6

avril

Apatou feify

Ce voyage touche à sa fin.

Le bas Maroni est une découverte pour moi. L’absence d’enclavement est une grande différence par rapport à Camopi. Sur le plan personnel, ça me permettait de quitter Apatou, en voiture pour aller jusqu’à Saint Laurent faire des provisions de bouche entre autres. Depuis Apatou la forêt est aussi accessible en quelques minutes, à pieds, au départ de la maison. Le téléphone m’autorisait un périmètre de quelques kilomètres au lieu des 500 mètres de portée des talkiewalkies de Camopi. Les oiseaux attendaient ma venue au bord de la Crique Sakura ou sur le chemin du Saut Hermina. L’oiseau sentinelle saluait mon passage. Les eaux boueuses du Maroni caressaient ma peau au retour de la marche et me débarrassaient de la poussière après un après-midi de sculpture de latérite. Chez Ala sani je trouvais les boudous au coco.
De la terrasse de la maison je voyais passer les colibris, des passereaux bleus, des pics. Le soir vers dix-sept heures ou plus tôt s’il pleuvait les grenouilles arboricoles chantaient, imitant à elle toutes, les bips de plusieurs caisses enregistreuses à la caisse du supermarché.

pic

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passereau

passereau

L’eau monte mais c’est en amont qu’il pleut
Les eaux du Maroni sont beaucoup montées ces derniers jours noyant un arbrisseau habituellement découvert. Pour autant, il a peu plu et mon parapluie se sentait inutile. En amont ce devait être le déluge et on m’apprend qu’à Camopi les pirogues accostent directement à la porte du dispensaire.
Le travail au centre de santé est aussi intéressant et varié qu’à Camopi. Notre sécrétion d’adrénaline a été bousculée lors des mises en observation d’états de mal asthmatique fréquents. Pour autant la relative proximité de l’hôpital de Saint Laurent est une sécurité et nous n’avons pas eu de décès lors de mon séjour. Les nuits d’astreintes étaient calmes pour la plupart et les consultations justifiées. Les conditions matérielles de travail sont bonnes et si les équipements de base (bureau, chaises, table d’examen) sont vraiment vétustes, tout ce qui est « technique » est de qualité.

La gentillesse de la population, sa jovialité, sa proximité m’ont profondément touché. Il fait bon vivre à Apatou.
Je suis donc parti, un peu en forêt, à pieds.

Liane tortue: les tortues montent vers le ciel la nuit pour se rapprocher de de la lune avec laquelle les tortues sont liées.

Liane tortue: les tortues montent vers le ciel la nuit pour se rapprocher de de la lune avec laquelle les tortues sont liées.

Je suis aussi parti voir pondre les tortues vertes à Awala Yalimapo et là devinez qui m’attendait au carbet dans lequel je dormais ? La petite reinette qui avait fait les centaines de kilomètres qui me séparaient de Camopi. Je n’en revenais pas de tant de dépendance.
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La ponte des tortues est un moment magique. Les orteils de tortues sont extrêmement déliés. Il faut voir avec quelle dextérité une tortue creuse son nid. Cette peau qui nous semble rugueuse est pourtant très sensible. Qu’une brindille gêne la tortue et on la voit secouer sa patte pour s’en débarrasser. Lorsqu’elle creuse le sable, si sa pelletée n’est pas suffisamment pleine, elle creuse encore un peu pour remplir de sable sa « paume » de patte (ou la plante de patte, c’est comme on veut). Au travers de sa peau presque translucide, éclairée à la lumière rouge pour ne pas déranger l’animal on voit les phalanges de chaque doigt (ou orteil, c’est encore comme on veut). Ce travail épuisant de venir sur la plage, d’avancer en deux brasses dans le sable, puis de reprendre des forces, puis encore deux brasses, puis reprise de forces, pour monter le plus haut possible, parfois franchissant un talus de un mètre, semble harassant. Ensuite il faut creuser le nid. Lorsque celui-ci de vingt centimètres de diamètre et de trente centimètres de profondeur est prêt, la tortue resserre ses pattes arrières pour protéger la ponte. Les œufs tombent par un, deux parfois trois ou quatre à la suite les uns des autres. Chaque « poussée » est séparée de la suivante par un temps de respiration. L’opération achevée, il faut boucher le nid, un peu brasser le sable autour de celui-ci pour désorienter un éventuel prédateur et retourner à la mer avant qu’elle ne descende trop.

 à la lumière rouge, après avoir creusé un peu sous la tortue pendant la ponte

à la lumière rouge, après avoir creusé un peu sous la tortue pendant la ponte

là, sous la queue le flash ne gêne pas

là, sous la queue le flash ne gêne pas

En allant à Saint Laurent sur la route je trouve un paresseux qui souhaitait traverser la route. Il est tellement lent sur ce terrain qui n’est pas le sien que son espérance de vie y est très limitée. Il peut être écrasé bien sûr ou ramassé et finir en court-bouillon. Je le prends et lui fait gagner les quelques dangereux mètres qui le séparent d’un avenir plus prometteur.

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Finalement c’est plus sur la route qu’en forêt que j’aurais vu des animaux telle cette magnifique couleuvre qu’on nomme « n’gouma » ici et que j’ai encouragée à rebrousser chemin vers la végétation alors qu’elle aussi voulait traverser la chaussée.

couleuvre

la couleuvre  N'gouma

la couleuvre N’gouma

En Forêt les animaux me voient certainement mais mon œil n’est pas assez exercé et puis l’oiseau sentinelle signale à tout le monde ma venue à moins que ce ne soit qu’une légende.
Pour voir les animaux je suis donc…. Allé au zoo de Cayenne afin d’apercevoir un jaguar, un tamanoir, les singes hurleurs, les attelles et quelques oiseaux de plus près comme une harpie.

harpie, rapace monumental

harpie, rapace monumental

attelle

attelle

La route qui mène à Apatou est pour partie creusée dans la latérite. Ce sont là de grands remparts de trois mètres, parfois en escaliers comme le seraient des pyramides. Les couleurs sont incroyables de gris, d’ocre, de violets, de oranges et de rouges avec des veinures de quartz ou de mica reflétant le soleil. Avant de partir d’Apatou, je n’ai pas résisté à aller taquiner cette latérite à la recherche d’un passage de Gauguin. J’ai pu dégager en quelques heures une petite fresque. Le croirez-vous ?

fresque d'Apatou

fresque d’Apatou

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5 commentaires à “Apatou feify”

  1. Didier Radigue

    Et la fresque aux pakous ?

  2. Gm974

    Finie cette belle aventure guyanaise, qui sait une troisième peut être !
    Merci pour ces beaux récits.
    Bon retour et à bientôt
    Bisous

  3. Etchegoin

    bonjour,

    je n’ai pas bien compris si vous étiez Stéphane ou Philippe mais je voudrais savoir si vous retournez sur Camopi.

    j’ai été enseignante au collège de St Georges il y a 10 ans, revient au mois de mai en Guyane et voudrais entrer en contact avec des élèves qui étaient de Camopi, en particulier Rosange Silélé.

    si vous avez mon message et si vous repartez à Camopi, pourriez vous me répondre afin de rentrer en contact avec quelqu’un de Camopi avant de partir?

    merci d’avance et peut être à bientôt

    Martine Etchegoin

  4. Oyadoc

    Bonjour,
    C’est moi, Stéphane, qui ait créé ce blog. J’ai quitté Camopi il y a un an tout juste et n’ y ait pas gardé beaucoup de contacts, même si je me souviens de Rosange.
    Philippe avait pris ma suite mais il a, lui aussi, quitté Camopi depuis 6 mois. Il finit actuellement une mission à Apatou.
    Le mieux pour vous serait certainement de contacter directement l’équipe du collège ou bien le centre de santé (cs.camopi@ch-cayenne.fr).

  5. Etchegoin

    Bonjour,

    merci beaucoup pour votre réponse. j’ai suivi vos conseils et envoyé un mail au collège. d’autre part, votre collègue Philippe m’a répondu également et m’a donné les coordonnées d’un gendarme alors entre les deux nouveaux contacts j’espère bien entrer en contact direct avec Rosange. Merci encore et bon vent là où vous êtes !

    Martine

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