10

mars

APATOU PREMIERE

Transgression
Je tiens tout d’abord à remercier Stéphane Fraise d’avoir accepté que j’écrive sur ce site qu’il a créé pour son expérience à Camopi, expérience d’un « Doc sur l’Oyapock » et qui devait ne concerner que des écrits médicaux ou sociologiques. Déjà lorsque j’ai pris sa suite sur le blog, j’ai enfreins ces règles. S’il se pouvait que j’ai un regard éventuellement pertinent sur l’approche médicale de la situation il m’était absolument impossible d’avoir, ne serait-ce que l’ébauche d’un avis sociologique. Je pense que même en me bornant à être descriptif, avec un regard d’ethnographe plus que d’ethnologue, j’aurais commis des erreurs d’appréciation tant nos cultures sont éloignées. Aussi ne vous ai-je abreuvé que de moi-même, de mes pensées, de mes petits maux et mots.
Alors n’étant plus à une transgression près je vais vous parler sur ce même blog, de mon séjour à Apatou sur le Maroni. Rien à voir avec l’Oyapock ni avec une approche sociologique. Rien que mon regard, subjectif, alimenté de mes projections, de mes fantasmes, de ma perception.
Je gardais une certaine frustration de mon séjour à Camopi. J’étais en pleine forêt et je ne l’ai pas vue. J’étais coincé sur le kilomètre de chemin bétonné du hameau et n’ai pas su demander aux Amérindiens de me faire découvrir leur pays. Lorsque j’ai eu cette possibilité de venir à Apatou, ville modeste le long du fleuve et maintenant reliée à Saint Laurent du Maroni, en aval, par une route très belle bien que par endroits défoncées de nids de poules, j’ai saisi l’occasion.
Après le plaisir de revoir l’équipe responsable des centres de santé décentralisés qui m’accueillit fort bien je partais pour Apatou.
Je ne suis pas, ici, en « situation isolée » comme c’était le cas à Camopi.
Encore faudrait-il définir ce qu’est une situation d’isolement. Maxime faisait remarquer que ce mot était assez mal employé, même pour Camopi. L’isolement n’a de sens que s’il est rapporté à une problématique. Isolement médical possiblement, isolement nutritionnel partiellement en raison d’habitus différents, mais probablement pas isolement humain puisque j’étais entouré d’Amérindiens et de mes copains du centre de santé
Apatou ville aluku
Ici donc pas d’isolement. La forêt est à portée de main, le fleuve coule au pied du centre de santé, le super marché Ala sani (toutes choses) selon mon approximation taki-taki est assez bien achalandé et j’y ai trouvé des sortes de « boudous » à la noix de coco qui garantissent, pour mon retour, mon poids de départ. J’ai aussi acheté un marteau et un ciseau à bois pour, si le cœur m’en dit, aller tailler la terre à la recherche d’une autre œuvre de Gauguin, qui sait ?
Ici je dispose d’une grande maison avec jardin, succinctement équipée mais très fonctionnelle avec une varangue côté cour agréable.
Le centre de santé, vaste maison en bois sur pilotis n’est pas bien neuf et une partie de l’équipement mériterait d’être changée cependant tout ce qui permet de travailler est au top. L’équipe est constituée de deux médecins et de quatre infirmières. Une sage femme assure les activités de PMI et me frustre des consultations d’obstétrique sauf en cas de pathologie. Pour autant le travail ne manque pas et contrairement à la population amérindienne, les Alukus souffrent de maladies chroniques quasi inexistantes sur l’Oyapock : diabète et hypertension artérielle surtout. La génétique y est pour beaucoup de même que les habitudes alimentaires où les féculents et le sel sont pris en quantités. Les patients sont des montagnes de muscles assez souvent bien enrobés. Les courbes des femmes sont plutôt très marquées mais plus dans le genre contrebasse que dans le genre bouteille de Perrier des vénus Botériennes.
La peau des Alukus est très sombre et me semble fine. Les Créoles réunionnais la qualifieraient de « bleue ». Je dois dire que je ne chercherai pas noise à ces jeunes gens musclés dignes d’appartenir au casting de Gladiator.
Le taki-taki
Pour le peu que j’ai pu percevoir, les personnes que j’ai rencontrées sont avenantes, souriantes et la relation facile, limitée bien sûr par la langue pour moi avec nombre de personnes. En effet le français est assez mal compris par une partie de la population et encore moins parlé. La langue usitée est le taki-taki et si ce terme parait péjoratif à certains, je n’y vois moi, rien de péjoratif dans le sens où lorsque je demande à une personne si elle parle français, elle me répond « non, taki-taki ». Cette langue serait à l’origine la langue commune, apprise dès les côtes de l’Afrique, par les esclaves issus de tribus et de pays différents. Plutôt que de dire des âneries sur le taki-taki « mélange étonnant d’anglais, de néerlandais, de portugais et dialectes africains » je préfère vous renvoyer sur Internet lire : taki-taki de HAL ou sur le site de l’IRD (proposé sur la même page et dont l’article est signé des mêmes auteurs).
Toujours est-il qu’il y a en Guyane plusieurs variantes de cette langue selon les groupes rencontrés. Je vais m’y mettre un peu parce qu’il n’est pas aisé de déranger sans arrêt Mérienne, la secrétaire aluku ou Bérengère, l’infirmière polyglotte. Si-don (prononcer chidon) asseyez-vous ! Ce n’est pas si loin de l’anglais. Bon, pour le reste je demande aux patients bilingues et je partage des fous rires lorsque nous abordons des sujets intimes. Docteur je veux un vermifuge. Ok comment dit-on « j’ai les fesses qui grattent ? » é kasi mi gogosé (prononcer kachi). « mais ‘gogo’ ce sont les « joues de fesses (diraient les Créoles de la réunion) » lui-dis-je, les vers ça démange vraiment plus bas ! « é kasi mi kakapas » (et là fou rire parce que « le trou du cul » c’est vulgaire).
Voilà, ça va bien m’occuper car figurez vous qu’en ce moment…. Il pleut tous les jours et, bien que je sorte un peu de la ville pour aller marcher en lisière de forêt ou sur de larges chemins entre deux averses, il m’arrive assez souvent d’être à la maison et de lire, alors pourquoi ne pas apprendre un peu de taki-taki aluku ?


2 commentaires à “APATOU PREMIERE”

  1. Gm974

    Et te voilà dans ta nouvelle aventure! Toujours un plaisir de te lire.
    Merci de partager avec nous un peu de tes moments « apatouesques ».
    Ici aussi en ce moment nous sortons entre deux averses..
    Bisous et à la semaine prochaine pour Apatou scène 2

  2. Alain

    n’oublie pas de dessiner, balade toi avec un carnet et si tu vois un monstre dans le fleuve , même si tu es surpris, dessine le ….

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