24

novembre

Expédition

Expé 00

 

Dans ce billet, on ne parlera pas de médecine. Et rien de triste. Ou presque.

 

Le week-end dernier, je venais d’enquiller 3 semaines consécutives sans jour de repos, un décès (…) et on était dans la période qui suit le versement des allocations. Du coup, l’alcool était omniprésent et l’ambiance un peu pourrie. Bref, d’humeur grisouille, j’avais besoin de me changer les idées !

 

Accompagné d’Isabelle, une amie de Florence, nous sommes partis « en expé » avec Lucien et son frère, Alain. Le deal est toujours à peu près le même : on fournit l’essence pour la pirogue (60 litres sur ce coup-là, en sachant qu’elle est vendue 2 € le litre à Saint-Georges et 3 € à Villa Brasil) et les Amérindiens en profitent pour chasser et pêcher pour la famille.

 

Rendez-vous samedi matin à 7 heures pour commencer à remonter la Camopi. Une demi-heure plus tard, on atteint « Village Citron », le dernier hameau tekko. Au-delà, le fleuve, les abattis et la forêt.

 

 

Expé 01

 

On aperçoit bientôt les premiers reliefs qui viennent casser la monotonie du paysage. Nous sommes en saison sèche et l’eau a bien baissé. Toutefois, Lucien connait la rivière par coeur et slalome avec aisance entre les rochers : ceux qui émergent, ceux qu’on devine affleurer sous la surface et tous les autres que nous ne voyons pas, mais dont les Amérindiens connaissent parfaitement la topographie.

 

Au bout d’une heure, nous arrivons au Saut-Chien que l’on ne peut pas passer avec le moteur. Les trois hommes descendent pour pousser la pirogue pendant qu’Isabelle prend les photos.

 

Expé 02

 

(Le Saut-chien qui tient son nom d’un chien de chasse qui chut dans le saut. Le chéri se fit ainsi saucer tout schuss. Sachez-le.)

 

Peu après, nous nous arrêtons successivement aux deux abattis de Lucien. Il s’agit de la méthode traditionnelle de culture : un morceau de forêt proche du fleuve est défriché, tout est abattu en vrac et, une fois sec, on y met le feu avant d’y planter bananiers,arbres fruitiers, igname, coton, canne à sucre et, bien sûr et surtout, le manioc. Cette technique d’agriculture sur brûlis épuise les sols assez vite et nécessite de changer d’emplacement régulièrement. Ce n’est évidemment pas très durable et ça risque de poser problème avec la sédentarisation et l’explosion démographique locale puisque certains abattis se trouvent déjà à 4 heures de pirogue du village.

 

On fait un petit « tour du propriétaire » avec Lucien. Pendant ce temps, le pack de bières étant achevé, Alain attaque la bouteille de rhum…

 

Expé 04

 

Expé 05

 

 

Et c’est ainsi, après 6 heures de pirogue et environ 75 kilomètres, que nous arrivons à notre destination : le saut Yanioué qui marque la fin de la zone de « libre adhésion » du Parc National Amazonien. Au-delà, c’est la « zone de coeur » intégralement protégée (mais les Amérindiens sont tout de même autorisés à y circuler, chasser et pêcher).

 

Alain sort alors son épervier et, en 4 ou 5 jets, il attrape suffisamment de poissons pour notre dîner.

 

Expé 06

 

Je m’y essaie à mon tour, mais mes lancers sont sensiblement moins esthétiques. Et moins productifs.

 

Du coup, après avoir installé le campement, et pendant que Lucien et Alain préparent le poisson, Isabelle et moi reprenons la pirogue pour aller pêcher sur un rocher au milieu de la rivière. À la ligne cette fois-ci.

 

Ce n’est pas sans un petit frisson que nous réalisons que cette eau, dans laquelle Isabelle laisse barboter ses jambes, est absolument envahie de piranhas ! Une fois la ligne plombée jetée à l’eau, il faut moins de 10 secondes pour avoir une touche. Par contre, l’hameçon étant assez gros et dépourvu d’ardillon, ces sales bêtes se gavent et grignotent systématiquement l’appât en ne me rendant que le bout de métal.

 

À force de patience (et de chance ?), j’en ai tout de même remonté deux que j’ai, prudemment, laissé se décrocher tout seuls au fond de la pirogue. Pas envie d’y mettre les doigts !

 

Pendant ce temps, Isabelle, qui retient la corde de la pirogue, prend le soleil de fin de journée, admire la nature. Et fait des photos.

 

Expé 07+

 

 

 

Expé 08

 

Expé 09

 

De retour au campement, je nettoie le produit de ma pêche et, après les avoir frottés de sel, je les rajoute sur le boucan pour les conserver. Heureusement qu’on ne dépendait pas que de ça pour se restaurer…

 

Le jour diminue doucement et finit par s’éteindre en même temps que la bouteille de rhum. Le temps d’admirer un peu la nuit et de guetter les bruits de la forêt (occasionnellement masqués par les ronflements de Lucien), la soirée ne s’éternise pas et à 19h30 tout le monde est dans les hamacs et sombre peu à peu.

 

6 heures (oui… 10 heures de sommeil), j’émerge, la brume se dissipe petit à petit sur la Camopi et un bizarre morceau d’herbe se met à sauter à mes pieds.

 

Expé 10

 

Expé 10+

 

Départ rapide, la première demi-heure est spécialement agréable, car nous redescendons la Camopi à la pagaie, sans le vrombissement un peu pénible du moteur. Il fait encore frais.

 

De temps en temps, Alain jette son épervier. Visiblement, il sait exactement où le faire. Je suis un peu étonné : que le filet soit vide ou qu’il y ait 5 gros poissons dedans, il se déplace sans cesse et jamais je ne l’ai vu lancer l’épervier plus de trois fois dans une même zone.

 

Parfois aussi, on se pose près du bord et on envoie les lignes. Là non plus, ce n’est jamais très long. Si ça n’a pas mordu au bout de 10 minutes, on bouge.

 

C’est à l’occasion d’une ce ces haltes que Lucien repère une troupe de singes-écureuils. Alain prend immédiatement son fusil et se glisse dans la forêt. Dix minutes et 5 coups de feu après, il revient avec 4 petits singes sur l’épaule. Ils ont l’air satisfait. Nous, on est un peu tristes.

 

Expé 12

 

Expé 11

 

Un peu plus tard, nos accompagnateurs nous étonneront à nouveau : Lucien en repérant, pirogue en mouvement, un iguane… vert perché au sommet d’un arbre couvert de feuillage… vert ; et Alain qui, une nouvelle fois, tuera la bête du premier coup avec son fusil assez rudimentaire. La principale difficulté aura été de faire tomber l’iguane des branches où il était resté accroché…

 

Le réservoir d’essence se vidant dangereusement, Lucien laisse le moteur à bas régime et ce voyage de retour n’en finit pas d’en finir. Le paysage ne me permet plus d’oublier mon dos qui fait mal, ni mes fesses encore plus douloureuses.

 

C’est avec soulagement qu’on voit les premiers villages de Camopi, l’occasion de s’arrêter en famille et de boire le cachiri avant de faire les derniers kilomètres et de pouvoir narrer nos aventures !

 

Expé 13

 


Un commentaire à “Expédition”

  1. Martine

    C’est toujours avec beaucoup de plaisir que je lis tes récits vraiment intéressants.
    Bonne continuation cousin.

Laissez un commentaire