sur l’Oyapock (en amont de Saint Georges) la frontière est perméable et tout le monde s’en moque et c’est fort heureux. Les étrangers ne peuvent cependant pas se rendre à Cayenne sans visa. Il y a, à l’ouest comme à l’ouest de la capitale un barrage de gendarmerie sur le fleuves Approuague à Régina à l’est et l’Iracoubo à Iracoubo à l’ouest. J’imagine qu’il est possible de descendre de la voiture avant le barrage, de traverser un peu de forêt puis le fleuve et de retrouver plus loin la voiture, mais personne n’en parle ici. Je dois être « mal fondé » comme le disent les réunionnais pour évoquer cette pensée la. Je trouve ce mélange de populations très riche probablement parce que je suis pour l’abolition des frontières mais je ne pense pas pouvoir le crier très fort.

Nous soignons tout le monde, bien sûr du mieux que nous savons, du plus que nous pouvons et ici tout se passe correctement. Il n’y a pas comme dans d’autres villes du fleuve les récriminations des « français » qui souhaitent être vus avant les « étrangers ». La présence d’une pharmacie privée nous empêche sauf urgence de délivrer les traitements qui doivent donc être en principe prescrits et donc achetés pour les « non ayant droit ». Nous avons une petite dotation en produits essentiels qui nous permet de parer malgré tout aux plus sérieuses situations.
Se poser et lire
Ici, je me pose. Dans un lieu de vie habituel on a toujours quelque chose de précis, de plus ou moins urgent à faire, toute autre affaire cessante. Ici à Apatou qu’ai-je à faire ? Travailler de huit heures à quatorze heures puis rien. Tout est alors possible. Bien que limité dans l’espace les jours d’astreinte en raison de la portée du téléphone mobile je ne suis pas limité dans le temps. Je n’ai pas de sollicitations autres que celles que je m’impose. Aussi je m’adonne en particulier à la lecture, de tout ce qui me passe entre les mains. Cela m’est très étranger de lire en journée. Il me reste comme une sensation de culpabilité d’enfant de lire alors que le soleil n’est pas encore couché. Cela peut paraître surprenant bien sûr. Lorsque j’étais enfant il y avait peu de livres à la maison. Ma mère qui aimait lire ne le faisait que la nuit, lorsque mon père, à ses côtés des œillères d’avion sur le nez, dormait. Pour lui, lire en journée était un signe de paresse. Aller à la chasse non mais lire oui. Je n’ai pas le souvenir qu’il nous ait imposé aussi cette règle. Peut-être me la suis-je imposée moi-même, par souci d’imitation. Toujours est-il qu’à La Réunion, lorsque je suis « pris » par un livre, un roman et que je m’autorise à le lire alors que le soleil brille encore j’éprouve à la fois une certaine gêne et une jubilation d’avoir enfreint un interdit.
Je n’ai donc commencé à vraiment lire que lorsque j’étais dans le bled, au Maroc et que les soirées duraient duraient, à un âge où on aimerait faire la fête tous les soirs (ce qui m’arrivait quand même) et à l’âge surtout où on récupère vite de nuits sans sommeil. Le Père blanc qui s’occupait de la prison d’Essaouira nous prêtait les livres qu’il avait à la disposition des reclus. Quelle révélation !
J’ai bien conscience du banal de ces propos cependant, alors que je commençais à exercer dans un milieu défavorisé, avec peu de moyens, les propos de Céline dans son Voyage au bout de la nuit, de Herman Hesse dans Narcisse et Goldmund, de Marguerite Yourcenar dans L’œuvre au noir et de Camus dans La peste devaient répondre, par les épidémies qu’ils décrivent et le désarroi du médecin pour Céline, à mes propres préoccupations face aux cas de typhoïde et autres misères. C’est seulement maintenant, alors que je l’écris, que je réalise que ces œuvres ont comme point commun la maladie, les épidémies.
Ici donc, je lis en plein jour si l’idée me vient, dérangé seulement par les moustiques qui vrombissent à l’entour.

La petite gravure illumine mes bas reliefs

La petite gravure illumine mes bas reliefs


Accepter l’éphémère
J’ai, bien évidemment, tenté de réparer le bas-relief de latérite qui avait beaucoup souffert des intempéries depuis avril. Je n’aurais pas dû. L’art éphémère est éphémère et ainsi doit-on l’accepter. J’ai pu redonner un visage aux personnages mais sans la force initiale.
Une critique d'art en herbe

Une critique d’art en herbe


Je me suis donc lancé dans une autre composition, d’un acte de la vie courante et qui, pour moi, n’a pas non plus la présence que j’aurais aimé y mettre. les différentes couches de terre aux couleurs imprévisibles et veinées de quartz dur participent, malheureusement parfois, à la pièce.
latérite veinée de quartz

latérite veinée de quartz


Couleurs improbables

Couleurs improbables


J’ai cependant été très heureux d’avoir près de moi un jeune garçon d’une dizaine d’années qui à l’aide de sa machette a commencé à graver la latérite. J’ai très vite vu qu’il avait des qualités pour ce faire et sa gravure sobre présentait des qualités évidentes. Lorsque j’ai compris qu’il allait, par méconnaissance, altérer son travail, je lui ai prodigué quelques conseils, qu’il a écoutés avec attention et c’était un plaisir de le voir parfois s’éloigner de son œuvre pour en apprécier les proportions. C’est mon plus beau cadeau du jour !
Mon élève

Mon élève


De l'avenir au bout de la machete

De l’avenir au bout de la machette

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24

novembre

Apatou Kom baka (le retour)

Maroni vu du dispensaire, en face le Suriname

Maroni vu du dispensaire

A l’heure où d’aucun tuent puis se sacrifient pour mieux trouver, peut-être, soixante-dix mille vierges, quel intérêt pourrait-on porter à mes modestes aventures en un lieu aussi quiet qu’Apatou. La gravité des temps que nous vivons voudrait que je m’abstienne. Je ne le ferai pourtant pas, bien que très touché par ce qui arrive et me joignant à la tristesse et à la préoccupation collective.

Je suis donc de retour à Apatou. C’était une nouvelle fois comme un appel que j’ai écouté sans pouvoir en saisir le sens profond. Y-en-a-t-il un d’ailleurs ? Je ne sais.
Arrivé à l’aéroport Félix Eboué de Cayenne je retrouvais cette chaleur moite, presque étouffante, qui n’a rien à voir avec la chaleur plus douce de La Réunion. Ce n’est pas non plus la moiteur de l’Afrique où l’odeur de la terre est si caractéristique après chaque pluie. Ce n’est pas cette chaleur qui me fait revenir ici. Mais qu’est-ce alors ?
Après deux jours à Cayenne à retrouver mes chers amis je pars pour Apatou, fenêtres de la voiture grandes ouvertes. La route est toujours aussi bonne et la portion de Saint-Laurent à Apatou a même été réparée. Partout de nouveaux abatis brûlent encore. La saison des pluies tarde à venir et ces espaces brulés ne sont pas du plus bel effet.
A Apatou je trouve mon nouvel espace de vie, une grande maison, accueillante et une équipe presque entièrement renouvelée. Je m’installe donc et le silence qui m’entoure me plait. Est-ce cette solitude que je recherchais ? Possiblement oui !
Ralentir ma course
Je suis heureux à La Réunion, j’y ai mon fils et sa douce amoureuse, mes amis et un travail passionnant. J’y ai la possibilité de me retrouver seul alors que viens-je chercher ici ? Peut-être est-ce une autre solitude, une solitude que je ressens dilatée, liée au temps qui passe, s’écoulant calmement mais surement telle l’eau du fleuve Maroni, aux pieds du village.
J’ai dû toucher de près, lors de mon séjour à Camopi chez les Indiens Teko et Wayampis et sans l’appréhender ainsi, ce besoin d’espace-temps dans une certaine forme d’isolement. C’est un peu comme lorsqu’en apnée on sent le coeur ralentir et les mouvements devenir plus lents, mesurés.
Mon choix de revenir à Apatouplutôt qu’à Camopi est lié à plusieurs facteurs. Ici je suis moins isolé. Saint-laurent est à une heure de route et je peux aller facilement en forêt mais ce n’est pas le plus important. Je n’ai pas su en six mois rencontrer les Amérindiens de Camopi, probablement par réserve réciproque mais peut-être aussi parce que nos représentations du monde sont très différentes. Je n’avais pas les codes d’accès au partage de quelque relation que ce soit. Il m’aurait fallu beaucoup plus de temps et je crois que le rapport à l’alcool, toujours consommé avec excès, par eux et non par moi, m’était un frein trop important.
J’attribuais l’aggravation de cette consommation aux méfaits de l’acculturation récente. Ma lecture des voyages d’Edgard Maufrais dans les années 1950-1960 préfigure ce qui a été amplifié par l’arrivée massive d’argent des allocations familiales auquel les Français de quelque origine que ce soit ont, et c’est bien normal, légitimement droit.
Il m’est donc plus facile de vivre auprès des Alukus, sobres, et dont le mode relationnel est plus proche de celui que je connais. Je les trouve gais, rieurs, et kinesthésiques. Il est très important pour moi de pouvoir toucher l’autre. Cette communication non verbale me rassure possiblement et m’est peut-être essentielle.
Dimanche :
Lever tôt, avec le jour inondant ma chambre de la fenêtre grande ouverte. Après mon petit déjeuner favori de café, pain mou (humidité oblige), beurre salé et fromage de chèvre, je pars marcher sur l’ancien chemin qui permettait depuis Apatou de passer le saut Hermina en amont de la ville. J’y croise tout d’abord Sissiko qui avec des amis est venu piéger le picolette. Deux picolettes déjà en cage sont suspendus et appellent leurs congénères. Un des amis de Sissiko a déjà attrapé un nouvel oiseau dans un tout petit piège. Il le met dans une cage plus grande et recouvre le tout d’un tissu afin que l’oiseau de calme.
Plus tard il sera promené dans cette même cage à la boutique du chinois, au bar, dans des lieux animés. Lors du marché de Saint Laurent nombreux sont les hommes qui promènent en cage leur picolette afin que ce dernier s’habitue à la foule. Cet oiseau a un chant incroyable et ce midi un des leurs chantait sous ma fenêtre. C’est la première fois que j’en entendais un en liberté.
Ce picolette, juste attrapé vaut de cent à deux cents euros. Un picolette bien habitué aux humains et susceptible de gagner un concours de chant vaut très cher ? Certains n’hésiteront pas à échanger leur voiture contre l‘oiseau.
La première partie du chemin est jonchée de douilles de cartouches en plastique. Quel carnage a eu lieu ici ? Elles seront encore là dans cent ans. Que sont devenues les douilles en carton paraffiné que mon père utilisait lorsque j’étais enfant. Elles étaient réutilisables. Le soir nous l’aidions à faire ses cartouches. Une amorce, de la poudre bien mesurée, une bourre, les plombs de huit ou de six, une petite capsule encore en carton et nous sertissions le bord libre de la douille qui se recroquevillait et tassait le tout. Je n’avais pas pensé à cela depuis bien longtemps.
Après avoir passé la crique (aussi nommée Hermina)sur deux gros rondins, le chemin se resserre. La végétation le mange doucement. Trop loin pour que ce soit ma présence qu’il signale l’oiseau sentinelle stridule. Aujourd’hui je ne vois pas de ara mais suis récompensé de ma course lorsque trois singes m’ayant aperçu, s’enfuient, sautant gracieusement d’arbre en arbre. Du sous-bois je ne verrai rien tant la végétation y est dense cependant qu’en bordure j’ai la chance d’apercevoir quelques oiseaux bien que très hauts sur les cimes. Ici ce sont de petits pics qui martèlent un tronc mort foudroyé par l’orage il y a quelques temps. Le bruit est très discret, ce n’est pas le pic vert d’Europe mais un petit pic dont les bruits discrets me font penser à mon grand-père tendant avec des semences la toile d’un sommier qu’il refaisait après en avoir changé les ressorts cuivrés, pointant au ciel, dans un désordre parfait tel un bouquet de coquelicots dans un champ de blé. Il contraignait ensuite ces ressorts avec des cordages tendus avant que de les recouvrir de cette toile rayée à l’aide de ces petites pointes, cuivrées elles aussi et à section carrée, la toile amortissant le bruit qu’aurait du faire le marteau sur la semence.

Pic sur son vieux tronc. Écoutez, vous entendez ce petit martellement?

Pic sur son vieux tronc. Écoutez, vous entendez ce petit martellement?


Plus loin le chemin embaume et levant les yeux je vois une cime entourée du bourdonnement des abeilles mais ne vois pas les fleurs trop hautes.
Le Maroni m’apparait enfin, les rochers sont des îles tant le niveau de l’eau est bas. Je réalise que le ciel dégagé depuis mon arrivée s’assombrit fortement et je n’ai pas de plastique pour protéger mon appareil photographique. Je reviens assez vite un œil sur le chemin afin de vérifier l’absence de serpent et un autre sur les cimes afin de ne rien rater.
Toute petite crique en sous-bois

Toute petite crique en sous-bois

J’arrive à temps et la première vraie pluie de la saison est là. Je l’entends très fortement frappant les tôles des maisons voisines avant qu’elle n’arrive, brutale, sur la mienne.

Lundi (une semaine après).

Il pleut depuis le début de l’après-midi. L’orage gronde. Lorsque je sors, l’eau entoure une partie de la maison n’ayant pas eu le temps de s’infiltrer dans le sol. Les caniveaux sont ici des tranchées comme à La Réunion. Ils se rejoignent et débordent car la pente est faible. Les enfants y jouent, s’éclaboussent. L’eau est orangée de latérite contrastant avec le vert de la végétation. Ces enfants très noirs, cheveux tressés terminés par des perles bleues complètent ce tableau heureux.
De nombreuses maisons sont faites de bric et de broc et ne résisteraient pas au premier coup de vent. Mon œil zoréole réunionnais voit ça. Mais ici tout le monde s’en fiche. Normal il n’y a pas de grand vent sur l’équateur. Je ne me lasse pas de regarder ces maisons et leurs jardins non clos dans lesquels s’ébattent ces enfants, complices, la peau brillante de l’eau avec laquelle ils jouent, sous le regard parfois réprobateur d’une maman colossale vêtue d’un pagne et qui menace de sa grosse voix.

Dans le cadre de mon travail je suis aussi très surpris lorsque je vois un enfant et son accompagnant. On verrait bien une mère, un père, une sœur amener un enfant qui nécessite des soins. Il n’en est rien. Ce peut-être un cousin, une tante, un oncle enfin la liste peut-être longue.
L’idée de la cellule familiale nucléaire stricte semble aussi abolie pour le lieu de vie. J’ai cru comprendre que si un enfant est bien chez un oncle, une tante il reste. C’est lui qui choisit. Je vais vérifier ça et essayer de mieux comprendre.
Je ressens un espace d’habitation et un espace familial sans bords distincts où tout s’interpénètre. Ce n’est probablement pas aussi simple et il y a des règles et codes qui me sont inconnus.
En quelques sortes, grâce à mon ignorance je suis voyeur admiratif de cette simplicité heureuse aux bords flous.

Ce qu’il reste de la sculpture du bord de route

fresque d'Apatou

fresque d’Apatou

six mois plus tard
Après six mois (1)

6

avril

Apatou feify

Ce voyage touche à sa fin.

Le bas Maroni est une découverte pour moi. L’absence d’enclavement est une grande différence par rapport à Camopi. Sur le plan personnel, ça me permettait de quitter Apatou, en voiture pour aller jusqu’à Saint Laurent faire des provisions de bouche entre autres. Depuis Apatou la forêt est aussi accessible en quelques minutes, à pieds, au départ de la maison. Le téléphone m’autorisait un périmètre de quelques kilomètres au lieu des 500 mètres de portée des talkiewalkies de Camopi. Les oiseaux attendaient ma venue au bord de la Crique Sakura ou sur le chemin du Saut Hermina. L’oiseau sentinelle saluait mon passage. Les eaux boueuses du Maroni caressaient ma peau au retour de la marche et me débarrassaient de la poussière après un après-midi de sculpture de latérite. Chez Ala sani je trouvais les boudous au coco.
De la terrasse de la maison je voyais passer les colibris, des passereaux bleus, des pics. Le soir vers dix-sept heures ou plus tôt s’il pleuvait les grenouilles arboricoles chantaient, imitant à elle toutes, les bips de plusieurs caisses enregistreuses à la caisse du supermarché.

pic

pic

passereau

passereau

L’eau monte mais c’est en amont qu’il pleut
Les eaux du Maroni sont beaucoup montées ces derniers jours noyant un arbrisseau habituellement découvert. Pour autant, il a peu plu et mon parapluie se sentait inutile. En amont ce devait être le déluge et on m’apprend qu’à Camopi les pirogues accostent directement à la porte du dispensaire.
Le travail au centre de santé est aussi intéressant et varié qu’à Camopi. Notre sécrétion d’adrénaline a été bousculée lors des mises en observation d’états de mal asthmatique fréquents. Pour autant la relative proximité de l’hôpital de Saint Laurent est une sécurité et nous n’avons pas eu de décès lors de mon séjour. Les nuits d’astreintes étaient calmes pour la plupart et les consultations justifiées. Les conditions matérielles de travail sont bonnes et si les équipements de base (bureau, chaises, table d’examen) sont vraiment vétustes, tout ce qui est « technique » est de qualité.

La gentillesse de la population, sa jovialité, sa proximité m’ont profondément touché. Il fait bon vivre à Apatou.
Je suis donc parti, un peu en forêt, à pieds.

Liane tortue: les tortues montent vers le ciel la nuit pour se rapprocher de de la lune avec laquelle les tortues sont liées.

Liane tortue: les tortues montent vers le ciel la nuit pour se rapprocher de de la lune avec laquelle les tortues sont liées.

Je suis aussi parti voir pondre les tortues vertes à Awala Yalimapo et là devinez qui m’attendait au carbet dans lequel je dormais ? La petite reinette qui avait fait les centaines de kilomètres qui me séparaient de Camopi. Je n’en revenais pas de tant de dépendance.
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La ponte des tortues est un moment magique. Les orteils de tortues sont extrêmement déliés. Il faut voir avec quelle dextérité une tortue creuse son nid. Cette peau qui nous semble rugueuse est pourtant très sensible. Qu’une brindille gêne la tortue et on la voit secouer sa patte pour s’en débarrasser. Lorsqu’elle creuse le sable, si sa pelletée n’est pas suffisamment pleine, elle creuse encore un peu pour remplir de sable sa « paume » de patte (ou la plante de patte, c’est comme on veut). Au travers de sa peau presque translucide, éclairée à la lumière rouge pour ne pas déranger l’animal on voit les phalanges de chaque doigt (ou orteil, c’est encore comme on veut). Ce travail épuisant de venir sur la plage, d’avancer en deux brasses dans le sable, puis de reprendre des forces, puis encore deux brasses, puis reprise de forces, pour monter le plus haut possible, parfois franchissant un talus de un mètre, semble harassant. Ensuite il faut creuser le nid. Lorsque celui-ci de vingt centimètres de diamètre et de trente centimètres de profondeur est prêt, la tortue resserre ses pattes arrières pour protéger la ponte. Les œufs tombent par un, deux parfois trois ou quatre à la suite les uns des autres. Chaque « poussée » est séparée de la suivante par un temps de respiration. L’opération achevée, il faut boucher le nid, un peu brasser le sable autour de celui-ci pour désorienter un éventuel prédateur et retourner à la mer avant qu’elle ne descende trop.

 à la lumière rouge, après avoir creusé un peu sous la tortue pendant la ponte

à la lumière rouge, après avoir creusé un peu sous la tortue pendant la ponte

là, sous la queue le flash ne gêne pas

là, sous la queue le flash ne gêne pas

En allant à Saint Laurent sur la route je trouve un paresseux qui souhaitait traverser la route. Il est tellement lent sur ce terrain qui n’est pas le sien que son espérance de vie y est très limitée. Il peut être écrasé bien sûr ou ramassé et finir en court-bouillon. Je le prends et lui fait gagner les quelques dangereux mètres qui le séparent d’un avenir plus prometteur.

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Finalement c’est plus sur la route qu’en forêt que j’aurais vu des animaux telle cette magnifique couleuvre qu’on nomme « n’gouma » ici et que j’ai encouragée à rebrousser chemin vers la végétation alors qu’elle aussi voulait traverser la chaussée.

couleuvre

la couleuvre  N'gouma

la couleuvre N’gouma

En Forêt les animaux me voient certainement mais mon œil n’est pas assez exercé et puis l’oiseau sentinelle signale à tout le monde ma venue à moins que ce ne soit qu’une légende.
Pour voir les animaux je suis donc…. Allé au zoo de Cayenne afin d’apercevoir un jaguar, un tamanoir, les singes hurleurs, les attelles et quelques oiseaux de plus près comme une harpie.

harpie, rapace monumental

harpie, rapace monumental

attelle

attelle

La route qui mène à Apatou est pour partie creusée dans la latérite. Ce sont là de grands remparts de trois mètres, parfois en escaliers comme le seraient des pyramides. Les couleurs sont incroyables de gris, d’ocre, de violets, de oranges et de rouges avec des veinures de quartz ou de mica reflétant le soleil. Avant de partir d’Apatou, je n’ai pas résisté à aller taquiner cette latérite à la recherche d’un passage de Gauguin. J’ai pu dégager en quelques heures une petite fresque. Le croirez-vous ?

fresque d'Apatou

fresque d’Apatou

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