18

mars

APATOU TU ( prononcer tou)

Jeudi 12 mars, le petit été.
Il fait beau depuis deux jours. C’est le petit été qui ne dure que quelques semaines avant de nouvelle pluies. Il est agréable de voir le ciel d’Apatou autrement que bas et gris. Est-ce la raison pour laquelle presque personne n’est venu consulter aujourd’hui ? Les enfants sont à l’école, les adultes ont dû partir travailler sur les abatis. Ce matin en quittant la maison alors que le soleil était encore bas, il éclairait, sur le bord de mon chemin, un enfant de trois ans peut-être, nu, qui se douchait, seul, avec une boite de conserve au robinet de son jardin sans clôture. La case en bois, grisée de champignons n’était qu’à quelques mètres, reliée à ce point d’eau par un sentier de terre, entretenu par le piétinement. La végétation qui ici ne cède pas sa place était fraichement coupée et le vert de l’herbe, éclaboussé d’eau, renvoyait, comme la peau de l’enfant, des éclats de lumière. Après ça la journée de travail peut apporter ce qu’elle veut de difficultés.

Est venu le temps pour les tortues de pondre
Lundi 16
Le temps reste clément et le ciel la plupart du temps dégagé. Ce week-end je ne travaillais pas et suis allé sur la côte, à l’embouchure du Maroni, à Awala-yalimapo par une belle route traversant la forêt puis une zone plus marécageuse pour arriver chez les Indiens. C’était très étrange de trouver là, les faciès connus à Camopi mais habillés à l’européenne. Lors de la nuit sans lune j’ai quitté le carbet dans lequel m’attendait mon hamac et suis allé sur la plage essayer de voir la ponte de tortues vertes. C’est vraiment impressionnant de voir ces bêtes de 150 kilos produire autant d’efforts pour gravir la plage et jusqu’à des talus dépassant de plus d’un mètre la plage afin d’aller en sécurité pondre leur centaine d’œufs. J’avais cependant l’impression étrange de déranger.
Le spilotes pullatus
Alors que Philippe, mon collègue se promenait ce même dimanche à 500 mètres de nos maisons il a croisé un serpent qui traversait le chemin. Un chien perdu qui s’était joint à Philippe s’en est pris au serpent. Celui-ci, agressé s’est mis en accordéon, tous muscles bandés et la queue vibrant (mais sans bruit) comme le ferait la queue du crotale de mon imaginaire. La détente fût fulgurante et le chien malgré les coups portés, par trois fois, revenait à la charge. Ce qui m’a impressionné sur la vidéo c’est la vitesse de propulsion de la tête du serpent, la distance parcourue et la faculté à ouvrir autant sa gueule. A la réflexion, et au vu de la taille des proies de serpent (celui-ci, de plus de deux mètres est amateur de poulets), je peux comprendre l’ouverture de cette gueule mais je ne l’imaginais pas possible lors d’une attaque.

Position de stress(photo Philippe Gautier)


(Photo Philippe Gautier) l’attaque (photo Philippe Gautier)
La reprise au centre de santé est marquée par un grand nombre de crises d’asthme dont le responsable serait un nuage de poussières venu du Sahara. Je ne sais pas ce qu’il en est sur l’Oyapock où j’avais constaté peu d’asthme l’an passé.

(Photo Philippe Gautier)

Nuit sur le Maroni, à gauche le centre de santé (photo Philippe Gautier)

Je suis impressionné par la consommation de préservatifs que nous laissons à disposition. Il y a là une liberté à aborder la sexualité avec les patients que je n’ai pas connue dans les différents « ailleurs » qu’il m’ait été permis de voir. Il est vrai que le SIDA est important dans l’ouest de la Guyane et la transmission presque exclusivement sexuelle. Il y a cependant parfois une rationalité qui m’échappe. Un jeune homme vient voir le résultat de son test et se sert deux grosses poignées de préservatifs. Je le félicite de sa « grande forme » et l’interroge sur ses pratiques. Il est ce que je dirais très actif et me conte qu’il a plusieurs partenaires régulières avec lesquelles il ne se protège pas. Il met cependant un condom lorsqu’il a des relations au Surinam ou sur les sites d’orpaillage. Systématiquement demandais-je ? Non pas systématiquement. Il a deux autres techniques pour savoir si une femme est saine. Il porte parfois une « corde » autour de l’abdomen et si, portant cette corde, il n’a pas d’érection c’est que la femme n’est pas saine. Il a aussi un anneau ouvert, en fer, qu’il tient de son grand-père et qu’il porte au-dessus du biceps de son bras gauche. Si le biceps reste gonflé sous l’anneau c’est que la femme n’est pas saine, alors il s’abstient ou met un préservatif !

(Photo Philippe Gautier)

Fourmi croisée hier au centre de santé (photo Philippe Gautier)


de la famille des vautours, charognard

Urubu de la famille des vautours, charognard

Le kikiwi et le martin pêcheur

Le kikiwi et le martin pêcheur

Le même kikiwi ou son frère avec une hirondelle, juste pour  visualiser la taille du martin pêcheur

Le même kikiwi ou son frère avec une hirondelle, juste pour visualiser la taille du martin pêcheur

à la lisière de la forêt, le long du chemin

Passiflore sauvage, à la lisière de la forêt, le long du chemin


3 commentaires à “APATOU TU ( prononcer tou)”

  1. Alain

    Vive la Guyane !
    quelle beauté ….

  2. Gm974

    Très belles photos , il manque juste les tortues dont tu parles dans ton texte.
    Bisous et au prochain récit

  3. Juju974

    Très beau texte, tu nous fait voyager comme ça. Les photos sont magnifiques !

    Bisous Toulousain

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