9

avril

La pêche est-elle une fin en soi?

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Il me souvient que dans « La grande muraille » de Claude Michelet, le héros héritait d’une terre ingrate qu’il souhaitait cultiver. Il commençait à en dégager les cailloux qu’il entassait sur le bord du terrain. Sous chaque caillou, il découvrait d’autres cailloux, un truc de dingue à rendre fou (la palissade). Finalement , presque à son insu, son objectif devint de construire une muraille. Le vrai truc fou pour ne pas tomber dans la folie !

 

Moi, très modestement, et comme vous le savez, j’ai commencé à pêcher. Comme j’avais apporté avec moi de gros hameçons, je pensais pêcher de gros poissons. Finalement je n’ai péché que par orgueil. Après dix jours de pêche assidue, je n’ai ramené qu’un poisson de onze centimètres, queue comprise !

 

Il m’aura fallu dix jours pour comprendre que ce qui me plait le plus dans cette démarche d’aller à la pêche, c’est finalement tout sauf le poisson. Je traverse le village sous l’œil amusé de pêcheurs avertis. Je croise des enfants qui jouent dans la rue et que je salue. Ils me rendent mon salut et un « comment tu t’appelles ?
Je lance ma ligne près de la rivière, là où d’autres enfants grimpent dans les arbres avec une agilité incroyable et se jettent à l’eau dans un bruit à chasser tous les poissons du coin.

 

Les Amérindiens passent et me donnent des conseils. Les femmes aussi.

– Pourquoi tu pêche avec du poisson ? (je veux parler du seul poisson que j’avais attrapé et que j’utilise comme appât). Il n’y a que l’aimara qui mange du poisson, ou le piranha, mais il n’y en a pas dans ce coin.

– Et avec le mombin, je peux pêcher du pakou ?

– Oui mais seulement si tu pêches sous un mombin avec des fruits murs. Les pakous ne sont là que s’il y a des fruits murs dans l’arbre. Ici il faut que tu pêches avec de la mie de pain mouillée, ça, ça marche bien.

 

J’ai déjà essayé la côte de porc, le maïs, le poisson, les vers de terre, le mombin mais pas sous l’arbre du même nom. J’essaierai donc la mie de pain… quand le boulanger voudra bien refaire du pain !

 

Je suis donc là, la canne à la main, je regarde les ronds dans l’eau. Le temps passe et rien ne se passe. Il s’écoule, comme la rivière à mes pieds. L’eau ne sait pas où elle va, moi non plus.

 

A la nuit, je rentre bredouille, une nouvelle fois, mais je suis bien. Les femmes me crient de leur carbet :

Y a pas d’poisson ?

 

Non y’a pas de poissons, mais je m’en moque, j’ai le sourire aux lèvres et ça vaut bien un pakou.


Un commentaire à “La pêche est-elle une fin en soi?”

  1. Françoise Renambatz

    BONJOUR ….lecture très agréable…il faudrait peut être pensé à faire un livre de votre vie à CANOPI et de votre vie tout court, pour que vos enfants et, surement bientôt, vos petits enfants puissent revivre tous vos grands moments aventureux…..pas besoin de publier si cela ne vous dit rien mais au moins garder une trace et la transmettre !
    Je regrette que mon père n’ait pas voulu le faire après ces 25 ans en afrique….je suis sure que ce serait un superbe souvenir pour nous !
    Je vois que vous êtes en pleine découverte… effectivement je pense qu’il faudra un certain temps pour découvrir ce peuple mais je suis sure que vous y arriverez ! Il faut juste qu’ils vous connaissent, qu’ils découvrent votre grand coeur et après tout viendra et les portes s’ouvriront ! Il doit être dur aussi pour eux de changer de médecin tous les 6 mois !!!
    Vous nous direz le résultat de la pêche à la mie de pain !
    Et je pense aussi que la pêche est une bonne introduction pour accéder aux amériendiens
    Quel temps avez vous en ce moment ?
    Bon courage dans vos différentes entreprises, qui vous apporteront surement beaucoup de bonheur…$

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