29

août

Tournée à Apagui, en aval

Après-midi de repos,

Laurent infirmier ici depuis six ans nous amène en pirogue en amont de Grand Santi pour un après midi de baignade et de massage. Après une demi-heure de voyage nous arrivons sur un saut large et accostons sur un ilet.

Vue panoramique du saut

Vue panoramique du saut

Là, baignade et massages par le courant nous rafraîchissent un peu. L’endroit est magnifique comme souvent en saison sèche lorsque le Maroni laisse apparaitre ces multiples sauts aux roches acérées.
Au loin, un pêcheur s’anime

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Sur l’îlet où nous accostons, quelques empreintes sur le sable.

un tapir probablement

un tapir probablement

et celle-ci que je ne sais pas identifier
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Apagui
Jeudi : aujourd’hui je vais avec Marielle, infirmière consulter à Apagui, à une heure trente en pirogue de Grand Santi. Le matin, à l’aube, après avoir lourdement rempli la pirogue customisée nous quittons le village.

Pirogue customisée

Pirogue customisée

Très rapidement nous prenons une pirogue stoppeuse.
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Le moteur hors bord est très bruyant. Le fleuve est un lieu bruyant en général. Les pirogues en partance vers la côte ou celles qui remontent vers Maripsoula et plus haut sur le fleuve sont très nombreuses et le moteurs sont tous bruyants avec des sons qui montent pas mal dans les aigus. Ils rivalisent avec le bruit des débroussailleuses du village. Je suis heureux que ma maison ne sois pas sur le fleuve mais à deux cents mètres seulement.
De très nombreuses maisons bordent le fleuve. Des campous mais aussi des maisons isolées, de chaque coté, au Suriname comme en Guyane. Dans ces campous la seule eau disponible est celle du fleuve. C’est donc à la toilette matinale de tout ce monde que nous assistons.

Vie sociale au petit matin

vis sociale au petit matin

Le bord du fleuve est un lieu social. Des enfants se lavent en jouant, des femmes nous saluent, la bouche bordée de dentifrice. Les gens discutent, se retrouvent.
Reflets sur le fleuve

Reflets sur le fleuve

C’est le bord de la route lors du passage du tour de France.

le bain matinal

le bain matinal


Nous contournons de grandes iles surinamaises et sommes donc parfois au cœur de ce pays. Les piroguiers connaissent les passages les moins dangereux du fleuve à cette saison où les eaux affleurent parfois de gros rochers coupants. Nous passons quelques sauts, ces rapides qui nécessitent une approche très technique. Le moteur change de régime sans arrêt. La pirogue le relève après avoir pris un élan. Les pales de l’hélice, parfois hors de l’eau donnent une impression d’évier qui se déboucherait puis le moteur repart à plein régime jusqu’au prochain rapide. Quelques gros rochers émergés depuis quelques semaines se sont recouvert de mousse vert tendre et de ces fleurs mauves que j’avais vues sur l’Oyapock et qui n’ont que quelques semaines pour grandir, fleurir et mourir ou s’endormir jusqu’à la saison sèche suivante.

fleurs du fleuve en saison sèche

fleurs du fleuve en saison sèche

Entre temps elles seront alors immergées sous deux mètres d’eau boueuse. Dans certains méandres du fleuve des dizaines de sachets plastiques sont emprisonnés dans les racines d’arbres à demi déracinés. Les habitants du fleuve ne semblent pas concernés par la pollution de leur lieu de vie. Nous en sommes en partie responsables. Avant notre arrivée il n’y avait pas d’emballages divers. Leur révolte n’est qu’à l’encontre de l’orpaillage qui pollue largement les rivières en mercures et autres produits et contre les garimpeiros qui se nourrissent abondamment sur les produits de la forêt : singes, aras, toucans, cochons, tapirs, etc. Le ciel est couvert ce matin et quelques nuages menacent.

Le ciel se couvre sur le fleuve

Le ciel se couvre sur le fleuve

Nous arrivons à Apagui qui n’est pas un village mais un lieu où une école primaire est implantée et qui recrute tous les enfants en amont et en aval. Quelques maisons pour les enseignants sont fermées pendant ces vacances. Nous consultons dans ce qui semble être une classe ou une bibliothèque puisqu’un grand nombre de livres et de bandes dessinées y sont entreposées. Nous voyons des patients de tous âges dont très peu parlent français en dehors des enfants. Les gens sont ici encore très agréables. Le retour se fait sous un soleil plus présent et le vent créé par notre avancée nous fait oublier le soleil qui nous cuit. La remontée des sauts est impressionnante. Un en particulier de un mètre peut-être est à prendre tout en chicanes. La pirogue de huit mètres est bousculée ? On la sent se vriller sous l’assaut des vagues et des remous ? La base faite d’un seul tronc ligneux souple épouse les contraintes de l’eau et du moteur. On n’imagine pas possible de remonter le courant avant de l’avoir vécu.

Partie de saut

Partie de saut

C’est comme de monter une grande marche dont on ressent vraiment la pente. On nous appelle de la côte surinamaise pour une personne qui aurait de la fièvre. Nous accostons pour prendre la malade à bord. Là dans le fleuve une femme très forte, un fichu sur la tête prend son bain. Ses seins sont remontés par la poussée d’ Archimède. Pas besoin de silicone dans le fleuve, il suffit de prendre un bain. Elle a un sourire extraordinaire et vraiment bon enfant.
Avant d’arriver à Grand Santi on passe au niveau de la sirène qui veille.
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Et en cet fin d’après midi je prends cette photo du tangara bleu qui vient tous les matins sur le bois canon devant ma maison.

Tangara bleu

Tangara bleu

Depuis le miracle de l’aïmara péché par Arthur nous allons tous les soirs que nous le pouvons tenter notre chance. Le lendemain du jour béni nous avons sortis un autre poisson de trois kilos qui s’est décroché lors de la remontée du fil et depuis rien. L’eau de la crique, claire les premiers jours est maintenant turbide, grisâtre. Y-a-t-il un placer d’orpailleurs plus haut ? Plus de poissons. La lune aussi grossit maintenant de jour en jour et ce n’est pas favorable.

Là ça allait encore mais depuis qu'elle grossit plus rien ne mord

Là ça allait encore mais depuis qu’elle grossit plus rien ne mord

Il n’empêche, nous allons tenter notre chance même pour ne rien pêcher. L’endroit est si calme à la tombée de la nuit lorsque les arbres se transforment en ombres monumentales et ténébreuses. Un toucan appelle au loin, les martinets plongent violemment sur des proies invisibles puis les chauves souris sortent à leur tour et virevoltent. Un crapaud buffle commence lentement son chant vite rejoint par ses congénères et les cigales stridulent. Que c’est bon d’être là, dans le silence interrompu seulement par le rire de Marielle qui vient d’envoyer une nouvelle fois sa ligne dans les branchages, qu’elle ne vise pourtant pas.


4 commentaires à “Tournée à Apagui, en aval”

  1. Radigue Didier

    Très belles images Doc.

  2. Alain

    Je lis avec plaisir, je vois ces photos et je me sens embarqué moi aussi.

  3. Gmail974

    J’adore…merci Philippe de nous faire partager ces instants magiques que tu apprécies tant.
    Enjoy…et merci pour cette part de rêve …bisous

  4. marie

    Coucou Philippe,

    c’est toujours un grand plaisir de participer à tes aventures grâces à tes si jolies textes et photos que tu partages avec tant de générosité ! Continues à nous émerveiller !!
    bises
    Marie et Jo

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