27

décembre

La bassine, la brouette et le rôle des enfants

Nuit de lune sur le Maroni

Nuit de lune sur le Maroni


La marche
Ici, on pourrait se croire en Afrique lorsque l’on roule en voiture sur la route qui mène à Saint Laurent du Maroni. Alors qu’on quitte le goudron la piste de latérite tranche avec le vert de la forêt à l’entour et le ciel, parfois bleu mais souvent gris sombre, annonce, comme en Afrique équatoriale, la pluie vespérale. Bien que cette forêt ne soit pas primaire elle est assez dense. Une grande partie a en effet été coupée à l’époque du bagne dont les travaux forestiers étaient nombreux sur le bord du fleuve. La végétation ronge tout et du bagne de La Forestière (proche d’Apatou), qui recevait dans les années trente les condamnés politiques de la Cochinchine, il ne reste que quelques poteaux et un escalier qui ne peuvent témoigner de la souffrance endurée par les hommes.
Vestige d'escalier du camp de La Forestière en briques estampillées AP administration pénitencière

Vestige d’escalier du camp de La Forestière en briques estampillées AP administration pénitencière


Bien que la plupart des habitants des hameaux ou campoe accèdent à Apatou par voie fluviale au moyen de pirogues en bois motorisées, quelques-uns vivent dans des carbets isolés ou dans des villages proches de la route. Il y a évidemment des voitures mais beaucoup de gens marchent. Ici un homme, torse nu luisant de sueur sous le soleil en revenant de l’abattis la machette à la main, là, une femme, une bassine sur le sommet du crâne remplie de tubercules et, l’accompagnant, les enfants portent un fagot de branchages ou poussent une brouette, signe de modernité incontestable. Il est impressionnant de voir un enfant de quatre ans marchant, comme l’adulte, la machette à la main.
Ce qui me fait penser à l’Afrique c’est bien sûr cette bassine sur la tête qui impose aux femmes une démarche particulière, contrôlée, très esthétique, le dos devant être droit.
La bassine et la brouette

La bassine et la brouette


L’image de la femme, pieds dans la terre et la poussière, bassine sur la tête est comtée par Ryszard Kapuscinski, reporter polonais dans Ebène, aventures africaines. L’image est la même. Le contenu de la bassine diffère ainsi que le but de la marche. Ici on peut penser qu’il est seulement question de rejoindre le carbet, dans l’Afrique de Ryszard Kapuscinski, la marche est bien souvent une fuite et le contenu de la bassine le seul bien de la femme, de la famille.
Les enfants participent beaucoup aux travaux domestiques, ramassage de bois, vaisselle ou lessive au fleuve.
Lessive et vaisselle au bord du fleuve

Lessive et vaisselle au bord du fleuve


Le fleuve c’est aussi le lieu du bain pour tous les habitants des campoe. A Maiman, le village le plus proche d’Apatou un père se baigne accompagné de ses trois enfants avec lesquels il chante au coucher du soleil. C’est la toilette familiale. Les enfants s’éclaboussent en riant. Très aimable cet homme. On lui adresse quelques mots au sortir de l’eau. Il s’oppose à ce qu’on bétonne ce bord de fleuve, il est bien, là, dans cette nature et on le comprend. Dans une petite boite plastique il porte le savon, le dentifrice et les quatre brosses à dents de la famille.
Les enfants ne font pas que travailler bien que mis à contribution pour les travaux de l’abattis en plus des travaux ménagers. Ils jouent aussi. Ils ne sont pas encore atteints par la frénésie des jouets de nos supermarchés. Il faut dire qu’à Apatou, le rayon jouets du « libre-service » mesure un mètre à peine. Quelques petites voitures et des poupées.
La bouteille d'eau, un jouet bon marché!

La bouteille d’eau, un jouet bon marché!


On les voit plus souvent jouer avec l’eau à l’unique robinet devant la maison ou dans la bouche d’évacuation de l’eau de pluie, avec des bâtons qu’ils lancent dans les manguiers ou les jujubiers pour récolter quelques fruits trop verts. Les petits et même les moins petits peuvent jouer nus, sans complexe et même revenir crottés à la case après une bataille de glaise ce qui ne semble pas entraîner le courroux des mamans.
Bataille de glaise

Bataille de glaise

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Je ne vois que des animaux morts
Les animaux que je cherche à voir à chacun de mes voyages « cachètent » avec moi (du verbe cachéter du premier groupe en créole réunionnais.
En pleine forêt, la vie animale est sur la canopée et s’il m’est arrivé de voir des singes c’était toujours d’assez loin. Je n’ai pas vu d’animaux au sol. Il faut un œil exercé que je n’ai pas. Les seuls animaux que j’ai pu voir vivants sont quelques serpents, un paresseux et des tortues traversant lentement la route et que j’ai aidés à poursuivre leur route en les « avançant » un petit peu. Bien sûr j’ai aperçu, au loin, des perroquets et quelques dizaines de singes, mais les seuls que j’ai pu photographier, bien qu’à l’état sauvage, sont les singes tamarins (je crois) vivant dans la forêt près du zoo de Cayenne et qui viennent voler le souper du tapir qui lui est dans un parc.
Voleur de souper

Voleur de souper

A part ces derniers je ne vois que des animaux morts et je m’arrête à chaque fois. Le plus souvent ce sont des pians, des opossums de différentes sortes, écrasés par les voitures qui les éblouissent la nuit mais aussi un splendide serpent liane (je crois) vert pomme et un crocodile qu’une voiture a tué (par inadvertance ?) alors que, suicidaire, il traversait la route.
Il me reste les oiseaux et ce n’est déjà pas si mal.

héron bleu

héron bleu


Cacique

Cacique

Et quelques autres, inoffensifs

La chauve souris sympathique

La chauve souris sympathique


La cigale bruyante

La cigale bruyante

Depuis une semaine j’ai quitté Apatou pour aller vers l’est de la Guyane travailler dans trois centres de santé. Je vis maintenant à Cacao, un village hmong. Les Hmongs sont arrivés ici au décours de la guerre du Vietnam. Ils avaient été de farouches défenseurs des français puis des américains et étaient pourchassés par un Vietnam devenu communiste. Ils ont hérité de terrains et ont constitués deux villages Javouhey et Cacao. Cultivateurs et travailleurs infatigables ils sont devenus les maraichers de la Guyane et livrent les produits de leurs champs à Cayenne (pour Cacao) et à Saint Laurent (pour Javouhey). Cacao n’a pas de centre bien défini encore que le marché en soit, le dimanche, le point de rassemblement des amateurs de soupe hmong venant de Cayenne. Le centre de santé est magnifique, cadeau démesuré construit à la suite de la visite de Bernard Kouchner stupéfait de la structure d’accueil délabrée du dispensaire alors en place. Je suis donc confortablement logé. Je consulte des Hmong qui parlent uniquement le Hmong pour les anciens et qui sont fort heureusement accompagnés pour la consultation.
Je travaille aussi à Régina, un village qui semble mourir doucement sur le fleuve Approuague. Là, le village est plus traditionnellement structuré, église, mairie, poste, boutique=buvette et centre de santé sont au cœur d’un village aux maisons parfois en voie de délabrement. La population est assez cosmopolite et j’y ai rencontré quelques vieux métros venus vivre ici par choix d’une vie différente. Gé, la soixantaine, cheveux longs jusqu’aux reins d’origine gitane et écrivain qui vit dans la forêt à sept kilomètres de la bourgade ou Jeff, la cinquantaine qui, lui,vit sur le Mataroni, un affluent de l’approuague, à deux heures et demie en pirogue de Régina. Il pêche, cultive un abattis qu’on me dit magnifique, et vit de la pêche et de son abattis. Il refuse de chasser. Sa passion : La lecture. Il m’invite d’ailleurs. Que puis-je apporter ? Des livres, des polars et des semences.

Fleur de l'arbre à boulets

Fleur de l’arbre à boulets


Un commentaire à “La bassine, la brouette et le rôle des enfants”

  1. gm974

    Et la petite Irene : ses bonbons gras et ses rôtis !!!!
    Bisou

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