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août

Grand Santi Entre Apatou et Papaïchton

Cayenne est étouffante à mon arrivée. L’air y transpire. La nuit qui arrive bientôt estompe un peu cette impression de hammam. Après une journée de préparatifs, le petit avion d’Air Guyane m’emmène à Grand Santi via Maripasoula. Nous survolons la forêt amazonienne, tapis vert sombre rehaussé ça et là de vert tendre. Des placers d’orpaillage illégal déchirent ce tapis végétal tels des chancres gris sale, ocre, brun. Ce sont les plaies de cette forêt guyanaise. A qui profite le crime ? Quelques turbulences plus tard nous ne sommes que deux à descendre à G.S. Quelques minutes de « taxi » encore et je découvre mon lieu de vie pour ces quelques semaines. Cette maison, mi dur mi bois, plantée au centre du village est bien faite et sera agréable. Un bosquet d’herbes hautes et entremêlées surmontées d’un bois canon fait face à la varangue. Sur la gauche à quelque distance respectable est l’église.

La vue depuis ma varangue

La vue depuis ma varangue

Rien d’oppressant si ce n’est la touffeur de l’air. Un vent violent se lève brutalement, bientôt suivi de bourrasques mêlées de pluie tropicale. L’orage gronde. La pluie balaye la varangue renversant tout sur son passage. Après une demi-heure le calme revient et avec lui une fraicheur toute relative. Les oiseaux s’ébrouent et je vais faire mon premier tour de village.
Le fleuve est là, tout près et s’écoule de gauche à droite. En amont est Papaichton où j’étais l’an passé. En aval Apatou où j’étais l’année précédente.

A gauche Papaïchton, à droite en aval Apatou

Vers la gauche Papaïchton, vers la droire, en aval Apatou

Grand Santi est un village Ndjuka, entre deux bourgs Aluku. Cela ne vous dit rien. Ici c’est important. La langue est proche et mes quelques phrases aluku sont comprises par les Ndjukas. L’histoire a cependant laissé des traces encore tenaces après presque 150 ans. Les Ndjukas se sont libérés du joug hollandais vers 1750. Esclaves échappés des concessions et partis vivre dans la forêt en marronnage, les Hollandais firent bientôt la paix avec eux. La condition de cette paix était que les Ndjukas devaient renvoyer les nouveaux esclaves marrons vers leurs maîtres bataves et c’est ce qu’ils firent. On peut comprendre le ressentiment des Saramakas puis Alukus refoulés vers leurs maîtres. Les Alukus marrons se réfugièrent sur la rive française du Maroni vers 1860. La France avait aboli l’esclavage en 1848. Les Hollandais ne l’abolirent qu’en 1863.
Les couples mixtes apaisent lentement les tensions cependant celles-ci demeurent. Nombre de Ndjukas n’ont pas souhaité pour autant devenir Français. Ils sont apatrides et c’est un choix courageux qui les prive des avantages sociaux proposés par la France.
Le village est aéré. L’herbe y est trop malhonnêtement verte. Une rue bétonnée est à quelques mètres du fleuve qu’elle longe. Un manguier comme je n’en ai jamais vu, surplombe la rue et les flots. Quelques plantes épiphytes arrachées par la pluie et le vent, jonchent le sol.
De l’autre côté du fleuve, que les pirogues traversent en deux minutes, quelques chinois tiennent des bâtisses marchandes à l’attention des orpailleurs clandestins et des gens de Grand Santi. De ce côté, à 100 mètres de chez moi, la seule boutique du bourg est tenue par un Ndjuka. On y trouve finalement pas mal de produits alimentaires et de quincaillerie. J’y dégotte l’ammoniaque nécessaire au décrassage des algues et champignons qui ternissent la peinture jaune d’or de ma table. Ce jaune est surprenant sur ces planches mal équarries. Il me semble être le sable d’une plage peinte par Gauguin. Les rayures de coups de machette portés sur les planches gardent les algues et moisissures et racontent toute l’histoire d’une table faite à la hâte et peu respectée depuis sa fabrication. C’est finalement ce manque d’attention qui lui donne maintenant cette patine et ce charme que je lui trouve. Je passe, comme à chaque séjour, mes premiers jours à retaper ce qui est cassé ou branlant dont ce placard de cuisine qui ne tenait qu’adossé au mur !

Avant

Avant

C'est un peu mieux je trouve

C’est un peu mieux je trouve

Je trouve aussi chez les infirmières une cafetière que je répare et peux ainsi boire du café au lieu de le « manger » comme disent les Indonésiens, avec son marc.

Si ma maison est au centre du village elle n’en est cependant pas moins intime. Ici nul ne vient m’importuner. Chacun s’occupe de lui-même et semble respecter la solitude qui m’est chère et me ressource.
La chaleur est accablante comme je ne l’ai jamais connue. Au sortir du travail, à 14 heures il est impossible de faire autre chose que de se reposer à la brise forcée du ventilateur. J’ai bien pensé sortir vers les 17 heures alors que le soleil est moins ardent. C’est précisément l’heure à laquelle le vent et la pluie violente écrasent le village, l’eau formant alors de petits rus qui vont et se déversent dans le Maroni.
Ce matin, alors que le jour se levait à peine, je partais découvrir le bord du fleuve avant d’aller travailler et j’en ramenais ces quelques photos.

En aval

En aval

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Sur l’autre rive au Suriname, les boutiques de chinois[/caption]

Les alentours de Grand Santi me sont encore inconnus et comme je suis d’astreinte ce weekend end je n’aurai pas le loisir de m’aventure bien loin. Il y a parait-il à quelques centaines de mètres une plage de sable très agréable que je découvrirai donc que dans quelques jours.

Pirogues endormies au petit matin

Pirogues endormies au petit matin

L’équipe est, une nouvelle fois, sympathique et accueillante. Les patients sont d’une grande correction et toujours bienveillants. Tout se passait bien à Papaichton et Apatou avec les Alukus. C’est encore mieux ici. Il me faudrait parler mieux la langue. La communication est rudimentaire et il m’est difficile de faire passer les messages et recommandations que je souhaiterais transmettre. Il m’est frustrant de ne pas pouvoir partager plus. Les enfants scolarisés sont peu à l’aise avec le français. Comme à Apatou les profs de français sont dépités alors que les profs d’anglais se régalent tant la langue locale est apparentée à la langue qu’ils enseignent.

La boutique Hight tech

La boutique Hight tech


4 commentaires à “Grand Santi Entre Apatou et Papaïchton”

  1. Radigue Didier

    Je vois que vous êtes un pro de chez IKEA pour remonter le meuble.
    Ici il fait de plus en plus frisquet.
    Bonne installation

  2. Alain

    Superbe lieu…. des photos et des mots qui captent….
    Je te suis de pas loin

  3. Gmail974

    Profite de cette nouvelle aventure Indiana Doc…bisous

  4. Didier

    Je suis toujours étonné par les références historiques que tu nous fais partager sur les populations locales. Si certains cherchent encore à faire passer les valeurs positives de la colonisation, comme ce fut encore le cas encore récemment, les exemples dont tu nous fais part nous en montrent le vrai visage que nous connaissons encore que trop sommairement. Cette histoire avec les Hollandais est de celle-ci. J’espère que tes découvertes autour de Grand Santi vont te permettre quelques belles découvertes. Merci pour ces photos de brumes matinales tellement attachées à ces paysages.

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