16

août

La fresque aux pakous

Rappel du rayon de soleil au petit matin « le retour »
Il vous souvient qu’il y a quelques semaines je racontais comment, en bêchant la terre à la recherche de vers pour ferrer le pakou, il m’advint de découvrir une sculpture que je classais sottement d’Apsara khméro-amérindienne. Quelle erreur ce fût.
J’ai cessé, depuis, de chasser les vers, mais non le pakou, puisque je les tente dorénavant à la saucisse calabraise. Pour autant j’ai creusé plus avant la latérite, à la délicatesse d’un couteau, d’un bistouri usagé et d’un pinceau fin à la recherche d’une possible nouvelle sculpture. Quelle ne fût pas ma surprise de dégager ainsi les structures d’une jeune femme, puis d’une autre et d’une autre encore. Il me suffisait d’une petite résistance à la lame pour affiner mes coups et extraire une ébauche de corps que je découvrais ensuite lentement. J’avais trouvé sur le net une recette de pain pour laquelle l’auteur parlait de « caresser la pâte pour en extraire la farine superflue sans la violenter » (c’est en raison de cette phrase que je ne fais plus mon pain que d’après cette recette). J’ai appliqué la méthode à mes travaux. Sont alors apparues, chaque jour un peu plus, des femmes en une fresque de six mètres de longueur sur un mètre de hauteur environ.
J’ai bien pensé un temps que j’aurais dû en informer des archéologues qui me reprocheraient surement de ne pas avoir quadrillé l’espace, de ne pas avoir recueilli d’échantillons à dater au carbone 14. Nous sommes tellement si loin de tout, ici, que je suis passé outre ma propre réflexion et j’ai patiemment travaillé à dégager la fresque.
Qu’était-ce ? On y trouve dix femmes, plus ou moins lascives. Il en aurait fallu deux supplémentaires et un barbu pour évoquer une figuration apocryphe de la Senne.

La fresque aux pakous

La fresque aux pakous


De deux choses, l’une
Comme aurait dit mon regretté grand-père maternel « Y-a pas trente-six manières de voir, de deux choses l’une… » . Je suis bien d’accord avec lui. De deux choses l’une, soit Gauguin, passé inaperçu en Guyane a réalisé ici une deuxième « maison du jouir »
panneau de la maison du jouir

panneau de la maison du jouir

détail

détail

, soit il faut chercher une autre explication.
Gauguin le coquin
Bon ! Pour Gauguin, c’est possible. Il était grand voyageur. Petit enfant il a vécu quelques années au Pérou. A dix-sept il s’engage dans la marine marchande pour Rio de Janeiro. Puis par le détroit de Magellan, il se rend à Port-Famine sur la tombe de son père. En 1887 il repart pour Panama où il travaille « à la pioche » sur le percement du canal, puis passe à La Martinique.
Vous voyez, on se rapproche de la Guyane et il a une pioche, donc tout est possible.
Par ailleurs, on ne comprend pas tout de lui. Par exemple, je veux qu’on m’explique l’énigme des bananes rouges.
Le repas

Le repas

Etait-il à Tahiti lorsqu’il a peint ce tableau ? Quelques invraisemblances apparaissent : site cineclubdecaen.com/peinture : 1891 – le repas, les bananes
« Gauguin semble avoir choisi les éléments du tableau pour leurs formes et leurs couleurs décoratives plutôt que pour représenter un repas tahitien typique
La table n’a pas sa place dans une case indigène
Les bananes rouges ne sont comestibles qu’une fois cuites et non crues comme ici
Le plat creux en bois est utilisé normalement pour un ragoût de poisson
Le couteau et les citrons sauvages encore attachés à leur branche semblent purement décoratifs
Les enfants aux vêtements ternes sont en dehors du jeu de lumière comme si Gauguin les avait ajoutés à la nature morte à un stade ultérieur de l’élaboration du tableau
La frise répétée reflète l’intérêt de Gauguin pour les arts décoratifs
« Dans cette peinture, presque tout semble contribuer à créer une ambiance de mystère, surtout le personnage assis, qui projette une ombre immense dans le fond. Noami Maurer, qui voit dans ce personnage une image du pressentiment, suppose que les regards des deux garçons tournés vers la fillette, ajoutés à la forme phallique des bananes et à celle utérine du plat creux, témoignent d’un éveil à la vie sexuelle…». Incroyable interprétation, non ? Mais que fait la police et que font Freud et les hôpitaux psychiatriques ?
Il manque cependant un détail qui ne m’a pas échappé. Voyaient les bananes rouges. Regardez avec attention la tige centrale du régime. Elle est considérable, turgescente même ce qui pourrait aller dans l’esprit coquin du peintre. Cette tige centrale s’affine normalement vers son extrémité.
Bananes rouges

Bananes rouges

Soit donc, Gauguin avait coupé un énorme régime, soit il s’est trompé de sens en dessinant les bananes, qui, vous l’avez remarqué sur la photo d’un régime en pied, sont normalement en érection, ce qui n’aurait pas dû échapper à l’œil concupiscent qu’on attribue au peintre (Toute remarque sur mon esprit déplacé est évidemment à proscrire).
Si, donc, il a pu nous mentir sur ce tableau, peut-être dessiné, au coin du feu, à Vaux en Velin (pourquoi pas, j’écris ce que je veux), il a très bien pu aller en Guyane et réaliser la fresque aux pakous.
panoramique assez déformant de la fresque

panoramique assez déformant de la fresque


Par ailleurs si vous regardez la partie centrale de la fresque découverte, au-dessus de la femme allongée, vous trouvez une efflorescence exotique énorme. Notre critique, citée plus haut, pencherait volontiers, j’en suis sûr, pour une interprétation sexuelle, une vulve énorme multi labiale.
Deuxième hypothèse (une des deux choses l’une de mon grand-père), c’est quelqu’un d’autre qui a réalisé les sculptures de Camopi. J’ai bien cherché à comprendre les mouvements de population des Aztèques, Incas, Brésiliens et Espagnols. Si ces derniers étaient les auteurs, les femmes ne laisseraient voir que le bout de leur nez dépassant de vêtements très couvrants. L’énigme reste donc complète ! J’ai donc pensé au gynécée de Montezuma. Ce n’est pas lui qui a sculpté la roche, mais peut-être cela s’est-il fait sous son règne. Il ne semble pas être descendu aussi près de l’équateur mais qu’en sait-on. Nous les occidentaux avons tellement nié les voyages des autres peuples qu’on a bien fini par nous faire croire que Christophe Colomb avait découvert, le premier, l’Amérique.
Alors d’où provient cette fresque ?
La question est posée. Si quelqu’un a une idée, je suis preneur.
détail

détail


Détail

Détail


Détail

Détail


Il me souvient une histoire se déroulant à Carrare. Un tailleur de pierre dégage un étalon somptueux d’un bloc de marbre. Un enfant le regarde et, montrant de sa main le bloc de pierre, demande au sculpteur : « Comment savais-tu qu’il y avait un cheval dedans ? »


7 commentaires à “La fresque aux pakous”

  1. Dominique de Rabalot

    Alors là moi je reconnais l’auteur et je trouve ça vraiment génial !!!!
    bravo Philippe c’est fabuleux !
    les gens de Camopi ont vu ces sculptures ?

    bises

    Dominique

  2. Alain

    j’aime le côté sculpté, rugueux, mais aussi lissé, caressé … chapeau !

  3. Gigi

    De deux choses l’une soit tu as mis en évidence un nouveau mausolée de l’empereur Qin plutôt une impératrice, rejoignant en cela la sculpteur Prune Nourry qui a elle-même crée son armée de femmes cf: http://www.franceinfo.fr/expos-spectacles/culture-et-medias/article/l-armee-des-filles-de-prune-nourry-au-104-333111
    Soit le sculpteur a été victime, tel facteur Cheval au syndrome de l’inspiration qui en général prend les européens de passage, surtout à la fin de leur séjour (*). Ce sculpteur a été sensible à l’étrange pouvoir lunaire des femmes, la masse foisonnante du milieu pourrait être une nouvelle pythie. Mais si on la grossit beaucoup, on voit des petites bouches. Ce serait de nouvelles harpies du fleuve, au lieu d’êtres des oiseaux ce sont des vouivres.
    Je crois que tu as bien fait de ne pas alerter les autorités, la DRAC de Guyane a bien assez de problèmes avec la conservation patrimoniale de sa réserve. S’il faut en plus qu’elle s’occupe de trésors archéologiques et qui plus est artistiques où irait-elle??
    Continues de « caresser la terre pour en extraire la poussière » Paul G t’en sera reconnaissant
    (*) Sans parler du Carbone 14, tu as une ONG qui dose les mercure. Tu peux leur envoyer un échantillon de la terre. S’il y a du mercure, les sculptures datent d’avant l’arrivée des chercheurs d’or.
    Tu peux aussi laisser les choses en l’état et cette armée d’indo-mélanésiennes s’en retourneront à leur élément premier

  4. Didier Radigue

    Ca y est, Philippe Jeu fait mieux que les grottes de Lascaux, il est le’inventeur de « La Fresque aux pakoux »
    J’envoie un mail à Aurélie Filippetti pour qu’elle se déplace et fasse un discours, vous donne une médaille, et classifie le site comme Patrimoine de l’humanité.
    Bravo Doc

  5. Françoise Renambatz

    très beau et surprenant de trouver cette fresque !
    Voilà une nouvelle occupation qui devrait vous combler vous l’artiste !
    par contre je pense qu’il faut chercher plus pour pouvoir l’identifier et la protéger !
    bon courage

  6. David

    Bonjour Philippe,

    Très heureux pour toi de cette fabuleuse découverte. Je suis néanmoins déçu qu’un ou des personnage(s) du sexe opposé(s) ne soi(en)t point représenté(s). Peut-être que l’artiste en son temps, exécrait la gente masculine : selon des sources ethnologiques, une princesse de la tribu des « Goudous » aurait vécu sur ce site à l’époque pré-colombienne.
    Ou alors, peut-être qu’il y aurait tout simplement, une autre explication : Le simple plaisir de regarder une si jolie oeuvre subjugua l’artiste à un point tel, qu’il fut coupé dans son inspiration, et mourru prostré, dans un état contemplatif. Une légende post-colombienne raconte qu’un vieillard décéda à force d’émerveillement quant à la beauté de ses dix vierges (il s’appelait booo dah ou un truc comme ça…).
    Quoi qu’il en soit, je pense que c’est une oeuvre magnifique, qui mérite sa place dans le « Guiness des boucs ». Photo du découvreur à l’appui…
    Cordialement.
    P.S : Tu trouveras dans la prochaine pirogue de quoi célébrer dignement ta découverte.

  7. Véronique

    Magnifique fresque Philippe!
    Tu n’as pas perdu la délicatesse du toucher de la lame pour faire parler la terre
    Bisous
    Véronique

Laissez un commentaire