17

août

La sirène du Maroni

Quelle église et pour qui?
Nous sommes dimanche matin. J’ai fait une grasse matinée jusqu’à 7 heures 30. Je suis d’astreinte mais ne me déplacerai que si quelqu’un vient consulter. Le village est mort. Seules les différentes églises dont je ne connais pas le nom ni le dieu vont vibrer de leurs chants dans la matinée et pour certaines jusqu’à tard dans l’après midi. Là, devant ma terrasse les passereaux bleu turquoise viennent manger je ne sais quoi dans le bois canon en face de mon café brulant. Un enfant essaie de les tirer au lance pierres, pas pour les tuer, seulement pour les blesser puis les soigner !! Les kikiwis passent aussi d’arbre en arbre avec leur chant du même son que leur nom. Vers 9 heures l’église se remplit faiblement. La messe catholique commence par un chant en français, accompagné de tambours. Une prêcheuse prend le relais en bushinenge tongo et des chants s’élèvent encore, cette fois en langue locale dont je ne comprends que des Alléluias. Chaque chant tout comme le sermon ou l’homélie sont applaudis par cette foule moins nombreuse qu’à La Réunion mais tout aussi fervente. Les applaudissements fusent comme lors de l’atterrissage d’un avion.
Plus tard je marche dans le village et d’autres chants plus rythmés, plus modernes, viennent d’une bâtisse évangélique. Quel évènement permet de choisir son église ? Je ne le sais.
L’appel du bidon cabossé
Je décide d’aller voir au Suriname si je trouve de l’ail. Au bord du fleuve, un gros manguier dans lequel des caciques à cul jaune babillent et semblent se chamailler.

Au pied du manguier est un dégrad (débarcadère). Là se trouvent de vieux bidons métalliques cabossés et un morceau de bois.
Au loin, mais pas trop , le Suriname, au premier plan le bidon
Il me suffit de frapper le bidon de la pièce de bois pour que le son porte jusqu’à l’étranger si proche. Une pirogue aussi gratuite que preste vient me chercher pour les deux minutes que dure la traversée. La boutique chinoise qui affrète cette pirogue ne demande rien de plus que quelques achats. Là je trouve de l’ail mais aussi du Tang, celui de notre enfance, cette poudre acidulée que l’on mélange à l’eau et qui est interdite en France.
En attendant la pirogue du retour je suis sous une varangue agrémentée de tables où de belles dominicaines, grasses à souhait, aux cuisses débordantes, fument une cigarette et sifflent une despérado. Les regards sont aguicheurs, le maquillage violent et tapageur.
J’ai résisté! Je suis retourné par la même pirogue en France, à deux brasses. Sur le chemin du retour, à deux pas du degrad, un ara crie. Je l’entends tous les matins depuis ma case. Il est là dans un arbre dont je ne connais pas le nom. Il est apprivoisé, une aile coupée. Très haut perché sur son arbre il dévore je ne sais quoi dans sa gamelle qu’il tient d’une patte.
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J’ai écrit cela il y a maintenant une semaine. Il ne s’est pas passé grand-chose depuis. A part un lundi où le dispensaire était bondé de patients les autres jours ont défilé en douceur, entre la relative fraicheur du matin, la canicule de l’après midi et parfois les pluies orageuses du soir.
Vers 17 heures, à la fin des grosses chaleurs nous allons parfois nous baigner au fleuve sur la petite plage du viol, au nord ouest du village. Il n’est pas possible de nager loin en raison du courant qui nous porterait jusqu’à la mer des Caraïbes à moins d’être mangé avant par un caïman.
Juste un bain pour ressentir un peu de fraicheur sur la peau.
A la plage
Pour une fois j’ai pu faire une photo (mauvaise) d’un colibri qui a bien voulu poser pour moi.
Le colibri au soleil couchant

Des enfants viennent jouer avec nous
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La sirène du Maroni

Sur cette petite plage dont une partie est sableuse et l’autre argileuse, j’ai trouvé un petit tumulus pas très haut, friable. J’ai commencé à le gratter et j’y ai trouvé une sirène djuka, venue veiller sur nos plongeons dans le fleuve.
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Elle ne restera pas longtemps. Quelques grosses pluies la détérioreront et la prochaine montée des eaux l’emportera. C’est bien comme ça. Les sirènes sont faites pour l’eau. celle-ci retournera au fleuve et réapparaitra un jour, en amont, en aval. Qui sait?
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4 commentaires à “La sirène du Maroni”

  1. Alain

    Ahahahaha fidèle à tes habitudes …
    je trouvé très touchantes ces œuvres éphémères, à cause de ton talent et bien sûr de leur fragilité

  2. Radigue Didier

    C’est la version guyannaise de celle de Copenhague ?

  3. joelle

    Tu nous fais rêver depuis ce coin de paradis !!

  4. Gmail974

    Les sirènes du Suriname et du bord du fleuve ne t’ont pas envouté?
    Très belles photos!!! Et merci pour ce nouveau récit.
    Bisous

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