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mars

Petites touches de la vie quotidienne

31/03/14

 

Boujour, J’ai à la fois le plaisir de remplacer Stéphane sur ce blog et le défi d’écrire aussi bien que lui.

 

J’ai attendu dix jours pour écrire sur ce blog, le temps que les choses s’installent, le temps que j’appréhende l’atmosphère, que je croise des regards. Mais que dirais-je, après si peu de temps, qui puisse avoir une valeur, présenter une quelconque vérité, et quelle vérité? Vous n’aurez donc pour l’instant qu’un peu de ma vie à moi, toute simple.

 

Je n’ai pas encore visité Camopi. J’en garde pour plus tard. C’est comme pour les produits frais. Le fromage par exemple, à La Réunion, j’en mange beaucoup, de grosses bouchées. Ici je coupe une lamelle fine et je la mange par petit bouts, comme je le faisais avec un palmier que je m’offrais parfois à la pâtisserie. Vous savez, on commence par le bord et en on mange de petits bouts, en faisant le tour. Le palmier à toujours la même forme mais il est de plus en plus petit. Pour le fromage, je ne fais pas le tour, mais je le déguste. J’avais oublié ça.

 

Les produits frais il n’y en a pas ici. Pour en faire venir de Cayenne c’est compliqué. La voiture qui pourrait l’amener de Cayenne vers Saint Gorges part le mardi matin. La pirogue quitte Saint Gorges le lundi matin suivant pour Camopi. Il faut donc au minimum une semaine pour faire monter ce qui nous est nécessaire. Il y a bien la solution de faire quelques courses à Vila Brasil, de l’autre côté du fleuve. En cinq minutes on y est. On y trouve beaucoup de choses à des prix exorbitants mais pas de fromage ni de légumes verts. Il y a des patates douces, des pommes de terre, des oignons et de la viande congelée mais pas de poissons. Quelques fruits aussi : de petites pommes, quelques oranges vertes et heureusement quelques citrons verts pour faire le ti punch.

 

Le rhum lui, on le trouve à Camopi, avec la bière bien sûr, lorsque la boutique veut bien ouvrir, ce qui est à la fois pas souvent et trop souvent. C’est selon. Pas souvent quand on doit aller y acheter une vieille boite de saucisses aux lentilles, trop souvent parce que les gens du cru se torchent la gueule jusqu’à pas d’heure, femmes et hommes ensemble et ils vocifèrent jusque très tard dans la nuit, n’arrêtant que lorsque l’éclairage publique s’éteint.

 

Ici, il pleut. Je ne crois pas avoir vu une journée sans pluie. Pourtant nous sommes dans ce qu’on appelle ici « le petit été ». Après il pleuvra vraiment. Mon premier achat à Cayenne a donc été un parapluie. Je l’oublie encore une fois sur deux et reviens, comme hier, du dispensaire à ma maison dans un sac poubelle de cent litres percé dans le fond pour le passage des bras et de la tête. Que dire après seulement dix jours ici ? Qu’après trois jours assez pénibles j’ai obtenu une maison très agréable et lumineuse, majoritairement en bois. J’ai un peu de mal à bricoler sans tournevis, sans marteau, sans même un couteau suisse. J’ai pu récupérer une vis et un clou, j’ai volé un morceau de corde qui pendait quelque part pour fixer ma moustiquaire. Comme d’habitude, je récupère tout ce que je trouve, même si je ne sais pas à quoi ça peut me servir dans l’instant. Hier je me suis forcé à manger des haricots verts en boite (ce n’est franchement pas bon, mais au moins c’est vert) pour récupérer cette dernière et l’utiliser comme pot afin d’y planter ce qu’on appelle à La Réunion un plant de « vieux garçon ». J’ai aussi accroché sous la varangue des orchidées récupérées dans une maison en ruine.

 

Avez-vous gouté le couac ? C’est une grosse farine de manioc. Ça a la couleur de la farine de maïs. On met de l’eau chaude et ça gonfle comme de la semoule. C’est un peu acidulé et ça cale bien ! J’attends d’avoir la recette du « gâteau manioc » pour essayer. Pour ce qui est du manioc, il y en a une sorte qui doit être détoxifiée avant utilisation, et une autre sorte qui semble consommable telle qu’elle. C’est probablement cette dernière qui pousse à La Réunion. Comment faire la différence sur pieds ? Je vais me renseigner. Les amérindiens ne mangent pas les « brèdes manioc » comme le font les Malgaches. Je n’ose pas me lancer dans la cueillette car je ne sais pas si les feuilles sont aussi toxiques que les racines.


6 commentaires à “Petites touches de la vie quotidienne”

  1. joelle de villele

    Bien arrivé docteur Philippe ! des découvertes en perspective, il va falloir adapter ton régime alimentaire, je suis sûre qu’il y a

  2. joelle de villèle

    Bonne installation docteur Philippe, il va falloir que tu changes ton régime alimentaire!! étonnant que dans un endroit aussi vert, il y ait si peu de verdure à manger! en tous cas, tu pourras piler les brèdes du bon manios, et faire du ravitoto!

  3. Françoise Renambatz

    Un long commentaire qui permet de voir comment est votre nouvelle vie….découverte totale de ce monde que vous ne connaissiez pas encore….heureusement que ce genre d’expérience vous plait ! Vie très rudimentaire à priori …
    Pour la nourriture je suppose qu’il va falloir vous mettre à l’agriculture et planter vos propres légumes si vous pouvez acheter des spécimens quelque part ! C’est dur de vivre sans légumes frais, poissons et fromage !
    Bon courage et merci pour ce long message ….nous attendons la suite de vos aventures !

  4. Valérie Weiss

    Je t’ai envoyé un pti mot il y a quelques jours en commentaires de la publication de ton ancien collègue sur le post « nourritures terrestres »… je t’y renvoie car tu ne l’as surement pas vu… Les oreilles ont du te siffler …j’ai parlé de toi encore aujourd’hui ! 😉
    Je pense bien à toi. Bise Valérie

  5. Marie made in Saïgon

    Coucou Philippe,Je pense qu’après ton séjour à Camopi,tu pourras faire Koh Lanta les doigts dans le nez !!!… la bise

  6. marie

    Coucou Philippe,

    Heureuse de te lire et de connaître un peu de ce que tu vis au fin fond de ta brousse ! Je te souhaite de belles découvertes, de belles rencontres et une expérience magnifique qui sera j’en suis sûre une aventure qui fait grandir toujours un peu plus.

    J’attends la suite de tes aventures avec hâte et joie.

    Marie

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