6

août

PAPAICHTON sur le Maroni

Retour en Guyane

Je suis arrivé à Cayenne sous une pluie battante. Pas d’éclair mais l’orage éclatait plus qu’il ne grondait. J’ai juste le temps de faire quelques courses de denrées de première nécessité avant mon départ pour Maripasoula le lendemain. Un vol intérieur m’y conduit puis je prends un taxi collectif pour Papaïchton en aval sur le Maroni. La piste de latérite de trente quatre kilomètres traverse quelques abatis mais surtout de la forêt. Il faut moins d’une heure pour, qu’arrivé sur un promontoire, le fleuve m’apparaisse au fond de la vallée. La vue est magnifique au soleil presque couchant.

Papaïchton est là, village très aéré aux rues larges dont quelques unes sont bétonnées. Le bord du fleuve est aménagé. Quelques pirogues affrétées par les boutiques d’en face, au Suriname, vous permettent de traverser le Maroni pour quelques achats. Il semble que les magasins ne sont (ou plutôt « ne soient », à vous de me dire) pas mieux achalandés que sur cette rive.

Le Maroni à Papaichton, sur l'autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Le Maroni à Papaichton, sur l’autre rive le Suriname pas de village en face seulement trois boutiques tenues par des Chinois

Paul, responsable des centres de santé, connaissant mon gout pour l’isolement a demandé que l’on m’attribue dans la mesure du possible un logement en conséquence. Me voici donc installé dans une jolie case en bord de forêt, une petite maison dans la prairie pour mes collègues de travail. La rue s’arrête à cinquante mètres puis je dois continuer à pieds par un chemin, de terre et d’herbe, souvent inondé. La maison en béton jusqu’à un mètre de hauteur est ensuite construite en bois et bardage sous un toit de tôle. Une petite véranda permet qu’on y pose un hamac. Les pièces sont spacieuses, le mobilier décrépis est malgré tout fonctionnel. Les ouvertures bardées de grilles sont nombreuses et permettent une aération que j’apprécie tant la chaleur est moite. Bien que le goût de la faïence murale posée au sol soit douteux et le mobilier disparate et usé, le lit de ma chambre est nuptial aux montants blancs et or.
Raimbault écrirait que la moustiquaire que j’ai trouvée est « idéale » dans le sens ou ce n’est plus qu’une « idée » de moustiquaire tant il me faudrait de fil pour la repriser. Il n’empêche qu’elle éloignera les chauves souris de mon visage à défaut de me protéger des moustiques. Oui je ne suis pas seul dans cette maison. Si les chauves souris ne font que passer afin, je pense, de me saluer, j’ai le plaisir de cohabiter avec plusieurs rainettes. Comme vous le savez j’affectionne ces petits batraciens depuis mon séjour à Camopi (dans le chapitre « je vous ai menti »). Ici je suis gâté. Les rainettes sont dans les pièces humides en quantité, s’abreuvant dans la cuvette des toilettes, au robinet de la douche ou de la cuisine. Elles me fuient un peu, ne connaissant pas mes bonnes intentions. Je ne désespère cependant pas d’avoir avec elles une colocation apaisée.

La  maison au bord de la forêt

La maison au bord de la forêt


Je suis heureux de retrouver le chant « kikiwi » de l’oiseau du même nom, les stridulations des cigales au couchant et le cliquetis de machine à écrire des grenouilles arboricoles la nuit. Je suis toujours ému par les palmiers wassai dont les feuilles semblent pleurer tant elles sont pendantes et me font penser, je ne sais pourquoi, à ces oiseaux détrempés que je croisais, perchés sur les hautes cimes des arbres après la pluie dans l’est de Madagascar alors que je descendais la rivière en pirogue.

Wassaïs au petit matin

Wassaïs au petit matin. Bon là j’ai mis une photo de l’Oyapock mais ce sont les mêmes.

Après une longue et salutaire nuit je découvre le dispensaire à quelques centaines de mètres de « chez moi ». Il est spacieux, très bien entretenu et fonctionnel. Il ya peu de travail en ce mois de vacances où j’imagine une partie de la population partie travailler avec les enfants sur les abattis. Pour ce premier matin rien de bien important mais une jeune fille présente des lésions cutanées imposantes et qui ne régressent pas. Elle souffre d’une drépanocytose S/S et Olivier, mon collègue du jour, interne en médecine, en connaît bien plus que moi sur le sujet. Cette pathologie est fréquente ici et je ne maîtrise vraiment pas le sujet. J’ai donc du pain sur la planche et il est bien agréable de travailler de concert avec un médecin plus au point que moi sur de nombreux sujets. Bien que parfois stressantes ces situations ont le mérite de bousculer mes connaissances et mes absences de connaissances.
Le dispensaire dispose d’un Kubota une sorte de voiture playmobile . Un vrai cube comme l’indique son nom, une marche avant, une marche arrière, embrayage automatique, un plateau arrière, pas de porte.

Kubota  Playmobile en vrai

Kubota Playmobile en vrai

Je suis d’astreinte les deux premiers jours et ne m’éloigne donc pas. Je visite le village et les magasins étrangement très peu achalandés. Comme à Camopi sur l’Oyapock je en trouve ni fruit ni légume à part quelques Kombos (un légume gluant à la cuisson), des concombres amers et quelques bananes vertes qui viennent peut-être de chez Fauchon tant le prix est prohibitif. Il y a une boulangerie qui semble réputée. Je vais très vite apprécier un morceau de baguette, même molle (sous le fromage de chèvre). J’aurais bien aimé m’éloigner un peu du village les deux jours suivant les astreintes mais il pleut sérieusement et à part une virée à la recherche d’un site de latérite à sculpter et que je n’ai pas trouvé, je suis resté à l’abri et commence à voir le temps qui passe s’effilocher comme les cyrus après que les pluies aient vidé le ciel de ses gros nuages sombres.
Ce matin quelques cimes fantomatiques émergent du brouillard, il fait frais. Un long week-end de garde commence…


2 commentaires à “PAPAICHTON sur le Maroni”

  1. joelle

    loin de tout, dans ton univers, pas de jeux olympiques ou d’attentats… profiter de la nature, découvrir , toujours découvrir, et qui va s’occuper de nous ici hein ? j’espère que tu n’es pas parti pour six mois…

  2. radigue didier

    Rassurez vous, ici aussi il ne fait pas beau et il pleut.
    Bon courage

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