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mai

Digressions personnelles

L’auteur assume entièrement ses propos. Toute ressemblance avec quiconque serait absolument fortuite.
A la suite de la parution du deuxième article « Rayon de soleil au petit matin » ma grande sœur m’écrivait « tu parles beaucoup de femmes, mon frère, serais-tu en manque ? »
En manque? Je ne sais. J’aime les femmes, c’est un point entendu. D’ailleurs dirais-je le contraire que ceux qui me connaissent ne le croiraient pas. Après plus de deux mois ici, sans contact physique aucun, mon élan vers « La Femme », bien que modifié par les circonstances, ne se tarit pas. Les femmes ont ce quelque chose d’indéfinissable, qui, dans certaines situations, les rendent si indispensables à la construction des tableaux que je chéris. Ce n’est pas la femme, en tant qu’objet, qui m’attire, elle est plutôt pour moi une partie essentielle de la composition que je qualifierai « d’impressionniste » de l’œuvre. Si la plastique ne m’est pas indifférente elle n’en est qu’un élément que je dirais secondaire. Il s’agit plutôt d’un contexte, d’une atmosphère dans laquelle toutes les composantes interfèrent pour former un tout. La vue seule ne compte pas ou alors prise au sens large, à l’aide d’un grand-angle. Tous les sens doivent être animés dans un seul espace et, là, il n’est pas obligé que le corps « exulte » comme ne le dirait pas Brel.
Bien sûr, je garde des souvenirs émus de ces rencontres charnelles dans lesquelles tous les sens sont aussi en éveil. Le toucher de la peau, son grain, le goût des lèvres, les parfums musqués des corps, le bruit des respirations et bien d’autres encore. Je reconnais l’avidité que je peux avoir à « prendre » et à recevoir. Je suis surpris parfois du troublant plaisir ressenti à des exhalaisons, qui, sorties du contexte, seraient pour le moins désagréables. Voilà bien la complexité.
Il me souvient pourtant, comme des moments de bonheur extrême, des rencontres fugitives, rarement charnelles (au sens jusqu’au-boutiste du terme) où l’amour que j’ai pu ressentir était autant lié à l’espace (eau, rivière, tons plutôt bleus et verts que rouges et jaunes), à l’atmosphère au sens météorologique du terme (avec brume, pluie mais rarement soleil) qu’à la femme qui, cependant, y était toujours présente. Elle m’est indispensable, disais-je à la création émotionnelle du tableau. Sans le contexte et combien même serait-elle d’une grande beauté que je ne la verrais pas cependant qu’une femme, non par sa beauté mais par sa joliesse saurait mieux m’émouvoir.
Aussi, lorsque la semaine dernière, en expédition vers Trois-Sauts sur le Haut Oyapock, Claude qui m’avait fait la proposition de ce voyage inoubliable, Jean-Louis et jean- Pierre qui nous accompagnaient, nous sommes arrêtés à Yawapa, après plusieurs heures de pirogue au départ de Camopi, tous nous sommes tombés sous le charme autant d’une femme que de l’espace qu’elle avait façonné. C’était comme ci la végétation l’avait adoptée. Du lieu ou d’elle,on ne pouvait savoir qui avait apprivoisé qui .
Imaginez-vous, après des heures de pirogue sous une pluie battante, arriver sur un espace gazonné au milieu de nulle part, en plein cœur d’une forêt dense. Là, sous un ciel encore gris bien que la pluie ait cessé, une école très aérée, sans murs, peinte aux couleurs pastel posées en un dessin harmonieux et, auprès, une maison tout aussi aérée, tout aussi peinte de ces couleurs douces, les grandes baies ouvertes offrant la vue sur un séjour vide, mais de ce vide si présent, si reposant. Tout cela à l’ombre de citronniers dont le froissement des feuilles libère cette odeur suave (est-ce que ça va suave pour l’odeur de feuilles de citronnier ?). Au milieu de cela une femme, jeune, les cheveux longs défaits, vêtue d’une robe longue, simple, fleurie et nous offrant de l’eau et un peu de sirop. Nous étions là, ébahis ! Elle était cependant triste, après cinq années passées ici, seule, longtemps sans eau potable et sans électricité, cependant triste de la non-reconnaissance de son travail. Nous compatissions grandement. Nous sommes repartis émus, tous les quatre. Elle n’en a rien su. Cette femme nous a offert en si peu de temps, avec son simple verre d’eau, un amour incommensurable et, du moins, l’avons-nous ressenti comme tel.

Il y a aussi eu, parfois, dans ma vie, ces rencontres où, bien qu’avec un contact physique mesuré, la peur de perdre pied, la peur de faillir, de décevoir, la peur de bouleverser notre vie ou la vie de l’autre, des autres, a retenu mes gestes, mes élans. Ces actes non accomplis, s’inscrivent aussi en moi comme des moments d’amour inégalé, inégalables parce qu’idéalisés.

J’ajouterai ces liens, créés sans équivoque aucune, avec des personnes des deux sexes, où chacun se sait et sait l’autre, lorsque, justement, il n’est nul besoin de « se dire » pour se « savoir » . Ces liens où le respect puis « l’attention » expriment mieux encore que ne le permettent les mots, la grandeur du partage.

Alors, pour répondre à ta question, ma grande sœur, non je ne suis pas en manque. Bien sûr il m’arrive de pratiquer, de temps en temps, un onanisme salutaire. D’abord pour éviter le cancer de la prostate (messieurs ne gardez pas la semence dans vos bourses et glandes séminales, ça favorise ce cancer) et ensuite parce que, bon, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas ni pourquoi je me réfugierais derrière cette seule raison. Savez-vous, mesdames, que quatre-vingt pour cent des hommes mariés continuent de se caresser ? Pas le vôtre bien sûr mais quatre-vingt pour cent quand même. Les statistiques sont impitoyables. Alors je le fais aussi, mes fantasmes enrichis par une correspondance épistolaire stimulante. Pour le reste, je saurai attendre le temps qu’il faudra…

La photo qui suit n’a bien sûr rien à voir avec le texte si ce n’est qu’elle se réfère au toucher, à la douceur ressentie et à la délicatesse du toucher de cette « matoutou ».

Douceur du contact et délicatesse de la mygale sur ma main

Douceur du contact et délicatesse de la mygale sur ma main


6 commentaires à “Digressions personnelles”

  1. joelle de villele

    je me demandais aussi si tu étais abstinent, les statistiques sont là, et pour la femmes, se caresser empêche quel cancer ?

  2. joelle de villele

    les femmes pardon..

  3. famille Joly (Manoa,Sasha,Céline et Laurent)

    Heureusement que tu précises que la photo n’a rien à voir avec le texte.J’espère que tu t’éclates bien dans cette aventure.
    Laurent

  4. Anthony

    Salut tonton bon pour l’instant je te lis et je vis ton expérience voyagistique avec discrétion ( c’est un mot emprunté a Ségolène) avec enthousiasme la faisant même partager avec 2 ou 3 collègues avisés qui pensent que l’´onanisme est un animal a poil du bassin amazonien, on en est pas loin!!!! Mais la voyant la ma toutou dans ta mimine je te réponds : génial!! Garde moi quelques poils urticants pour mon chef!!! Biz et continue de nous faire rêver ou tomber des nues c’est selon! Pour info les tablettes st en baisse en ce moment si ça t’intéresse . BIZ

  5. Gigi

    J’aime bien ce mot digression, qui vient du latin et signifie « action de s’éloigner ». Je trouve qu’effectivement tu t’es éloigné de ton rôle d’observateur. Si j’osais je dirais que tu t’es éloigné en toi. En relisant ce texte (car je l’ai lu plusieurs fois)j’ai eu le sentiment que plus que de parler des femmes tu explorais en fait la part féminine qui était en toi. D’ailleurs tu parles d’Onanisme, ce qu’on appelle communément le « péché » d’Onan, c’est bien l’abus de soi-même…J’ai bien aimé la remarque de Joëlle. Si se caresser évite la prise de tête, peut être que ça évite le cancer du cerveau. Allez, j’arrête là mes délires

  6. Fred et Caroline

    Je vois que ça cogite et je te retrouve bien là .
    bises
    FRED

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