23

mars

Apatou Dii

Grave le grage
Philippe, mon collègue est parti, à pieds jusqu’au saut Hermina, à une heure et demi de marche du village. Ce saut ne peut être franchi en pirogue à la saison sèche et ce chemin assez large permettait jusqu’à il y a peu de le contourner. Des travaux financés récemment permettent, par un court passage bétonné de franchir ce saut imposant sur le Maroni et le chemin venant d’Apatou n’est plus utilisé. La végétation y reprend ses droits assez rapidement mais il reste pour l’instant facilement praticable, à pieds, sans risque de se perdre. Des deux ponts qui enjambaient un fossé et une crique (un petit affluent du maroni) il ne reste qu’un passage en latérite étroit pour le fossé et deux gros troncs d’arbre pour enjamber la crique.

Le pont de la crique

Le pont de la crique

Philippe a eu la chance de voir quelques singes dans les futaies et sur son chemin un redoutable grage à grands carreaux, ce serpent redoutable se dorait au soleil et à l’arrivée de Philippe, après un volte-face violent, le serpent s’est enfuit dans les herbes.

J'ai photographié ce grage-cii l'an passé

J’ai photographié ce grage-cii l’an passé

Bien sûr ne voulant pas être en reste, dès le lendemain alors que Philippe était d’astreinte au village et moi libre, j’ai pris le même chemin magnifique. Le terrain est vallonné et coupe à ses débuts une ou deux collines de latérite orangée du plus bel effet sur le vert dominant. Les passiflores sauvages envahissent le chemin, plus propice à leur essor que ne le serait la forêt profonde.

forêt

Passiflore en boutons

Passiflore en boutons

A quelque distance une douce odeur m’attire vers des fleurs en trompettes et là, s’envolent, pour se reposer à quelques mètres, deux engoulevents qui tentent de se confondre avec la roche du sol. Je ne les aurais bien sûr pas vus sans m’approcher des corolles blanches.

Les corolles odoriférantes

Les corolles odoriférantes

engoulevent  se prenant pour un caillou

engoulevent se prenant pour un caillou

engoulevent démasqué

engoulevent démasqué

Engoulevent m'ayant à l'oeil

Engoulevent m’ayant à l’oeil

C’est bien là le problème : comment regarder, où regarder ? J’allais jusqu’au saut et regardais un moment le fleuve et le saut bouillonnant par endroits mais encore praticable en pirogue. A mon retour, j’entendais les singes, mais sans les voir et mes pas faisaient s’envoler un couple de gros perroquets. J’étais bien trop occupé à regarder où je posais les pieds et n’ai aperçu que le mouvement des branches abandonnées par les oiseaux. Les arbres sont si hauts et la végétation si dense qu’il faudrait un œil bien plus exercé que le mien pour profiter pleinement de la balade. Pour compliquer ma tâche l’oiseau sentinelle, que je n’ai jamais vu mais qui, lui, me voyait sans doute, criait si fort que tous les animaux à l’entour me savaient (à l’exception des serpents qui sont sourds) quand moi j’ignorais leur présence.
Sur le chemin d’ Apatou, juste avant le village, au loin un abatis sur lequel une famille travaille. Lourd labeur que de couper les arbres dans un axe précis qui permettra différentes cultures, bruler les branches puis planter et entretenir.

l'abatis

l’abatis

au téléobjectif 600

au téléobjectif 600

A mon retour des enfants ont demandé de les prendre en photo. L’idée m’a plu bien sûr, tant il me semble mal aisé, ici, de prendre des photos. J’étais un peu inquiet car bien souvent les clichés, ainsi obtenus, sont emprunt d’artifice. C’était sans compter l’imagination de ces enfants chafouins.

enfants

nouvelle pose

nouvelle pose

Dire d’abord « bonjour »

Ici, lorsqu’on vous croise on vous salue et dès le début de l’après-midi c’est « bonsoir ». Partout, dans la rue, à pieds ou en voiture on vous dit bonjour. J’ai compris que si j’interpellais quelqu’un « Excusez-moi, s’il vous plait, pourriez-vous me dire etc. » Il y manquait le « bonjour, excusez-moi… ». J’avais l’impression d’être poli mais ne l’étais pas. Ce sont ces petites choses qu’il me faut apprendre.
Tous les jours ou presque et bien souvent pendant la sieste on frappe à ma porte et non seulement on frappe mais on crie « toc-toc, Monsieur ». J’ai intérêt à répondre sinon ça dure. Il y a là devant la porte une jeune fille de onze ans ou moins qui vend des sortes de beignets, ou de petits chaussons à la sardine, du gâteau coco ou au chocolat pour quelques piécettes jaunes. Lorsque je félicite son courage elle me répond que oui, elle travaille dur pour cet argent, que ce n’est pas comme en Colombie où à onze ans ce ne sont pas des beignets que vendent les petites filles de onze ans ! Un jeune garçon à peine plus âgé a proposé de couper l’herbe du jardin. Ensemble on est allés acheter l’essence pour sa débroussailleuse. Vous pensez bien que j’ai surveillé son travail, j’aime trop couper l’herbe moi-même ! Et bien c’était parfait et surtout il était si fier de lui que je ne pouvais que le féliciter chaleureusement.

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Cherchez l'intrus

Cherchez l’intrus (photo Philippe Gautier)


2 commentaires à “Apatou Dii”

  1. Gm974

    Photos toujours aussi magiques, récit toujours captivant.
    J’en reviens pas tu as laissé un autre que toi couper de l’herbe? Chapeau bas monseigneur. En fait,, c’est parce que ce n’était pas du bois je pense …
    Bisous

  2. Alain

    Cool Raoul ! je me demandais si c’était bien toi qui écrivait ! « Philippe, mon collègue … » ou si c’était quel qu’un d’autre qui parlait de toi et comme le titre parle d’un grage , saloperie de bestiole , je commençais à m’interroger ! Bon, reste le style de notre explorateur…. Bravo encore

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