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juin

Je vous ai menti!

Délicate cohabitation
Je vis seul, bon, c’est vite dit ! Pas si seul que cela. Je vous ai fait marcher. En fait, depuis dix jours maintenant, j’ai une compagne. J’attendais avant d’en parler de savoir ce qu’il pouvait advenir de cette relation. Vous savez ce que c’est, au début c’est surtout une certaine exaltation et puis parfois il y en a un qui se lasse et l’autre reste là, à ne pas toujours comprendre ce qui n’a pas marché. C’était d’autant plus risqué qu’on a tout de suite cohabité, dès le premier jour, je dirais même dès le premier instant. Je suis arrivé un jour à la maison et elle était là. Je ne saurais dire si elle m’attendait, je crois qu’elle ne savait même pas chez qui elle s’installait. Bon, je l’ai accueillie du mieux que j’ai pu. On était de marbre tous les deux. On se regardait en chien de faïence, surtout elle de par sa position sur le carrelage. Elle me scrutait de ses immenses yeux, un peu trop grands pour un corps si frêle. Je n’ai rien dit sur son physique. Que pensait-t-elle du mien ? J’ai fait comme si elle n’était pas là, je ne lui ai pas adressé la parole. Non mais sans blague, vous arrivez chez vous et vous la trouvez là, entrée sans permission. J’ai fait celui que cela n’offusquait pas mais n’en pensais pas moins! J’étais sur ma réserve. Ensuite, voyant sa discrétion, jamais un mot plus haut que l’autre, puisqu’elle ne m’adressait pas la parole et se contentant de me regarder, je lui ai donné une chance et me suis abstenu de toute réflexion désagréable. J’avais un peu peur pour mes provisions de bouche, puis je me suis senti coupable de tant d’égoïsme. En fait, nous n’avons pas le même régime alimentaire et elle se débrouille seule pour trouver sa pitance. Une compagne discrète, qui ne parle pas, qui ne vous pique pas votre déjeuner, qui ne dit pas au dessert lorsqu’on est au restaurant « Non je ne prendrai pas de dessert, je picorerai dans le tien! », qui ne vous dit pas « tu as encore laissé traîner tes chaussettes! » (j’en profite pour vous confier que je suis un fétichiste des chaussettes avec des dessins dessus, Lucky Luke, Garfield, les Simpson, etc.), une compagne comme ça, ça se respecte! Elle ne dit rien lorsque je chuinte la nuit (paraît-il, car je ne ronfle pas, qu’on se le dise !) puisqu’elle fait chambre à part. Lorsque je me lève, je la crois partie et puis elle est là, posée sur le tube de dentifrice, essayant de se confondre avec la couleur de la marque. C’est ça le problème, elle est si petite et si discrète que je ne la vois pas toujours au premier coup d’œil cependant que je la cherche et que son absence me peine. L’autre matin, après l’avoir cherchée en vain et que, triste de son absence, je prenais ma douche, j’ai eu surprise de la trouver sur ma tête lorsque je séchais ce qui me reste de chevelure. Je dois avouer que c’est la première fois que nous avons eu un contact charnel.

Ma compagne intime

Ma compagne intime


J’aime beaucoup les grenouilles arboricoles. On les entend la nuit ici, émettre leurs cliquetis souvent ponctués des gros Rrhoua des crapauds buffles à leurs pieds (pattes de grenouilles plutôt).
Le crapaud à côté de ma tong taille 45!

Le crapaud à côté de ma tong taille 45!

Cette rainette n’est pas verte mais vert de gris avec des nuances de brun. Elle est plus claire parfois sans que j’en sache la raison.
Rainette malgache
Ce n’est pas la première rainette que je fréquente. Il me souvient qu’en 1992 alors qu’avec Arnaud nous étions en mission à Maroantsetra, Madagascar j’avais déjà connu très intimement une rainette toute verte comme la 2CV de ma jeunesse. Nous revenons alors d’une visite à un village dans lequel nous dirigeons la construction de puits et autres activités liées à notre mission. Nous sommes en pirogue, il pleut de cette pluie qui ne cesse pas mais qui ouate l’atmosphère et embrume l’espace. A gauche les rizières maculées par endroit de taches du vert, plus tendre encore, des zones de semis. Pas un bruit, nul ne parle. L’absence de mots s’est imposée devant la magnificence de l’instant. Parler aurait été réduire l’émotion, dire « c’est beau » aurait limité l’espace entre le B et le U et donc l’aurait enfermé, définitivement. Seul, de temps à autre, brisant le silence mais sans le contraindre, le boum sourd de la pagaie frappant la coque en bois de la pirogue. Sur la cime d’un arbre, à droite, un aigle détrempé semble dépité. Ce rapace aura-t-il l’idée qu’ont les cormorans d’ouvrir les ailes à la fin de l’ondée afin de les mieux sécher ? Il semble dépité parce qu’il a mal choisi son lieu de vie. A Maroantsetra il y a deux saisons, la saison des pluies et la saison humide. Bref en rentrant à l’hôtel, Arnaud me montre la rainette dans sa salle de bain privative. Il me semble indifférent à l’animal que je subtilise. Je l’installe à mon tour dans ma salle de bain.
Et nous de manger les poulets!
Non, mais là, je dois faire un arrêt sur image. Lorsque je parle de salle de bain je veux dire quelque chose de grandiose. Un appentis jouxtant la chambre, tout en bois, les planches du sol laissant entre chacune d’elles un espace pour que l’eau s’y écoule, un robinet dans un coin et un seau. Le bonheur. Nous logeons alors dans l’hôtel d’Evelyne et Costo, couple au cœur d’or qui nous a adoptés. Evelyne se torche bien mais est une excellente cuisinière. Les toilettes ne sont pas aux normes UE. Un cabanon au milieu du jardin, on monte dans une petite cahute en bois par un escalier glissant. En haut, une banquette avec un trou. Sous le cabanon un fût de deux cents litres, posé à même le sol, en métal et sans âge. Il n’a pas besoin d’être vidé, la rouille l’a tant attaqué qu’il laisse sourdre, à la base, une sauce innommable que les poulets viennent picorer. Et nous, le soir, nous mangeons les poulets ! Circuit fermé.
Nous devions Arnaud et moi quitter Maroantsetra le lendemain, cependant alors que j’étais déjà installé dans le Twin- Otter d’Air Madagascar, on m’a prié de descendre, un Karane (Indo-Pakistanais) commerçant comme il se doit, avait payé à je ne sais qui, le double du prix du billet pour prendre ma place pourtant confirmée. Je lui en suis, après coup, reconnaissant. J’ai passé là, au bout du monde à l’époque, une semaine, humide ou pluvieuse je ne sais plus, mais hors du temps et dans l’obligation de comprendre que courir ne sert à rien et qu’une semaine en compagnie d’une rainette vaut bien le temps qu’on s’y arrête.
Les comtes d’enfants? C’est que des balivernes!
Hier matin, je me suis souvenu de « la belle et la bête » et d’une autre histoire, je ne sais plus laquelle, d’une bise à un crapaud qui se transformait en prince ou quelque chose d’apparenté. J’ai bloqué la rainette dans mon verre à brosse à dents, je l’en ai extraite et l’ai embrassée sur sa grande bouche grenouillère. J’espérais qu’il en sortirait, qui sait, une princesse en robe et tout. Que nenni. J’ai cru que rien ne s’était passé jusqu’à ce que je jette un oeil dans mon miroir de Blanche Neige. Mince alors, la rainette était égale à elle-même et moi j’étais devenu avatar, la longue queue en moins.
Avatar, grandes oreilles

Avatar, grandes oreilles


Depuis ce soir j’ai une deuxième compagne, toute de noir velue, avec des chaussons orangés à l’extrémité de ses huit pattes. Une matoutou que m’a offerte Guillaume alors que je m’émerveillais devant cette mygale qu’il venait de sauver du massacre que des collégiens non bouddhistes lui préparaient hardiment. J’espère cependant ne pas assister à des scènes de jalousie entre mes deux compagnes. Je ne suis pas ici pour être troublé par quelque querelle que ce soit. Est-ce qu’embrasser une mygale permet à la peau de reprendre sa couleur ? J’ai regardé sur Wikipedia et n’ai rien trouvé sur le sujet.
Mes compagnes occasionnelles d’intérieur.
Chenille

Chenille

Mante religieuse

Mante religieuse

Chauve souris

Chauve souris

Punaise , qui pue comme chez nous mais est plus colorée

Punaise , qui pue comme chez nous mais est plus colorée


Mes visiteurs extérieurs
Iguane

Iguane

Enorme coléoptère

Enorme coléoptère


10 commentaires à “Je vous ai menti!”

  1. Alain

    AHAHAHAHAH ! tu m’as eu !

  2. Didier Radigue

    Salut Philippe,
    Je ne me l’imaginais pas comme cela, mais elle a des formes sympathiques.
    Amitiés
    Au fait est elle sympa,fait elle bien la cuisine?
    Je ne parle pas du reste!!!

  3. PATRICK

    Très bien en avatar, manque plus que la queue….
    Tu as la télé pour le foot ? La fièvre brésilienne franchit l’Oya River ?
    Bizzzz

  4. joelle de villele

    s’il y avait toute la famille, ce serait cuisses de grenouille à l’ail et au persil:)
    *

  5. gm974

    Mince alors, mes croyances de petite fille s’envolent : les crapauds ne se transforment pas en princes charmants zut zut et zut…la grande désillusion…bisous

  6. Emma

    Super ces petits compagnons assez insolites !J’ADORE.Ici c’est les guinea pigs et les moustiques, c’est original…Ah!oui si tu croises une mignonne dendrobate (je sais! c’est beaucoup plus plus petit que le crapaud buffle) évite de lui faire un bisou au risque de te faire avoir par sa beauté…

  7. roger de st gilles/hts

    Quelle déception ! Tu nous a bien berné avec ta grenouille ! A espérer quelle reste muette le soir au clair de lune et qu’elle continue à toute seule !!!

  8. roger de st gilles/hts

    Quelle déception ! Tu nous a bien berné avec ta grenouille ! A espérer quelle reste muette le soir au clair de lune et qu’elle continue à toute seule

  9. ton neuveu préféré

    en lisant les premières lignes j’ai pensé de suite a une gentille bestiole genre migale. continue de nous faire réver, le scribe du fin fond du pays. en echange je n’aurai hélas qu’a te raconter nos vacances en combi…

  10. Patrice

    Joli conte mon philou

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