12

janvier

Troisième quart

Troisième quart

 

 

Avant de partir en Guyane, j’avais prévu de partir pour les Terres Australes et Antarctiques. Lorsque je m’étais intéressé à la psychologie sur ces bases extrêmes, j’avais découvert le « phénomène du troisième quart ».

 

Il s’agit d’une dynamique psychologique classique des séjours en situation d’isolement. La première partie de l’hivernage est généralement marquée par l’excitation de la découverte, le démarrage des projets scientifiques, l’apprentissage de la vie sur base, tout ceci stimulant le moral des troupes.

 

Par contre, une fois passé la moitié, souvent marquée par une fête spécifique, s’installe une humeur plus grisouille, voire des phénomènes franchement dépressifs. On se rend compte que le reste du séjour va être tout aussi long, il y a moins de choses à découvrir, l’ennui s’installe et le retour vers les siens est encore loin.

 

Je me souviens de mon premier mois ici. Florence, ma collègue, était arrivée deux semaines plus tôt. Nous allions de « Oh mon Dieu, comment va-t-on s’en sortir ? » à « Mais qu’est-ce que je me sens nul. »

 

Et puis, la routine s’est installée.

 

On a bien encore quelques coups de stress quand c’est vraiment chaud mais, globalement, on a pris le rythme. Une leishmaniose ou un falciparum, bah… c’est une leishmaniose ou un falciparum. Et puis c’est tout.

 

On maîtrise à peu près le fonctionnement du circuit, on sait sur qui on peut compter, ou pas. Je m’étonne de connaître, finalement en peu de temps, les prénoms d’une bonne partie des habitants, la plupart des relations de famille, les lieux d’habitations.

 

J’ai bouclé les gros dossiers que je m’étais fixés en plus de l’activité de consultation : tous les suivis de frottis et de contraception sont pointés et répertoriés, on a fait (avec un succès très mitigé) nos séances d’information sur la santé de la femme, j’ai fini le dossier sur la forme particulière de polyarthrite qui affecte les Tekos. Je n’ai plus vraiment ni le temps ni le courage de me lancer de nouveaux chantiers.

 

Et les miens me manquent. Encore deux mois avant de les retrouver.

 

Je ne suis pas déprimé, rassurez-vous ! Mais, quand même. Je crois bien que je suis dans le troisième quart.


Un commentaire à “Troisième quart”

  1. Lemaire José

    Allez, une goutte d’ eau dans la mer, mais sache que pas mal d’ amis sont avec toi par la pensée, et plus souvent que tu ne le penses.

    Encore bravo pour ton engagement exemplaire.

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